LIVRE II
(Gen. 1, 27), et par oonsequont a esté roiiiiiio un miroir auquel la gloire de Dieu respleiuiissoit : et a esté eslevé en tel degré d'honneur par la grâce du Fils unique. Mais il convient adjouster quant et quant, que ce Fils a esté chef en conunun tant aux Anges qu'aux lioujuies : tellement que la dignité donnée à l'Iioaune appartenoit aussi hien aux Anges, (^ar (juand nous oyons que rEscrilui'e les nomme liis de Dieu (Ps. 82, 6), il ne seroit pas convenaitle de nier qu'ils n'ayent des marques impiimées i)our représenter leur l'erc. Or si Dieu a voulu demonstrer sa gloire tant aux Anges ({u'aux hommes, et a voulu qu'elle fust évidente en toutes les deux natures. Osiander hadine trop sottement, laissant les Anges derrière, connue s'ils ne poi-toyent point la figure de Jésus Christ : car ils ne jouiroyent pas continuellement de sa présence et de son regard, s'ils ne luy estoyent semblables. Et de fait sainct Paul (Col. 3, 10) n'enseigne que les hommes soyent autrement renouveliez à l'image de Dieu, que pour estre compagnons des Anges, alin d'adhérer les uns aux autres sous un mesme chef. Bref, si nous adjoustons foy à Jésus Clirist, nostrc dernière félicité i^era, après estre recueillis au ciel, d'es- Ire conformes aux Anges. Que si on permet à Osiander de dire que le premier et principal patron de l'image de Dieu a esté en ceste nature humaine que devoit prendre Jésus Christ. on pourra aussi conclurre à rop])Osite, qu'il devoit aussi l)ien prendre la forme des Anges, puis que l'image de Dieu leur appartient.
7. Il ne faut point donques qu'Osiander craigne, comme il prétend, que Dieu soit trouvé menteur, si desja il n'eust eu en son Esprit le décret inuuuable de faire son Fils homme. Car encore que Testât de l'honnne n'eust pas esté ruiné, il n'eust pas laissé d'estre semblable à Dieu avec les Anges : et toutesfois il n'eust pas esté nécessaire que le Fils de Dieu devinst homme ou Ange. C'est aussi en vain qu'il craind ceste absurdité, s'il n'eust point esté déterminé par le conseil insuRiable de Dieu devant (pTAdam fust créé, que Jésus Christ deust naislre homme, non pas comme rédempteur, mais connue le premier des honunes, que son honneur en cela ne soit amoindry, veu qu'il ne seroit nay que par accident pour restaurer le genre humain qui estoit i)erdu : et ainsi, qu'il auroit esté créé a l'image d'Adam. Car pour(iuoy aura-il en horreur ce que l'Escriture enseigne tant ouvertement, c'est qu'il a esté fait du tout semblable a nous, excepté péché (Hebr. 4, 15)? Dont sainct Luc ne fait nulle diffu'ulté de le nommer en la généalogie qu'il recite, Fils d'Adam (Luc 3, 38). Je voudroye bien aussi savoir i)our(|uoy il est appelle le second Adam en sainct Paul (1 Cor. lo, 45), sinon d'autant que le Père céleste l'a assujetti à la condition des hommes, pour reti-
rer les successeurs d'Adam de la ruine où ils estoyent plongez. Car si le conseil de Dieu, de luy donner forme humaine avoit précédé en ordre la création, il devroit estre appelle le premier Adam. 11 ne couste rien à Osiander d'affermer, entant que Jésus Christ estoit prédestiné en l'Esprit de Dieu d'estre fait homme, que tous ont esté formez en ce patron. Sainct Paul au contraire, nommant Jésus Christ, Second Adam, met au milieu de l'origine première et de la restitution (pie nous obtenons ]»ar Christ, la l'uine et confusion qui est advenue, fondant la venue de Jésus (christ sur la nécessité de nous réduire en nostre estât. Dont il s'ensuit que c'a esté la cause de faire prendre chair humaine au Fils de Dieu. Osiander argue aussi mal et sottement, en disant que si Adam eust persisté en son intégrité, il eust esté image de soy mesme, et non pas de Jésus (christ. Car combien que le Fils de Dieu n'eust jamais pris chair, l'image de Dieu n'eust pas laissé de reluire en noz corps et en noz âmes : et comme par les rayons d'icelle il eust tousjours apparu que Jésus Christ estoit vrayement chet, d,yant la primauté entre les honunes. Par ce moyen sa subtilité frivole est solue : c'est que les Anges eussent esté privez de ce chef, si Dieu n'eust déterminé en soy de faire son Fils homme, mesmes sans que le péché d'Adam l'eust requis. Car il prend trop inconsidérément ce que nul de sens rassis ne luy ottroyera : assavoir que Jésus Christ n'ait point de prééminence sur les Anges sinon d'autant qu'il est homme : veu qu'au contraire il est facile de tirer des parolles de sainct Paul, qu'entant qu'il est la Parolle éternelle de Dieu, il est aussi premier nay de toutes créatures (Col. 1, 13) : non pas qu'il ait esté créé, ne qu'il doive estre nombre entre les créatures, mais pourcc que Testât du monde, eu ceste beauté qu'il a eu tant excellente, n'a pas eu d'autre principe. Or entant qu'il a esté fait homme, il est appelle premier nay des morts (Col. 1, 1(5. 18). L'Apostre comprend l'un et l'autre en bref, et le nous donne à considérer, (luand il dit que toutes choses ont esté créées par le Fils, afin qu'il dominast sur les Anges : et qu'il a esté fait liomme, afin de venir faire office de rédempteur. C'est une pareille sottise à Osiander, de dire que les hommes n'eussent point eu Jésus Christ pour Roy, s'il n'eust esté honune. Voire, comme s'il n'y eust eu nul règne ny empire de Dieu, quand le Fils uni(jue, combien qu'il ne fust point vestu de chair humaine, ayant recueilly les hommes et les Anges sous soy, eust présidé sus eux en sa gloire. Mais il se trompe tousjours, ou plustost s'ensorcelle en ceste resverie : c'est que l'Eglise eust esté sans teste, si Jésus Christ ne fust apparu en chair. Voire, connue s'il n'eust peu avoir sa prééminence sur les hommes pour les