CHAPITRE XVI
et a expérimenté tous les signes que Dieu monstre aux pécheurs, en se courronrant contre eux et les punissant. Pourtant saincl llilairc dit, que par ceste descente nous avons obtenu ce bien, que la mort soit maintenant abolie. ^''Kt en d'autres passages il ne va point loingde nostre propos, comme quand il dit, ([ue la croix, la mort et les enfers sont nostre vie. '""' Item, Le Fils de Dieu est aux enfeis : mais Thomme est exalté au ciel. '"' Mais qud besoin est-il d'alléguer tesmoignages d'un homme privé, veu que l'Apostre afferme le semblable, disant que ce fruict nous revient de la victoire de nostre Seigneur Jésus, que nous sommes délivrez de la servitude à laquelle nous estions sujets pour la crainte de la mort ? Il a fallu doncques que ,1esus Christ veinquist toutes les frayeurs (jui naturellement solicitent et tormentent tous hommes mortels : ce qui ne se pouvoit faire qu'en combatant. Or que la tristesse de Jésus Christ n'a point esté vulgaire, ou conceue à la volée, il apperra tantost. En somme, Jésus Christ combatant contre la puissance du diable, contre l'horreur de la mort, contre les douleurs de l'enfer, en a obtenu victoire, et en a triomphé : afin que nous ne craignions plus en la mort les choses que nostre Prince a abolies et anéanties. 12. Certains brouillons dressent les cornes contre ceste doctrine : et combien que ce soyent gens ignorans : si est-ce qu'ils sont plustost poussez de malice que de bestise, comme ils ne cerchent que d'abbayer. Us disent donques que je fay grande injure à Jésus Christ, pource qu'il n'est point convenable qu'il ait craint pour le salut de son ame. Puis ils se desbordent plus outre en leur cal omnie : c'est (jue j'attribue au Fils de Dieu desespoir contraire à la foy. Premièrement, quani à la crainte et estonnement de Jésus Christ, que les Evangelistes preschent si clairement, ces canailles sont trop hardis d'en esmouvoir question. Car devant que le temps de la mort vinst, il est dit qu'il a esté troublé en esprit et affligé d'angoisse : quand c'est venu à joindre, qu'il a commencé d'estre plus fort espovanté. Si quelqu'un dit que c'a esté feintise, l'eschappatoire est trop vilaine. Nous avons donques, comme dit sainct Ambroise, à confesser franchement la tristesse de Jésus Christ, si nous n'avons honte de sa croix. Et de fait, si son ame n'eust esté participante du chastiement qu'il a porté, il eust esté seulement rédempteur des corps. Ainsi, il a combattu pour relever ceux qui estans jettez par terre ne pouvoyent pas se relever. Or tant s'en faut que ceci amoindrisse en rien sa gloire céleste, que nous avons à y contempler sa bonté : laquelle y reluit d'une façon admirable, en ce qu'il n'a point desdaigné de recevoir nos infirmitez sur soy. Et voyla dont a tiré l'Apostre l'argument de consolation qu'il nous donne en destresses et douleurs.
c'est que nostre Médiateur a expérimenté noz foiblesses, afin d'en avoir compassion, et estre tiuit plus enclin a y subvenir (llebr. 4, lo). Les contredisans allèguent (ju'on fait tort à Jésus Christ en luy attribuant une passion vitieuse. Voire, comme s'ils estoyent plus sages que l'Esprit de Dieu, qui accorde les deux ensemble : c'est que Jésus Christ a esté tenté en tout et par tout comme nous, et toutesfois sans péché. Nous ni' devons donc trouver l'inlirmité de Jésus Christ estrange, à laquelle il s'est assujetti : non pas est'int contreint i)ar violence ou nécessité, mais estant induit de sa miséricorde et de la pure amour qu'il nous a porté. Or tout ce qu'il a souffert de son bon gré pour nous, ne diminue rien de sa vertu. Ces mesdisans ne recognoissent point ([ue telle foiblesse de Jésus Christ a esté pure de toute macule et vice, ])Ource qu'elle s'est tenue entre les bornes de l'obéissance de Dieu. Car pource qu'on ne peut appercevoir une droite modération en nostre nature ainsi corrompue ([u'elle est, veu que toutes passions y sont troublées et excessives en leur inq)etuosité, ils mesurent le Fils de Dieu à ceste aulne commune. Or il y a une grande diversité : car luy estant entier et sans aucune tache d'imperfection, il a eu ses affections tellement modérées, qu'on n'y sauroit trouver nul excès. Il a donc peu estre semblable à nous en douleur, crainte et estonnement, et toutesfois différer en ceste marque. EsUms conveincus, ils se tournent à une autre cavillation : Combien que Jésus Christ ait craint la mort, toutesfois qu'il n'a pas redouté la malédiction et l'ire de Dieu, de laquelle il se sentoit asseuré. Mais je prie les lectem's de considérer combien il seroit honnorable à Christ d'avoir esté plus craintif et couard que beaucoup de gens de cœur failly. Les brigans et malfaicteurs prennent le frein aux dens pour aller à la mort : plusieurs la mesprisent de telle constance qu'il semble que ce leur soit un jeu, les autres la portent tout, doucement : que le Fils de Dieu en ait esté si fort estonné et comme transi, quelle constance ou magnanimité seroit-ce ? Car les Evangelistes recitent de luy ce qu'on estimeroit estre incroyable et contre nature : c'est que pour la véhémence de sa destresse, les gouttes de sang luy sont tombées de la face. Et ne faut pas dire qu'il ait fait une telle monstre devant les hommes, veu qu'il prioit secrettement son Père en un lieu cà l'escart. Et la doute est encore mieux ostée, par ce qu'il a esté nécessaire que les Anges descendissent du ciel pour le consoler d'une façon nouvelle et non accoustumée. Quelle honte seroit-ce, que le Fils de Dieu eust esté si efféminé, de se tormenter jusques là pour la mort commune, qu'il suasl sang et ne peust estre recréé que par la veue des Anges? Poisons bien aussi ceste prière qu'il