‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 211 sur 703 · CHAPITRE XIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIH

gouverner par sa vertu divine, et leui' donner vigueur par la force secrète de son Espiit : voire les nourrir comme son corps, tout ainsi qu'il s'est fait sentir chef aux iVuges, jusiju'à ce <|u'il les amonast à la jouissance d'une mesme vie que les Anges ont. Osiander estime que ses badinages (pic j'ay réfuté jusqu'icy, sont connue oracles infaillibles, selon qu'il a accoustumé, estant enivré de ses s|)eculatinns. de faire ses trionq)|es d'un rien : mais l'ii la lin il se vante d'avoir un argument insoluble et ferme par dessus tous les autres, assavoir la Propiietie d'Adam, lequel ayant veu Eve sa femiiii' dit, Voicy mainienant os de mes os, et chair tle ma chair (Gen. -2, i'^}. Mais d'où prouvera-il que c'est une Prophétie ? Il responth'a possible, que Jésus (^lirist en sainct Mattliieu attribue ceste sentence à Dieu. Voire, connue si tout ce que Dieu prononce par les homuies contenoil quelque piophetie pour l'advenir. Par ce moyen il faudroit (pi'en chacun précepte de la Loy il y eust proplietie, veu que tous ont esté donnez de Dieu. Mais il y auroit bien pis. si nous voulions croire ce fantasii<pie : car Jésus Christ eust esté un expositeur terrestre, s'anmsant au sens literal, veu qu'il ne traite point de l'union mystique qu'il a avec son Eglise, mais allègue le passage pour monstrer quelle foy et loyauté doit le mary à sa femme, puis que Dieu a prononcé (pie l'homme et la femme ne seroyent qu'un :

et par ce moyen il monstre qu'il n'est licite k nul d'attenter de rompre par divorce ce lien indissoluble. Si Osiander mesprise ceste simplicité, qu'il reprenne Jésus Christ, de ce qu'il n'a point abreuvé ses disciples de ceste belle allégorie (pie luy nous met en avant : et par ainsi n'a pas interprété assez subtilement le dire de son Père. Ce qu'il aineine de sainct Paul ne sert de rien k sa fantasie. (^ar sainct Paul après avoir dit (jue nous sommes chair de la chair de Christ, s'escrie que c'est un grand mystère (Ejdiçs. "i, 'M). ^2). P^t ainsi il ne veut point reciter en quel sens Adam a proféré ceste sentence : mais sous la similitude du mariage il nous veut induire k considérer ceste conjonction sacrée, lacjuelle nous fait estre un avec Jésus Christ : mesme les mots expriment cela, (^ar lApostre en prolest<ant (ju'il parle de Christ et (le l'Eglise, met une espèce de correction, pour discerner le mariage d'avec l'union spirituelle de Jésus Christ avec son Eglise, et ainsi tout le babil d'Osiander s'esvanouit de soy mesme. Parquoy il ne sera point necessaiie de remuer plus tel bagage, veu que la vanité en est assez descouverte par ceste brieve réfutation. Quoy (pi'il en soit, ceste sobriété suffira à contenter les enfans de Dieu : c'est que (|uand la plénitude des temps est venue, Dieu a envoyé son Fils nay de femme, assujelty à la Loy, afin de racheter ceux qui estoyentsous la Loy(Gal.4,4).

Page 1