‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 209 sur 703 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

pesche point que Jésus Christ, qui a racheté ceux qui estoyent dainnez, n'ait pou aussi testifier sou amour envers ceux qui tassent demeurez sains et entiers en vestaiit leur nature : la resptinse est brieve, puis que le sainct Esprit prononce que par le conseil éternel de Dieu ces deux choses ont este conjointes ensemhle, qu'il lust fait nostre redenq)leur et participant de nostre nature, qu'il n'est licite de nous en(|uerir plus outre, (^ar si (juelcun ne se conlenianl point du décret iinnuiahle de Dieu, est chatouillé de convoitise d'en savoir plus outre, il monstre par cela (|uil ne se contente non plus de Jésus (Christ, eu ce qu'il nous a esté donné pour pris de rédemption. Mesmes sainct Paul ne recite pas seulement pourquoy il nous a esté envoyé : mais eu trailtaul de ce haut mystère de la prédestination, il bride en cest endroit tous fols appetis, et toute outrecuydance de l'esprit humain, en disant que le Père nous a esleus devant la création du monde, pour nous adopter au nombre de ses enians, selon le propos de sa volonté, et qu'il nous a eu aiirealiles au nom de son Fils bien aimé, au(|uei nous avons rédemption par son sang (Ephes. 1, 4 — 7). Certes il ne présuppose point icy la cheute d'Atlam conune ayant précédé en temps, mais il monstre ce que Dieu a déterminé devant tous siècles en voulant remédier k la misère du genre hunuiin. Si quelcun derechef objecte qu'un tel conseil de Dieu est provenu de la ruine de l'homme, la- (|uei]e il prevoyoit, ce m'est bien assez que tous ceux (pii se donnent congé de chercher en Christ, ou appelent de savoir de luy plus que Dieu n'en a prédestiné en son conseil secret, s'avancent et se desbordent d'une audace trop énorme à forger un nouveau Christ. Et c'est à bon droit que sainct Paul, après avoir parlé du vray oUice de Jésus Christ, prie qu'il donne Esprit d'intelligence aux siens pour leur faire conipiendre quelle est la longueur, hautesse, largeur et profondeur : assavoir la charité de Christ, laquelle est par dessus toute science (Ephes. '.\, 16 — 19) : comme si de propos delil^ere il barroit noz esprits entre des treillis, pour les enipescher de décliner tant peu que ce soit cà et la quand il est fait mention de <'hrist : mais les exhorter a se tenir a la grâce de reconciliation qu'il nous a apportée. Et puis que le rnesme Apostre testihe ailleurs que c'est une parolle fidèle et arrestée que Jésus Christ est venu pour .sauver les pécheurs (1 Tim. 1, 15), je m'y repose volontiers. Puis aussi qu'il enseigne que la grâce laquelle nous est manifestée en l'Evangile nous a este donnée en Jésus Christ devant tous temps et siècles ( 2 Tim. 1,9>, je conclu (ju'il nous convient demeurer constamment en icelle jusqu'à la fin. Osiander sans raison renverse ceste modestie : car combien que ceste question eust esté esmeue jadis

de quelques uns, il s'y est tellement escarmouche, (ju'il en a mal-heureusement troublé l'Eglise. Il argue de présomption ceux (jui disent, que si Adam ne fust trebusché,le Fils de Dieu ne fust point ai»paru en chair : pource qu'il n'y a jioint certain tesmoignage de l'Escriture qui reprouve une telle fanUisie. Voire, connue si sainct Paul n'eust point bridé ceste perverse ciu-iosité. (juand après avoii' jiarlé de la rédemption acipiise par Jésus (Christ, incontinent il commajule de fuir toutes folles questions (Tite '.], 8. 9). La rage d'aucuns s'est desbordée jus- (lues là, qu'estaus p(»ussez d'un appétit pervers d'estre reputez pour gens aigus, ils ont disputé si le Fils de Dieu pouvoit pi.endre la nature d'un asne. Si Osiander veut excuser ceste (piestion (hupielle toutes gens craignans Dieu a bon droit ont en horreur comme un monstre détestable) et la veut excuser sous ceste couverture, qu'elle n'est point condanmée nolanuuent : je respon que sainct Paul, n'estimant rien digue d'estre cognu outre Jésus Christ crucifié (l Cor. 2. 2), n'aui-ait garde de recevoir un asne pour autheur de salut. Parquoy, d'autant qu'ailleurs il en.seigne que Jésus CÎirist a esté par le conseil éternel du Père onlonné chef jutur recueillir toutes choses (Ephes. 1, 22) : par mesme raison jamais ne recognoistra un (Christ, (jui n'ait eu charge ni office de racheter.

6. Le principe duquel il fait ses triomphes est du tout frivole : c'est que l'homme a esté créé à l'image de Dieu, d'autant ([u'il a esté formé au patron de Christ, atin de le représenter en la nature humaine, de laquelle desja le Père avoit décrété le revestir. Osiander conclud de là, qu'encore que jamais Adam ne fust tombé et decheu de sa première origine, le Christ n'eust pas toutesfois laissé d'estre homme. Toutes gens de sain jugement cognoissent d'eux nu?smes combien cela est hoid et contraint, et tiré pai' les cheveux, connue l'on dit. Opendant cest honmie farcy d'orgueil cuide avoir cognu le premier que c'est cpie l'Image de Dieu, assavoir que la gloire de Dieu reluisoit en Adam, non seulement es dons excellons, desquels il estoit orne, mais aussi que Dieu habitoit essentielloment on luy. Or combien que je luy accorde cpi'Adam ail porte limage de Dieu, entant qu'il estoit conjoint avec luy (qui est la vraye et souveraine perfection de dignité) toutesfois je dy (pie l'image de Dieu ne se doit chercher sinon aux marques d'excellence, dont Adam a esté anobly par dessus tous animaux. Tous contV'ssont bien d'un accord que Jésus Christ estoit desja lors l'image de Dieu : et par ainsi que tout ce qui a esté impilmé d'excellence en .\dam, est procédé de ceste source (ju'il ajiprochoit de la gloire de son créateur par le moyen du Fils unique. Pourtant l'hoiume a esté créé à l'image de celuy qui la formé

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