‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 219 sur 703 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

contient tinilcs Its ileiix natures ensny?^'Nous l'oiicliinns «Iniic i|iii' ("liiist. entant (|u'il est Dieu et lioninie, cnnipose Je deux natures unies et non point confuses, est nostre Sei^nieur et vray Fils tie Dieu, mesnie selon Ihunianité : (-(tnihien que ce ne soit point a raison lie t'Iiuuianité. (lar il nous faut avoir en iioneur Iheresie île Nestol'ius, lequel divisant plustostijue (listinj,niant les natures «le Jésus C-liiist. inia^inoit ainsi un Christ douille. Au contiaire nous \oyons coinnient l'Kscriture nous chante haut et clair, (|ue celuy i|ui doit naistre de la \ier.ue Marie sera nonuné Fils de Dieu (l.uc 1. '.\'l. 'i'.\}. et (pi'icelU; vierjie est inere de nostre Sei<i;neur. Il nous faut senihlableinent garder de la folie enra^'ée d'Kutvches, le(|uel tMi voulant nionstiei' l'unité des jifisonnes en Jésus Cluisl destruisoit toutes ses deux natures. Car nous avons allej;ué desja tant de tesnioiL:riai;es, ou la nature diviru) est distinjxuée de Ihuniaine : et y en a tant i)ar toute l'Kscriture, (pi'ils peuvent fermer la bouche mesnie aux plus contentieux. Kt tantosi j'en aineneray (piel(|ues uns qui seront pour alihattre cest ei'reur. Pour ceste heure un seul nous suffira : c'est que Jésus (>hrist n'eust point appelé son corps Tenq)le (Jean :2. 19i. sinon (pie sa divinité y eust habite, connue l'auiea son domicile au corps. Panjuoy comme à bon droit Xestorius fut condanuié au (>oncile d'Ephese : aussi depuis Eutyches meritoit la sentence et (•(jiidainnation tpi'il receut. tant au concile de (jonstantinoble qu'en celuy de Chalcedoine: d'autant (|u"il n'est non [jlus licite de confondre les deux natures en Jésus (Christ. (|ue de les sejiarer, mais les faut distinfruer en les unissant. o. Or lie nostre temps inesme il s'est eslevé un monstre, (|ui n'est point moins pernicieux que ces hérétiques anciens, assavoir Michel Servet. lequel a voulu supposer au lieu du Fils de Dieu je ne say (piel fantosnie, composé de l'essence de Dieu, de sou Espiit, de ch.'iir, et de troi.s elemens non créez. En premier lieu il nie que Jésus (Ihrist soit autrement ny pour autre raison Fils de Dieu, sinon d'autant (juil a e.sté enjrendré au ventre de la vier<;e par le sainct lisprit. Or son astuce tend la, qu'en renversant la distinction des deux natures. Jésus (Ihrist soit connue une masse ou un meslinge compose <rune portion de Dieu, et d'une portion de l'honune : et toutesfois ne soit rejjuté ne Dieu ny honune. («ir la sonune de ses discours est telle, (lue devant que Jésus Christ fust manifesté en chair, il n'y avoit en Dieu que des ombraj;es et li;;ures, dont la vérité et l'etïect n'a point conunencé vrayement d'estre, juscpies a ce que la Parolle a commencé d'estre Fils de Dieu, selon qu'elle esloit prédestinée à U'\ honneur. Or nous confessons bien que le Médiateur, (pii e.st nay de la vierge Marie, est, à parler proprement, le Fils de Dieu. Et de fait, sans cela Jésus

Christ, entant ipi'il est homme, ne serolt point miroir de la ^lace inestimable de Dieu, en ce que telle di;:nite luy a esté donnée d'estre Fils uni(iue de Dieu.Ce[)endant toutesfois la doctrine de rE;;lise demeure l'ernu^: c'est (pi'il doit estre recogmi Fils de Dieu: pource (pfcstant devant tous siècles la Parolle enj^endrée du Père, il a pris nostre nature, l'unissant à .su divinité. Les Anciens ont ntuiuné cecy, Cnion hypiistati(|ue, entemlans par ce mot (\w les deux natmes ont esté conjoinctes eu une personne. (À'ste forme lie parler fut trouvée et mise en usa^c, poiu' abolir la resverie de .Xestorius: lequel imaginoit que le Fils de Dieu avoit tellement habité en chair, qu'il n'estoit point pourtant homme. Servet nous caloumie (|ue nous faisons deux Fils de Dieu, en disant (pie la Parolh; éternelle, de\ant (pie prendre chair estoit desja Fils de Dieu. Voire, comme si nous disi(jns autre chose (jue ce (|ue l'Escriture porte; assavoir (|ue celuy (jui estoit Fils de Dieu a esté manifesté en chair, (^ar combien (|u'il fu.st Dieu devant (pie d'estre fait homme, ce n'est point a dire (pi'il ait commencé destre un nouveau Dieu. Il n'y a non l»lus d'absurdité en ce (jue nous disons, que le Fils de Dieu est apj»aruen chair: ampiel toutesfois ce tiltre convenoit auparavant, au regard de la génération éternelle. V,n qne le propos de l'Ange a la vierge Marie signiiie : Ce qui naistra de toy Sainct, sera appelé Fils de Dieu; comme s'il disoit (pie le nom de Fils (pii avoit esté obscur sous la Loy, d'ores en avant seroit renommé et publié. A (pioy s'accorde le dire de sainct Paul, c'est (pi'estans maintenant lils de Dieu, nous pouvons crier en pleine liberté et avec fiance, Abba, père (R(uii. 8, lo). Je demande si les saincts Pères jadis n'ont point esté re[)Utez au reng des enfans de Dieu. Or il est cerUain «pi'estans fondez là dessus, ils ont invoqué Dieu |)our leur Père, mais |iource (pie le Fils unique de Dieu estant manifesté au monde, ceste paternité céleste a esté plus évidemment cognue, sainct Paul assigne ce privilège au règne de Jésus Christ. Il nous faut toutesfois constamment tenir cest article, ((ue Dieu n'a jamais esté père de^i hommes ny des anges, (pi'au regard le son Fils uni<pie : principalement des li(»imiies, les(piels il hait justement a cause de leur iniquité: et ainsi, (pie nous sommes enfans par adoption, iiource (|ue Jésus Christ l'est de nature. Si Servet réplique, que telle grâce provenoit de ce que Dieu avoit prédestiné en son conseil d'avoir un Fils (|ui seroit chef de tous les autres : je respon qu'il n'est point icy (|uestiun des ligures, comme la [lurgation des péchez a esté représentée au .sang des bestes brutes : mais comme ainsi soit (|ue les Pères sous la Loy ne peussent estre enfans de Dieu de fait, si leur adoption n'eust esté fondée au chef, de luy ravir ce qui a esté commun à

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