LIVRE II
ses membres, il n'y aiiroit nul propos. Je passeray encores plus outre : Puis (pie l'Escriture appelle les Anges enfans de Dieu, descpiels telle dignité ne dependoit point de la rédemption à venir, si faut-il neantmoins bien que Jésus Christ précède en ordre, veu cpie c'est luy (pii les conjoint à son Père. Je répéterai derechef ce propos en bref, conjoignant les honuues avec les Anges: Puis que tous les deux dés la première origine du monde ont esté créez à ceste condition, que Dieu leur fust Père en commun, suyvant ce que dit sainct Paul, que Jésus (^iuist a tousjours esté chef et premier nay de toutes créatures (Col. 1, 15), pour avoir primauté eu tout: j'estime que de là on peut tresbien conclurre, que le Fils de Dieu a esté aussi bien devant la création du monde.
6. Que si l'honneur et (pialité du Fils a pris son commencement du temps qu'il est apparu en chair, il s'ensuyvra (|u'il est Fils au regard de sa nature humaine. Servet et tels frénétiques veulent que Jésus Christ ne soit pas Fils de Dieu, sinon d'autant qu'il est aijparu en chair, pource que hors la nature humaine il ne peut estre tejui pour tel. Ou'il me responde maintenant, s'il est P^ils selon les deux natures également. Il en gazouille bien ainsi : mais sainct Paul nous enseigne d'une fïiçon toute autre. Nous confessons bien (jue Jésus Christ eu son humanité est Fils de Dieu, non pas comme les fidèles par adoption seulement et de grâce, mais vray et naturel : et par conséquent uni(|ue, afin d'estre discerné par ceste marque d'avec tous les autres. Car Dieu nous fait cest honneur, à nous qui sommes régénérez en vie nouvelle, de nous tenir pour ses enfans : mais il reserve à Jésus Christ le nom de vray Fils et unique. Et comment seroit-il unifiue en tel nombre de frères, sinon d'autant que nous avons receu de pur don ce qu'il possède de nature ? Nous estendons bien cest honneur et dignité à toute la {lersonne du Médiateur : c'est que celuy qui est nay de la vierge, et s'est offert pour nous en la croix, soit proprement Fils de Dieu, toutesfois au regard et pour raison de sa deité : comme sainct Paul enseigne, en disant qu'il a esté choisi pour servir. i l'Evangile, lequel Dieu avoit promis touchant son Fils, qui luy a esté engendré de la semence de David selon la chair, et declairé Fils de Dieu en vertu (Rom. 1, 1 ss.). Pour(iuoy en le nommant distinctement Fils de David selon la chair, diroit-il d'autre costé qu'il a esté declairé Fils de Dieu, s'il ne vouloit signifier que ceste dignité dépend d'ailleurs que de la nature humaine ? Car en pareil sens qu'il dit ailleurs, que Jésus Christ a souflért selon l'infirmité de la chair, et est ressuscité en vertu de FEsprit (2 (m: 13, 4), il met icy la diversité entre les deux natures. Certes il faut que ces fantastiques, veuillent-ils ou non, confessent que com-
me Jésus Christ a piiiis de sa mcre la nature pour laquelle il est nommé Fils de David, aussi (ju'il a de son Père la nature qui luy fait obtenir degré de Fils, voire laquelle est autre et diverse (|ue son humanité. L'Escriture luy attribue double filtre, l'appelant maintenant Fils de Dieu, maintenant Fils d'iiomme. Quant au second, il n'y a nulle difficulté qu'il ne soit appellé Fils d'homme selon l'usage commun de la langue Hébraïque, pource qu'il est descendu de la race d'Adam. Je conclu à l'opposite, qu'il est aussi appelle Fils de Dieu, pour raison de sa divinité et essence éternelle: pource qu'iln'estpoint moins convenable que le nom de Fils de Dieu se rapporte à la nature divine, que le nom de Fils d'homme à l'humaine. En somme, au lieu que quej'ay allégué, sainct Paul n'entend pas autrement, que Jésus Christ estant engendré de la semence de David selon la chair a esté declairé Fils de Dieu, qu'en un autre passage il dit, combien qu'il soit descendu des Juifs selon la chair, qu'il est Dieu bénit éternellement (Rom. 9, 5). Si tous les deux lieux la distinction des deux natures est notée, à quel filtre Servet et ses complices nieront-ils que Jésus (Christ qui est fils d'homme selon la chair, ne soit Fils de Dieu au regard de sa nature divine ?
7. Ils s'escarmouchent fort en alléguant ces passages pour maintenir leur erreur: c'est que Dieu n'a point espargné son propre Fils. Item, que Dieu a commandé à l'Ange, que ce qui seroit nay de la vierge fust nommé P'ils du souverain (Rom. 8, .32; Luc 1, 32). Mais afin qu'ils ne s'enorgueillissent point en une objection si vaine, qu'ils considèrent un peu avec moy avec quelle fermeté ils arguent. S'ils veulent conclurre qu'a cause que Jésus Christ estant conceu est nommé Fils de Dieu, qu'il a commencé de l'estre depuis sa conception : il s'ensuyATa que la ParoUe, qui est Dieu, aura eu commencement de son estre depuis (}u'elle a esté manifestée en chair, veu que sainct Jean dit qu'il annonce de la Parolle, hujuelle ses mains ont touchée (1 Jean 1, 1). Davantage, s'ils veulent suyvre telle façon d'arguer, comment seront-ils contraints d'exi)Oser ce dire du Prophète, Toy Bethlehem terre de Judée, qui es petite entre les capitaineries de Juda, de toy me naistra le gouverneur qui présidera sur mon peuple Israël : et son issue dés le commencement, dés les jours éternels (Mich. o, 2) ? Or ce que Servet pense taire valoir conti'e nous s'esvanouit en l'air, ('ar j'ay desja testifié que nous ne favorisons point à Ncstorius, lequel s'est forgé un double (Christ ; mais disons que Jésus Christ nous a fait avec so^' flls de Dieu, en vertu de la conjonction fraternelle qu'il a avec nous, pource qu'en la chair qu'il a prinse de nous, il est vrayement Fils unique de Dieu. Et sainct Augustin advertit prudemment, ^* que c'est un miroir notable