‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 232 sur 703 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

dire, par sa mort il nous a acquis la vie (Heb. :2. 9. 15). Or il a eu cela divers de nous, qu'il s"est permis à la mort, conune pour estre enjilouty d'icelle : non point toutesfois pour estre ilu tout dévoré, mais plustost pour la dévorer, afin qu'elle n'eust plus de puissince sur nous coiiime elle avoit. 11 a [terniis d'estre comme subjuifiié par icelle non point pour en estre opprimé et abbatu : mais plustnst pour renverser son re;j:ne, lequi-l elle exerroit jiar dessus nous. Finalement il est mort, afin qu'en mourant il destruisit celuy cpii a la seigneurie de la mort, c'est ;i dire le diable : et delivrast ceux qui tout le temps de leur vie pour crainte de la mort estoyent en sersitude. Voyia le premier fruicl que sa mort nous ajiporte : l'autre, c'est (pie par sa vertu elle mortifie nos membres terri"ns. à ce fpie d'oresnavant ils ne facent plus leurs operations : et tue le vieil homme qui est en nous, afin (pi'il n'ait plus sa vitrueur, et ne fructifie de soymesme. A lacpielle fin tend aussi la sépulture de Jésus Christ : assavoir, qu'ayans la société d'icelle, nous soyons ensevelis <à péché. Car quand lApostre dit ([ue nous sununes entez en la similitude de la mort de Christ, que nous sommes ensevelis avec luy en la morl de péché, que par sa croix le monde nous est crucifié, et nous au monde, que nous sommes morts avec luy (Rom. 6, o; Gai. 2, 19; 6, 14: Col. 3, 3) : non seulement il nous exhorte à imiter l'exemple de la mort, mais il demonstre qu'une telle efficace est en icelle, laquelle doit apparoir en tous Chrestiens, s'ils ne veulent rendre la mort de leur Rédempteur inutile et infructueuse. Pourtant il y a double grâce (lui nous est proposée en la mort et sépulture de Jésus Christ, assavoir la délivrance de la mort, et la mortification de nostre chair.

S. La descente aux enfers ne se doit point ou- Itlier en cest endroit, vcu (pi'elle emporte beaucoup à l'eiïect de nostrc salut. Car condiien qu'il semble par les escrits des Anciens, que cest article n'ait pas esté du tout en usage comnmn par les Eglises, si est-il nécessaire de luy donner son reng pour bien expliquer la doctrine que nous traittons, veu (piil contient un mystère grandement utile, et qui n'est jioint à mespriser. Dont on peut conjecturer (pi'il a esté tantost après le temps des Apostres adjouslé : mais que petit à petit il est venu en usage. Quoy (lu'il soit, cela est indubitable, qu'il a esté prins de ce que doyvent tenir et sentir tous vrays fidèles. Car il n'y a nul des Pères anciens (|ui ne face mémoire de la descente de Jésus Christ aux enfers : combien que ce soit en divers sens. Or ce n'est pas chose de grande conséquence, de savoir par qui et en quel temps ceste sentence a esté insérée au Symbole : plustost il nous faut regarder d'avoir icy une pleine et entière somme de nostre foy, en laquelle il ne défaille rien, et

en laquelle il n'y ait rien proposé qui ne soit pris de la parollo de Uiou. Si toutesfois quelques uns sont empeschez par leur chagrin de ne la point admettre au Symbole, si verra-on par ce que nous avons tantost ci dire, (pi'cii lobmettant on retranche beaucoup du fruict tie la mort et passion de Jésus Cliiist. L'ex[)osition est diverse : car il y en a aucuns qui ne pensent pas ([u'il soit icy rien dit do nouveau, mais seulement qu'en diverses parolles est répété ce qui avoit esté dit auparavant de la sépulture : veu que souvent le nom d'Enfer est pris pour sepulchre. Touchant ce qu'ils protendent de la signification du mot, je leur confesse estre vray ([u'au lieu de sepulchre souvent on trouvera le nom d'Enfer estre ])ris : mais il y a deux raisons les(iuelles contreviennent à leur opinion, qui me semblent estre suffisantes pour la conveinere. Car c'eust esté une chose de grand loisir, après avoir clairement et par parolles familières demonstre une chose la(iuelle n'a nulle difficulté en soy, de la repeter par parolles beaucou[i plus obscures. Car (|uand on conjoint deux locutions pour signifier une nicsme chose, il convient que la seconde soit comme déclaration de la première. Or quelle déclaration sera cela, si nous voulons exposer que c'est à dire la sépulture de Jésus Christ, de dire qu'il est descendu aux enfers ? Davantage, il n'est vray semblable (pi'en ce sommaire, où les principaux articles de nostrc foy sont brièvement et en peu de parolles compris, l'Eglise ancienne ait voulu mettre une chose ainsi superflue et sans propos, laquelle n'eust point eu de lieu en beaucoup plus long traité. Et ne doute pas que ceux qui examineront la ciiose tie près, n'accordent avec moy.

9. Les autres l'interprètent diversement : c'est que Christ est descendu aux âmes des Pères qui estoyent ja auparavant décédez ])our leur apporter le message de leur rédemption, et les retirer de la chartre, où elles estoyent tenues enserrées. Pour colorer leur fantasie, ils tirent par les cheveux quelques tesmoignages : comme du Pseaume, qu'il a brisé les portes d'airain, les verroux de fer. Item de Zacharie, qu'il a retiré les prisonniers du puits où il n'y avoit point d'eau (Ps. 107, 16: Zach. 9, 11). Or le Pseaume raconte les délivrances de ceux qui en voyageant sont tenus captifs en pais estrange. Zacharie accompare le bannissement du peuple à un abysme sec et profond, pource qu'il esloit comme ensevely en Babylone. Comme s'il disoit, que le salut de toute l'Eglise sei'a comme une sortie du profond d'enfer. Je ne say comment il s'est fait qu'on a pensé que ce fust quelque caverne sous terre à laquelle on a attribué le nom de Limbe. Mais ceste fable, combien qu'elle ait des autheurs renommez, et quaujourdhuy encore plusieurs la défendent comme arficle de foy,

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