‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 231 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ponce Pilate, estant condamné par sentence juridique du Gouverneur du pays comme malfaicteur: et neantmoins n'estant pas tellement condamné, qu'il n'ait esté prononcé juste, entant qu'il disoit qu'il ne trouvoit aucune cause en luy (Jean 18, 38). Et voila où ^ist nostre absolution: c'est ([ue tout ce (|ui nous puuvoit eslie imputé pour nous faire nostre procès criminel devant Dieu, a esté transporté sur Jesus-Christ, tellement ([u'il a reparé toutes nos tantes. El ceste recompense nous doit bien venir en mémoire toutes fois et quantes que nous sommes inquiétez de doutes et frayeurs, afin que nous ne pensions pas (pic la vengeance de Dieu, laquelle Jésus Christ a portée, nous doive plus presser.

6. Davantage, le genre de la mort n'est pas sans mystère. La croix estoit maudite, non seulement par humaine opinion, mais par le décret de la Loy de Dieu (Deut. 21, 22. 2:}). Quand donc Christ est attaché à icelle, il se rend sujet à malédiction. Et falloit qu'il fust ainsi fait: c'est que la malédiction qui nous estoit deue et apprestée pour nos initjuitez, fust transférée en luy, afin (jue nous en fussions délivrez : ce qui avoit esté auparavant figure en la Loy. Car les hosties qu'on olfroit pour les péchez, estoyent appelées du nom mesmc de Péché. Par lequel nom le sainct Esprit a voulu signifier qu'elles recevoyent toute la malédiction deue au péché. Ce qui a esté donc par figure représenté aux sacrifices anciens de Moyse, a esté à la vérité accomply en Jésus Christ, qui est la substance et le patron des figures. Pourtant afin de s'acquiter de nostre rédemption, il a mis son ame en sacrifice safisfactoire pour le péché, comme dit le Prophète (Is. 53, 5. 11): afin que toute l'execrafion qui nous estoit deue connue à pécheurs, estant rejettée sur luy, ne nous fust plus imputée. L'Apostre declaire plus apertement cela, quand il dit que celuy qui n'avoit jamais cogneu péché, a esté fait du Père jieché pour nous: afin qu'en luy nous obtinssions justice devant Dieu (2 Cor, 5, 21). Car le Fils de Dieu estant pur et net de tout vice, a prins et vestu la confusion et ignominie de nos iniquitez : et d'autre part nous a couvert de sa pureté. Ce qui est aussi demonstré en un autre passage de sainct Paul, où il est dit (|ue le péché a esté condamné de péché, en la chair de Jésus Christ. Car le père céleste a aboli la force du péché, quand la malédiction d'iceluy a esté transférée en la chair de Jésus Christ (Rom. 8, 3). Ainsi il est signifié par ce mot, que Clirist en mourant a esté oiTert au Père pour satisfaction : afin (lue l'appointement estant lait parluy,nous ne soyons plus tenus sous l'horreur du jugement de Dieu. Il appert maintenant que veut dire ceste sentence du Prophète, que toutes nos iniquitez ont esté posées sur luy (Is. o3, 6) : c'est assa-

voir, que voulant elTacer les macules d'icelles, il les a premièrement receues en sa personne, afin qu'elles luy fussent imputées. La croix donc a esté une enseigne de cela : en laquelle Jésus Christ estant attaché, nous a délivrez de l'exécration de la Loy, (comme dit l'Apostre) entant qu'il a esté fait exécration pour nous. Car il est escrit, Maudit celuy qui pend au bois (Gai. 3, 13 ; Deut. 27, 26) et ainsi la benedicfion promise à Abraham, a esté espanduc sur tous peuples. A quoy aussi sainct Pierre a regardé, en disant que Jésus Christ a soustenule fardeau de nos péchez au bois (1 Pierre 2, 24) : pource qu'en ceste marque visible nous comprenons mieux qu'il a esté chargé de la malédiction que nous avions méritée. Neantmoins il ne faut pas entendre qu'il ait tellement receu nostre malédiction, qu'il en ait esté couvert et accablé : mais au contraire, en la recevant ill'a déprimée, rompue et dissipée. Pourtant la foy en la damnation de Christ appréhende absolution : et en sa malédiction appréhende bénédiction. Pourtant ce n'est pas sans cause que sainct Paul magnifie tant le triomphe que Jésus Christ nous a acquis en la croix, comme si elle eust esté alors convertie en un chariot royal ou de triomphe, ayant esté pleine d'ignominie et opprobre: car il dit que l'obligation qui nous estoit contraire a esté là attachée et que les principautez de l'air ont esté despouillées, et que les diables en signe qu'ils estoyent vaincus ont esté mis en monstre (Col. 2, 14. 15). Et cela ne doit estrc trouvé estrange: car Jésus Christ estant deffiguré selon le monde, n'a pas laissé (tesmoin l'autre Apostre) de s'offrir par l'Esprit eternel(Hebr. 9, 14), dont vient un tel changement. Mais afin que ces choses prennent ferme racine en nos cœurs, et qu'elles y demeurent bien fichées, que tousjours le sacrifice et lavement nous viennent au-devant. Car nous ne pourrions pas nous confier droitement que Jésus Christ eust esté nostre pris et rençon, rédempteur et propiciatoire, s'il n'avoit esté sacrifié. Et c'est pourfiuoy l'Escriture en monstrant la façon de nous racheter, fait tant souvent mention de sang: combien que le sang de Jésus Christ estant espandu n'a pas seulement servi de recompense pour nous appointer avec Dieu, mais nous a esté pour lavement à purger toutes noz ordures.

7. Il s'ensuit au Symbole, Qu'il a esté mort et ensevely : où derechef on peut appercevoir comment depuis un bout jusques à l'autre il s'est submis à rendre le devoir pour nous, pour payer le pris de nostre rédemption. La mort nous tenoit liez sous son joug : il s'est livré en sa puissance, pour nous en retirer. Ce qu'entend l'Apostre, quand il dit qu'il a gousté la mort pour tous. Car en mourant il a fait que nous ne mourions point : ou bien, ce qui vaut autant cà

Jl

Page 1