LIVRE. II
qu'il avoil prinse de nous, afin qu'ayant purj^é les péchez, il eiïaeasl nostre condamnation, et appaisast l'ire de Dieu son Père.
4, Celuy qui sera attentif à considérer ces choses, selon qu'elles en sont dignes, niesprisera aisément les spéculations extia\ ajjjantes, lesquelles transportent heaucoup d'esprits volages et trop convoiteux de nouveauté. Telle est la question qu'aucuns esmeuvent : c'est, encore que le genre humain n'eust point «u hesoin d'estre racheté, que Jésus Christ n'eust point laissé d'estre fait lionune. Je confesse bien qu'en Testât premier de la création, et en l'intégrité de nature desja il estoit ordunné chef sur les hommes et les Anges : pour laquelle raison sainct Paul l'aiipelle Premier-né entre toutes créatures (Col. 1, lo). Mais puis (|ue l'Escriture prononce haut et clair qu'il a esté vestu de nostre chair, pour estre Ml rédempteur, c'est une témérité trop grande d'imaginer autre cause ou autre fin. C'est chose toute notoire pourquoy il a esté promis, dés le conuiiencement : assavoir pour restaurer le monde (jui estoit cheu en ruine, et secourir aux hommes qui estoyent perdus. Et pourtaat son image a esté proposée sous la Loy aux sacrifices, afin que les fidèles espérassent ([ue Dieu leur seroit propice, estant reconcilié Itar la purgation des péchez. Certes puis qu'en tous siècles, mesmes devant que la Loy fust publiée, jamais le Médiateur n'a esté promis qu'avec sang, nous avons a recueillir de la, qu'il estoit destiné par le conseil éternel de Dieu à nettoyer les macules des hommes, tl'autant que c'est un signe de réparation d'ulïense, qu'espandre le sang. Et les Prophètes n'ont pas autrement parlé de luy, qu'en promettant qu'il viendroit pour réconcilier Dieu et les hommes. Ce qui nous suffira de prouver pour ceste heure, parcetesmoignage d'Lsaie, (lui est solennel entre les autres : où il est dit, (ju'il sera frappé de la main de Dieu pour les crimes du peuple : (jue le chastiement de nostre paix sera sur luy : ([u'il sera Sacrificateur pour s'olfrir en hostie : qu'il nous guairira ])ar ses playes : (|ue tous ont erré et se sont esgarez comme brebis errantes : et qu'il a pieu à Dieu de l'affiiger, afin qu'il portast les iniquitez de tous (Is. oi{. 4). Quand nous oyons que Jésus Christ est proprement ordonné par décret inviolable du ciel pour secourir aux ])0vres pécheurs, concluons (lue tous ceux qui passent ces bornes, laschent par trop la bride a leur folle curiosité. Luy aussi estant apparu au monde a declairé que la cause de son advenement estoit (ie nous recueillir de mort à vie, nous ayant appointez avec Dieu. Les Apostres ont testifié le mesme. Voila i)ourquoy sainct Jean devant ([ue dire que la Parolle a esté faite chair, parle de la révolte et cheute de l'homme (Jean 1, 9. 10). Mais il n'y a rien meiUem' que d'ouir Jésus Christ luv-mesme traitant de son
office, comme quand il dit : Dieu a tant aymé le monde (pTil n'a point espargné son Fils unique, mais l'a livré à la mort, afin que tous ceux qui croiront en luy ne périssent point, mais ayent la vie éternelle (Jean '^, 16). Item, L'heure est venue que les morts ornmtla voix du Fils de Dieu: et ceux qui l'auront ouye, vivront (Jean 5, 2o). Item, Je suis la résurrection et la vie : qui croit en moy, estant mort vivra (Jean 11, 2o). Item, Le Fils de l'homme est venupom' sauver ce qui estoit péri (Matth. 18, U). Item, Ceux qui sont sains n'ont que faire de médecin (Matth. 9, 12). (je ne seroit jamais fait, si je vouloye recueillir tous les passages servans à ce propos. Certes les Apostres d'un conunun accord nous ameinent tous à ce principe. Et de fait, s'il n'estoit venu pour nous reconcilier à Dieu, sa dignité sacerdotale tomberoit bas, veu que le Sacrificateur est interposé entre Dieu et les honunes, pour obtenir pardon des péchez (Hebr. o, 1). Il ne seroit point nostre justice, veu qu'il a esté fait hostie {)our nous, à fin que Dieu ne nous impute point nos fautes (2 Cor. 5, 19) : bref, il seroit desnué de tous les tiltres dont l'Escriture l'iionnore. Le dire de sainct Paul aussi seroit renversé, que Dieu a envoyé son Fils, pour faire ce (jui estoit impossible à la Loy : c'est qu'en similitude de chair pécheresse il portast nos péchez (Rom. 8, 3). Ce qu'il dit aussi en un autre passage n'auroit point de lieu : c'est que la grande bonté de Dieu et amour envers les hommes a esté cogneue, quand il nous a donné son Fils pour redenq)teur. En sonnne l'Escriture n'assigne autre fin pour laquelle Jésus Christ ait voulu prendre nostre chair, et ait esté envoyé du Père, sinon afin d'estre fait sacrifice d'appointement (Tite 2, 14). Il a esté ainsi escrit, et a fallu que Jésus Christ soulïrist, et qu'on preschast repentance en son nom (Luc 24, 26), dit-il en sainct Lue : et en sainct Jean de mesme, Le Père m'aime, d'autant que je mets ma vie pour mes brebis. Le Père le m'a ainsi commandé. Item, Comme Moyse a eslevé le serpent au désert, aussi faut-il que le Fils de l'honune soit exalté. Item, Père, sauve moy de ceste heure : mais pour cette cause v suis-je venu. Père, glorifie ton Fils (Jean 10. l'7 : 3. 14; 12. 27. 28). Or en ces passages il manjue notamment pour quelle fin il a pris chair humaine : c'est d'estre fait sacrifice et satisfaction pour abolir les péchez. Par mesme raison Zacharie dit en son cantique, qu'il est venu suyvanl la promesse donnée aux Pères, pour esclairer ceux qui estoyent assis en ténèbres de mort (Luc 1, 79). Qu'il nous souvienne que toutes ces choses .sont preschées du Fils de Dieu, auquel sainct Paul dit que tous thresors de sagesse et intelligence sont cachez : et outre lequel il se glorifie ne rien savoir (Col. 2, 3;1 Cor. 2,2).