‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 235 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

a réitérée trois fois : assavoir. Père s'il est possible, que ce lianap soit osté arrière de iiioy (Matth. 26, 39) : et il nous sera facile d'en jugei, d'autant qu'elle n'est procedée que d'une amertume incroyable, que Jésus Christ a eu un combat plus aspre et difficile que contre la mort commune. Dont il appert que ces brouillons ausquels je respon, gazouillent témérairement de choses inconnues, ]iourcc que jamais ils n'ont appréhendé ne jugé (lue c'est ou que vaut d'estre racheté du jugement de Dieu. Or c'est nostre sagesse, de sentir à bon escient combien nostre salut a cousté au Fils de Dieu. Si maintenant quelqu'un demande, assavoir si Jésus Christ est descendu aux enfers quand il a requis son Père d'estre affranchi de la mort : Je respon que c'en a esté un commencement. Dont aussi on peut conclurre, combien les tormens qu'il a enduré ont esté horriijles pour l'effrayer, veu qu'il cognoissoit qu'il luy convenoit respondre au siège de Dieu, comme coupable de tous noz maléfices. Or combien que pour peu de temps la vertu divine de son Esprit se soit tenu cachée pour donner lieu à l'iuhrmité de la chair, jusqu'à ce que Jésus Christ se fust acquité de nostre salut : neantmoins il nous faut savoir que la tentation qu'il a endurée du sentiment de crainte et doulem^, a esté telle, qu'elle ne repugnoit point a la foy. En quoy aussi a esté accomply ce que nous avons allégué du sermon de sainct Pierre, qu'il estoit impossible qu'il fust détenu des douleurs de mort (Act. 2, 24) : veu (ju'en se sentant comme délaissé de Dieu, il n'est point décliné tant peu que ce soit de la fiance qu'il avoit en sa bonté. Ce que monstre ceste prière, en laquelle il s'escrie pour la véhémence de la doulem' qu'il endure. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m'as-tu laissé (Matth. 27, 46)? Car combien qu'il soit angoissé outre mesure, si ne laisse-il pas d'ajipeller son Dieu, celuy duquel il se plaind d'estie abandonné. Dont l'erreur d'Apollinaire ancien hérétique est conveincu, et pareillement de ceux qu'on a appelle Monothelites. Car Apollinaire a controuvé que l'Esprit éternel estoit au lieu d'ame en Jésus Christ, tellement qu'il le faisoit demi homme seulement. Et c'a esté une absurdité trop lourde : comme si Jésus Christ eust peu effacer autrement noz péchez, qu'en obéissant à son Père. Et où sera l'affection ou volonté d'obéir, sinon en l'ame, laquelle a esté troublée en Jesus-Christ, afln que les nostres estans affranchies de tremblement et inquiétude, ayent paix et repos ? Quant est des Monothelites, qui ont voulu faire accroire que Jésus Christ n'avoit qu'une volonté, nous voyons que selon l'homme il n'a point voulu ce qu'il vouloit selon sa nature Divine. Je laisse à dire, qu'il domte et surmonte la crainte dont nous avons parlé, par une affection contraire. Car il y a grande apparence

de contrariété en ce qu'il dit, Père, délivre moy de ceste heure : mais pour ceste cause suis-je venu à ceste heure : Père, glorifle ton Fils (Jean 12, 27. 28). Tant y a qu'en ceste perl)lexilé il n'y a eu nul desbordement, ny intempérance, telle qu'on la cognoist en nous,mesme (piand nous mettons peine et nous efforçons à nous refréner.

V.i. S'ensuit la résurrection des morts, sans laquelle tout ce que nous avons déduit jusques icy seroit imparfait. Car d'autant qu'en la croix, en la mort et en la sépulture de Christ n'y apparoist qu'inlirmité ; il faut que la foy passe outre, pour estre pleinement corroborée. Pourtant, combien qu'en sa mort nous ayons entier accomplissement de salut, veu que par iceUe nous sommes reconciliez à Dieu, il a esté satisfait à son juste jugement, la malédiction a esté abolie, et avons esté acquitez de toutes les peines dont nous estions redevables : neantmoins 11 n'est pas dit que par la mort nous ayons esté ressuscitez en espérance vive, mais par la résurrection (1 Pierre 1, 3). Car comme luy en ressuscitant s'est monstre veinqueur de la mort, ainsi la victoire de nostre mort consiste en sa résurrection. Les mots de sainct Paul monstreront mieux que cela veut dire, quand il dit qu'il est mort pour nos péchez et ressuscité pour nostre justification (Rom. 4, 25) : comme s'il disoit que par sa mort le péché a esté osté : par sa resiu'rection, la justice a esté instam^ée. Car comment en mourant nous eust-il peu délivrer de la mort, s'il eust succombé à icelle? Comment nous eust-il acquis la victoire, s'il eust defailly au combat? Pourtant nous partissons tellement la substance de nostre salut entre la mort de Christ et sa résurrection, que nous disons par la mort le péché avoir esté destruit, et la mort etïacée : par la résurrection, la justice estabhe, et la vie remise au dessus : et ce en telle sorte, que c'est par le moyen de la résurrection, que la mort a son efficace. Parquoy sainct Paul nous monstre que Jésus Christ a esté declairé Fils de Dieu en sa résurrection (Rom. 1, 4) : pource qu'alors il a desployé sa vertu céleste, laquelle est comme un clair miroir de sa divinité, et un ferme appuy de nostre foy. Comme en l'autre passage il dit qu'il a souffert selon l'infirmité de la chair, et est ressuscité de la vertu de son Esprit (2 Cor. 13, 4). Selon le mesme sens, en traittant de la perfection il dit, Je m'efl'orce afln de le cognoistre, et la vertu de sa résurrection (Phil. 3, 9. 10). Au reste, il adjouste tantost après, qu'il poursuit d'estre conjoint et associé à sa mort. A quoy s'accorde tresbien le dire de sainct Pierre, que Dieu l'a ressuscité des morts, et luy a donné gloire, à fin que nostre foy et espérance fust en Dieu (1 Pierre 1, 21) : non pas que nostre foy estant appuyée sm' la mort de Jésus Christ chancelle : mais que la vertu de

Page 1