‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 207 sur 703 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

autrement il n'y eust point eu de voisina]i:i;e assez prochain, ne d'afllnité assez ferme pour nous l'aire espérer que Dieu habitast avec nous. Car nos ordures et sa pureté laisoyent un trop grand divorce. Encore que l'honune l'ust demeuré en son intej^Tité, si est-ce (]ue sa coniiition esIDil trop liasse pour parvenir a Dieu : comliii'ii moins s'est-il peu eslever en tel degré, après s'estre plongé par sa ruine mortelle en la mort et aux enfers ? après s'estre souille de tant de macules. voire empunaiséen sa corruption, etabysmé en tout malheur '' Pourtant ce n'est i)oint sans cause que sainct Paul voulant pi'ojioser Jésus Christ pour Médiateur, notanuneut l'appelle Homme: II y a, dit-il, un Médiateur entre Dieu et les honunes. Jésus Chiist ipii est homme (1 Tim. i, o). Il le pouvoit bien nonuner Dieu, ou bien omettre le nom d'honune comme celuy de Dieu: mais pource que le sainct Esprit j)aiiant par sa ])0uche cognoissoit nostre intirmité, il a usé de ce remède jjour venir au devant : c'est de mettre le Fils de Dieu de nostre reng, afin de nous rendre familiers à luy. A fin donc que nul ne se tourmentast où il faudruit chercher ce Médiateur, ou par quelle voye on le pourroit trouver, en l'appellant Homme, il advertit qu'il nous est prochain, voire (lu'il nous attouche de si près que rien plus, estant nostre chair. Bref, il signifie ce qui est expliqué ailleurs plus au long: c'est assavoir que nous n'avons point un Sacrificateur, qui ne puisse avoir conqiassion de noz infirinitez, veu qu'il a esté du tout tenté à la manière des honmies, excepté qu'il n'a eu nulle macule de péché ( Hebr. 4, 13).

2. Cecy sera encore mieux entendu, si nous reputons de quelle importance a esté l'office du Médiateur: assavoir de nous restituer tellement en la grâce de Dieu, «jue nous soyons faits ses enfans, et héritiers de son royaume : au lieu qu'estans lignée maudite d'Adam, nous estions héritiers de la géhenne d'enfer. Qui eust peu faire cela, si le Fils de Dieu mesme n'eust esté fait homme, et qu'il prinst tellement du nostre, (pi'il conmmniquast ce (jui estoit sien, voire fai- .^ant nostre par grâce ce (jui estoit sien de nature ? Ayans donc ceste arre, que le Fils naturel <le Dieu a [irins un corps commun avec nous, et a esté fait chair de nostre chair, et os de nos os, nous avons certaine confiance que nous sonmies «•nfans de Dieu son Père, veu que luy n'a point desdaigné de prendre ce qui nous estoit propre, pour estre fait un avec nous, et nous faire compagnons avec soy de ce qui iuy estoit propre : et par ce moyen d'estre pareillement avec nous Fils de Dieu et Fils dhonune. De la vient ceste saincte fraternité, de lafpielle il nous enseigne di.sant. Je monte à mon Père et à vostre Père, mon Dieu etvostre Dieu (Jean 20, 17). Voila comment nous sommes assem'ez de l'héritage céleste : c'est que le fils unique de Dieu, auquel l'héritage

universel appartient, nous a adoptez pour ses frères, et par coiisiMiueiit faits héritiers avec luy (Hom. 8, 17). Da\anl;ige, il estoit tant et plus uUle, que celuy (jui devoit estre nostre rédempteur, fust ^ ray Dieu et homme, pource qu'il falloit qu'il engloutist la mort : et cpii en fust venu a bout, sinon la \ ie ? (^estoit a luy de vaincre le péché : et qui est ce qui le pouvoit faire sinon la justice ? C'estoit a luy de destruire les puissances du monde et de l'air : et qui eust |ieii acijuerir telle victoire, sinon celuy qui est la vertu surmontant toute hautesse? Or où gist la vie, la justice, et l'empire du ciel, sinon en Dieu ? C'est luy donc, qui selon sa clémence infinie s'est fait n.ostre en la personne de son Fils unique, en nous voulant racheter.

3. L'autre parHe de nostre reconciliation avec Dieu, estoit (pie l'homme (pii s'estoit ruiné et perdu par sa désobéissance, apportast a l'opposite jjour remède une obéissance, la(iuelle satisfis! au jugement de Dieu, en payant ce qui estoit deu pour Son péché. Ainsi nostre Seigneur Jésus est apparu ayant veslu la personne d'Adam, et prins son nom pour se mettre en son lieu, afin d'obéir au Père, et présenter au juste jugement d'iceluy son corps pour prix de satisfaction, et soutîrir la peine que nous avions méritée, en la chair en laquelle la faute avoit esté commise. En somme, d'autant que Dieu seul ne pouvoit sentir la mort, et l'homme ne la pouvoit veincre, il a conjoint la nature humaine avec la sienne, pour assujettir l'infirmité de la première à la mort, et ainsi nous purger et acquitter de nos forfaits : et pour nous acquérir victoire en vertu de la seconde en soustenant les combats de la mort pour nous. Parquoy ceux qui despouillent Jésus (>brist ou de sa divinité, ou de son humanité, diminuent bien sa majesté et gloire, et obscurcissent sa bonté et grâce : mais (rautre[)art ils ne font pas moins d'injure aux honunes, desquels ils renversent la foy, laquelle ne peut consister, rpi 'estant appuyée sur ce fondement. Il y a aussi davantage, ([u'il a fallu que les fidèles attendissent pour leur rédempteur ce fils d'Abraham et de David, que Dieu leur avoit promis en sa Loy. et aux Pro])hetes. Dont les âmes fidèles recueillent un autre huit : c'est que par le discours de l'origine estans conduits jusques à David et à Abraham, elle cognoissenl mieux et plus certainement que nostre Seigneur Jésus est ce Christ, (jui avoit été t^mt renommé et célébré entre les Prophètes. Mais sur tout il nous convient retenir ce ([ue j'ay dit nagueres, que le Fils de Dieu nous a donné un bon gago de la société que nous avons avec luy, par la nature qu'il a commimeavec nous: et qu'estant vestu de nostre chair, il a desconfit la mort avec le péché, alin que la victoire et le triomphe fust nostre, et ([u'il a oll'ert en sacrifice ceste chair

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