‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 204 sur 703 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tre sanctifié à Dieu : les autres profanes. Il estoit <iit avilir esté hoiuKM'é |iar la |»rosence de Dieu : les autres en estre exclus. .Mais (iiiaiid la plenilude du temps est venue, Uupielle avoit esté ordonnée pour reparer toutes elioses : ipiand, dije, le .Médiateur île Dieu et des lionuues a e.s'té manifesté ayant rompu la paroy qui avoit lonj;temps tenu la miséricorde de Dieu enclose en un peuple (dalat. V. 'n Kphes. "2, l't) : il a fait ipie la pai\ a este annoncée a ceux ipii estoyent loin, aussi hien ipia ri'ux qui estoyent près : alin (pi'estant tous ensemhle reconriliez a Dieu, ils fussent unis en un corps. Pourtant il n'y a plus de considération de Juif ne de Grec, de (arcoiu'ision ne de Prépuce : mais ("hrist est tout en tous, auquel tous peuples de la terre ont esté donnez en lieritage, et les lins du monde en seigneurie : alin que sans distinction il domine depuis une mer jusquesà l'autre, depuis Orient jus(iues en Occident (<jalat. t3, lo: Ps. :2, 8; 7:2, 8, et ailleurs).

1:2. Pourtant la vocation des (ientils est encore une manpie noUihle. par laquelle est demonstrée l'excellence du nouveau Testament par dessus le vieil. Elle avoit bien esté prédite et testifiée aiMMennement par plusieurs |uoplieties : mais c'estoit en telle sorte que l'acconqjlissement en estoit lemis à la venue du Messias. Mesnie .lesus Christ au conuiiencement de sa |)redication n'a pas voulu faire ouverture aux Gentils : mais a dilferé leur vocation jusques à ce que s'estant acfiuitté de tout ce qui appartenoit à nostre redenqttioii. et ayant passé le temps de son humilité, il eust receu du Père un Nom i|ui est par dessus tous noms : afin que tout genouil se tleschist devant hiy (Pliil. 2, 9). C'est la cause pour- (pioy il disoit a la (^ananée, ((u'il n'estoit point veiRi sinon pour les brebis perdues de la maison d'Israël, et que lors (ju'il envoya premier ses Apostres, il leur défendit de passer ces limites : N'allez point vers les Gentils, et n'eiitrez f)oint aux villes des Samaritains : mais allez plustost aux brebis perdues de la maison d'Israël (Matth. lo, :2'i; 10, o); car la saison ijue nous avons dite n'estoit pas encore venue. Qui plus est, combien que la vocation des Gentils eust esté demonstrée par tant île tesmoi^nai^es, toiUesfois quand il a fallu commencer, elle semblait si nouvelle et estrange aux Apostres, qu'ils la crai'/noyent comme un [irodige. ('ertes ils s'y sont employez avec grande difliculté; et n'est point de merveille : car il ne sembloiladvis que ce fust chose raisonnable, que Dieu cpii avoit de si long temps segregé Israël des autres nations, subitement, comme ayant changé de propos, ostast une telle distinction. Cela avoit bien esté prédit par les Prophètes : mais ils ne pouvoyeut pas estre si attentifs a escouter les Prophéties, que la nouveauté ne les esnieust bien fort. Les exemples que Dieu avoit auparavant donnez

pour monstrer ce qu'il devoit faire, n'estoyent point suflisans po\ir les délivrer des scrupules. Car il avoit appelle bien peu de Gentils à son Eglise : et davantage en les appellant il les avoit incorporez par la Circoncision au peiqile d'Islael, a ce qu'ils fussent conune de la famille d'Abraham. Or i»ar la v(»cation ]»ublique des Gentils, qui a esté faite après l'ascension de Jésus Chi'ist, non seulement ils ont esté eslevez en mesnie degré d'honneur que les Juifs, mais ipii j)lus est, ils ont esté substituez en leur lieu. Il y a encore outre-plus, que jamais les esti'angers ipie Dieu a\oit incorporez, n'avoyent esté égalez aux Juifs. Et pourtant sainct Paul ne magnifie ]tas taiU sans cause ce inystere, leipiei il dit avoir esté cache en tous aages, et iiksmes estre admirable aux Anges ((^ol. 1,:2H).

13. Je pense avou' deuement et lidelenunit comprins en ces quatre ou cinq membres toute la ililferein-e du vieil et nouveau TestanuMU, autant qu'il en estoit mestier pour en donner une doctrine sinq)le et pitre. Mais pource (]ue d'aucuns allèguent pour une grande aljsiu'dité, la diversité qui est entre le gouvernement de l'Eglise Chrestienne et celuyde l'Eglise d'Israël : item, la diverse façon d'enseigner, et le changement des cérémonies : il leur faut donner quelque response devant cpie passer outre : ce qui se peut faire brièvement, d'autant (jue leurs objections ne sont pas si fortes ne si urgentes, (pi'il faille mettre grand' peine i\. les réfuter. Ce n'est pas, disent-ils, une chose convenable, (pie Dieu, qui doit estre tousjours semblable à soymesme, ait ainsi changé de propos, ipie ce (ju'il avoit une fois commandé, il l'ait reprouvé puis après. Je respon que Dieu ne doit point estre estimé muable en ce ([u'il a acconunodé diverses façons a divers temps, selon qu'il cognoissoit estre expédient. Si un laboureur ordonne a ses serviteurs autres ouvrages en hyver qu'en esté, nous ne l'arguerons pas toutesfois par cela d'inconstance : et ne dirons pas qu'il se desvoye de la droite voye d'agriculture, laquelle dépend de l'firdre perpétuel de nature. Semblablemenl si un homme instruit, gouverne et traite ses enfans autrement en leur jeunesse qu'en leur enfance : puis qu'il change encore de façon quand ils seront venus en ;uige d'homme, nous ne dirons pas pourtant qu'il soit legier ou variable. Pour- (pioy donc noterons-nous Dieu d'inconstance, de ce (pi'il a distingué la diversité des U'uips par certaines marques, les(pielles il cognoissoit estre convenables et propres ? La similitude seconde nous doit bien contenter. Sainct Paul fait les Juifs semblables a petits enfans : les Chrestiens a jeunes gens (Gai. 4, 1. :{ s.). Quel inconvénient ou désordre y a-il en ce régime, que Dieu a exercé les Juifs en rudimens propres a leur temps, comme à temps d'enfance, et que maintenant il nous instruit en ime doctrine plus

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