‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 213 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

mitez de nostre nature (Gai. 4, 4). Mais d'un nombre infini qu'on pourroit amasser, il nous est utile de choisir principalement ceux qui peuvent servir a édifier noz âmes en foy et en vraye fiance de salut. Comme quand il est dit, qu'il n'a jamais fait cest honneur aux An^es de prendre leur nature, mais qu'il a prins la nostre, aiin ue destruire en la chair et au san^' celuy qui obtenoit l'empire de moit (Hebr. 2, 16). Item, que par telle communication nous sonnnes reputez ses frères. Item, qu'il a fallu (ju'il fust semblable à ses frères, pour estre fidèle intercesseur, enclin à miséricorde (Hebr. 2, 11. 12. 17). Item, que nous n'avons point un Sacrificateur sans compassion et pitié de noz inlirmitez. veu qu'il en a esté tenté (Hebr. 4, lo) : et semblables passades. A quoy aussi se rap])orte ce que nous avons touché cy dessus, qu'il estoit requis que les péchez du monde fussent etVacez en nostre cliaii', comme sainct Paul ratïerme clairement (Rom. 8, '.\}. Davantage, tout ce qui a esté donné à Jésus Christ par son Père, nous appartient: d'autant qu'il est le chef, du(juel tout le corps estant lié par ses jointures, prend son accroissement (Ephes.4, lO). Mesmes ce qui est dit, ({ue l'Esprit luy a esté donné sans mesure, afin que nous puisions tous de sa plénitude (.iean 1, Ui; '.), 34), ne conviendroit pas sinon (ju'il eust esté vray liomme : d'autant qu'il n'y auroit rien plus contraire à raison, que de dire que Dieu ait esté enrichy en son essence de quelque don nouveau. Pour laquelle raison aussi il dit, qu'il s'est sanctifié soy-mesme pour nous (Jean 17, 19).

2. Ils ont bien allégué qucbpies passages pour confirmation de leur erreur, mais ils les ont trop lourdement dépravez : et ne profiteront l'ien, (iu(jy (pi'ils s'elTorcent, en voulant eschap. per de ce (|ue nous avons allégué. Marcion a pensé (|ue le corps de Jésus Christ n'estoitqu'un fantosme, i)0urce qu'il est dit qu'il a esté fait en similitude d'homme, et qu'il a esté réputé comme homme en figure (Phil. 2. 7): mais il a trèsmal regardé a ce que sainct Paul traite la. Car il n'enseigne ]ias (piel corps Jésus Clirist a prins : mais que comme ainsi soit qu'a bon droit il peust demonstrer la gloire de sa divinité, il est apparu en forme et condition d'houune niesprisé et de nulle valleur. C'est, dy-je, l'intention de l'Apostre, de nous exhorter à luunilité par l'exemple de Jésus Cla'ist, veu qu'estant Dieu immortel, il se pouvoit declairer tel du premier coup : toutesfois qu'il a quitté de son droit, et s'est aneanty de son bon gré,])renant sendjlance et condition d'un serf, et s'estaut abaissé en telle petitesse il a souffert que sa divinité fust cachée pour un temps sous le voile de sa chair. Il ne déduit pas donc qviel a esté Jésus Christ en .sa substance, mais comment et en quelle sorte il s'est porté. Mesmes par le fil du texte il est

aisé à recueillir que Je.sus Christ s'est anéanti en la vraye nature humaine. Car que veulent dire ces mots, qu'il a esté trouvé connue honmie en ligure, sinon que pour un tenqjs sa gloire divine n'a point reluit, mais seulement la forme humaine en condition vile et basse ? Autrement aussi ce que dit sainct Pierre ne conviendroit ])oint: c'est qu'il est mort en chair et vivifié en Esprit (1 Pierre 3, 18), sinon qu'il eust esté infirme en la nature humaine. Ce que sainct Paul explique plus clairement, disant qu'il a soutïert selon l'infirnuté de la chair (2 Cor. 13, 4). Et de la provient cette hautesse, laquelle sainct Paul notamment exprime que Jésus Christ a obtenu après s'estre aneanty. Car il ne pouvoit estre exalté, sinon entant qu'il est homme composé de corps et d'ame. Manichée luy a forgé un corps en l'air, d'autant qu'il est nommé le secoml Adam céleste, estant venu du ciel (1 Cor. lo. 47): mais l'Apostre n'introduit point la une substance céleste de la chair de Jésus Christ, mais sa vertu spirituelle laquelle il espand sur nous afin de nous vivifier. Or nous avons desja veu que sainct Pierre et sainct Paul la séparent de la chair ; mesmes par ce passage la doctrine que nous tenons avec tous Chrestiens, quant a la chair de Jésus Christ est très bien establie. Car s'il n'avoit une mesme nature de corps avec nous, tous les aigumens que sainct Paul ameine et déduit, tomberoyent bas : as.savoir, que si Christ est ressuscité, nous ressusciterons : si nous ne ressuscitons point, que Jésus Christ n'est point resuscité (1 Cor. lo, 13. 14). Quelques cavillations que les Manichéens s'elTorcent de chercher, ils ne se depestreront jamais de ces raisons-là. C'est une eschappatoire frivole de ce qu'ils babillent, que Jésus Christ est nommé Fils d'homme, a cause qu'il a esté promis aux hommes : car c'est chose notoire que ceste façon de parler est prinse de la langue Hébraïque, en huiuelle Fils de l'homme vaut autant comme vray homme, comme par toute l'Escriture les hommes sont nonunez fils d'Adam. Et pour ne point chercher preuve de loin, un passage nous suffira. Les Apostres approprient à Jésus (Christ ce qui est dit au P.seaume huitième, Qu'est-ce l'homme, que tu as souvenance de luy? ou le fils de l'homme, (jue tu le visites? Par ceste façon de parler la vraye humanité de Jésus Christ est exprimée, car combien qu'il n'ait pas esté engendré de père mortel a la façon commune, toutesfois son origine estd'Adam. Et de fait, sans cela ce que nous avons desja allégué ne consisteroit point, qu'il a esté fait participant de chair et de sang pour assembler les eiifans de Dieu en un (Hebr. 2, 14). (^ar par ces mots il nous demonstre qu'il est compagnon de nostre nature. 11 y a un mesme sens en ce que l'Apostre adj ouste, que l'autheur de saincteté et ceux (lui sont sanctifiez sont d'un. Car ()ue cela

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