‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 233 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

n'est rien que fable. Car d'enclorre les âmes des trespassez en une prison, c'est chose puérile. Davantage, quel besoin estoit-il que .lesus Christ descendist là pour les en arracher ? Je confesse volontiers que Jésus Christ les a esclairez en la vertu de son Esprit, afin qu'ils cogneussent que la grâce qu'ils avoyent seulement goustée en espoir, estoit manifestée au monde. Et n'est pas impertinent d'appliquer à ce propos la sentence de sainct Pierre, où il dit que Jésus Christ est venu, et a presché aux esprits qui estoyent non pas (à mon advis) en une prison (1 Pierre 3,19), mais comme faisans le guet en une tour. Car le fil du texte nous meine là aussi, que les fidèles qui estoyent morts devant ce temps là, estoyent compagnons avec nous d'une mesme grâce : veu que l'intention de l'Apostrc est d'anq)lifier la vertu de la mort de Jésus Christ, en ce qu'elle est parvenue jusques aux morts, quand les âmes fidèles ont joui comme à veue d'œil, de la Visitation qu'elles avoyent attendu en grand souci et perplexité : au contraire, qu'il a esté notifié aux reprouvez ({u'ils estoyent exclus de toute espérance. Or ce (lue sainct Pierre ne parle pas distinctement des uns et des autres, il ne le faut pas tellement prendre comme s'il les inesloit ensemble et indilleremment : mais il a voulu seulement montrer, que tous ont senti et cogneu combien la mort de Jésus Christ estoit vertueuse.

10. Mais laissant à part le Symbole, nous avons à chercher une interprétation plus certaine delà descente de Jésus Chiist aux enfers : laquelle se présente en la parolle de Dieu, non seulement bonne et sainete, mais aussi pleine de singulière consolation. Il n'y avoit rien de l'ait si Jésus Christ n'eust souffert que la mort corporelle : mais il estoit besoin qu'il portast la rigueur de la vengeance de Dieu en son ame. pour s'opposer à son ire, et satisfaire à son jugement. Dont il a esté requis qu'il combatist contre les forces d'enfer, et qu'il luitast comme main à main contre l'horreur de la mort éternelle. Nous avons cy dessus recité du Prophète, que la correction de nostre paix a esté mise sur luy : qu'il a esté battu pour noz péchez, affligé pour noz iniquitez (Is. 33, o). En quoy il signifie qu'il a esté plege et respondant, qu'il s'est constitué detteur principal et comme coulpable, pour soulîrir toutes les punitions qui nous estoyent apprestées, afin de nous en acquiter. Il y a une exception, c'est qu'il ne pouvoit estrc détenu des douleurs de mort (Act. 2, 24). Parquoy il ne se faut esmerveiller s'il est dit qu'il est descendu aux enfers, veu qu'il a enduré la mort de laquelle Dieu punit les malfaicteurs en son ire. La réplique que font aucuns est trop frivole et ridicule : c'est que par ce moyen l'ordre seroit perverti, qu'il n'est point convenable d'adjouster après

la sépulture, ce qui va devant. Car après avoir exposé ce que Jésus Christ a souffert à la veue des hommes, le lieu est bien opportun de mettre consequenunent ce jugement invisible et incompréhensible, lequel il a soustenu devant Dieu, afin que nous sachions que non seulement son corps a esté livré pour le pris de nostre rédemption : mais qu'il y a eu un autre pris plus digne et plus excellent, d'avoir enduré les tormens espovantables que doivent sentir les damnez et perdus.

11. C'est en ce sens que sainct Pierre dit que Jésus Christ en ressuscitant a esté délivré des douleurs de mort, desquelles il estoit impossible qu'il fust détenu on surmonté (Act. 2, 24). Il ne nomme pas simplement la mort, mais il exprime que le Fils de Dieu a esté saisi des tristesses et angoisses que l'ire et la malédiction de Dieu engendre, comme elle est source et commencement de la mort. Car ce n'eust pas esté grande chose, qu'il se fust offert à endurer la mort sans aucune destresse ne perplexité, mais comme en se jouant. Le vray tesmoignage de sa miséricorde infinie a esté, de ne point fuir la mort, laquelle il avoit en horreur extrême. Il n'y a doute aussi, que l'Apostre en l'Epistre aux Hebrieux n'enseigne le mesme, en disant que Jésus Christ a esté exaucé de sa crainte (Hebr. 5, 7). Les autres translatent révérence ou pieté : mais la Grammaire et la matière qui est là traittée monstrent que c'est mal à propos. Jésus Christ donc ayant prié avec larmes et hauts cris, a esté exaucé de sa crainte : non pas pour estre exempté de la mort, mais pour n'y estre point englouti comme pécheur, pource qu'il soustenoit là nostre personne. Et de fait, on ne peut imaginer abysme plus espovantable, que de se sentir estre délaissé et abandonné de Dieu, n'en recevoir aide quand on l'invoque, et n'attendre autre chose sinon qu'il ait conspii'é à nous perdre et destruire. Or nous voyons Jésus Christ en estre venu jusques là : tellement qu'il a esté contraint, tant l'angoisse le pressoit, de crier : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m'as tu laissé (Matth. 27, 46; Ps. 22, 2)? Car ce qu'aucuns exposent, qu'il a dit cela plustost selon l'opinion des autres que de sa propre aiïection, n'est point vray semblable : veu qu'on apperçoit clairement que ceste parolle venoit d'une profonde amertume de cœur. ®* Toutesfois par cela nous ne voulons inférer, que Dieu ait jamais esté ou adversaire ou courroucé à son Christ. Car comment se courrouceroit le Père à son Fils, bien aimé, auquel il dit qu'il a prins tout son plaisir (Matth. 3, 17)? Ou, comment Christ appaiseroit-il le Père envers les hommes par son intercession, s'il l'avoit courroucé contre soy ? Mais nous disons qu'il a soustenu la pesanteur de la vengeance de Dieu, entant qu'il a esté frappé et affligé de sa main,

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