CHAPITRE XVI
Dieu, qui nous ^^1rde sous la foy, se descouvre principalement et demonstre en la résurrection. Qu'il nous souvienne donc, que toutes luis et quantes qu'il est fait mention seulement de la mort, que ce qui est propre à la résurrection y est compris: qu'il y a aussi une mesme raison et forme de parler, (luand la résurrection est nommée seule, pource (Qu'elle tire avec soy ce qui convient spécialement a la mort. Mais pource que Jésus (Christ on resuscitant s'est acquis la palme de \ ictoire pour estre résurrection et vie. sainct Paul à bon droit débat et maintient que la l'oy seroil anéantie, et ([ue l'Evangile ne seroit que fallace et mensonge (1 Cor. lo, 17), simm que nous .soyons bien persuadez en noz cœurs de la résurrection de .lesus (^lirist. Parquoy en l'autre passage, après ([u'il s'est gloriiié en la mort de Jésus Christ contre toutes les frayeurs de damnation qui nous troublent, il adjuuste pour mieu\ anqjlilier, (lue celuy (lui est mort, est mesme ressuscité, et apparoit devant Dieu intercesseur pour nous (Rom. 8, 34). Davantage, comme nous avons cy ilevant exposé que la mortification de nostre chair dépend de la comnmnication de la croix de Christ, aussi il faut entendre qu'il y a un autre fruit correspondant a cestuy-la, provenant de sa résurrection. Car nous sommes, comme dit l'Apostre, entez en la similitude de sa mort, à fin qu'estans participans de sa résurrection, nous cheminions en nouveauté de vie (Rom. 6, 5). Parquoy en un autre lieu, comme il déduit un argument de ce que nous sommes morts avec Christ, qu'il nous faut mortifier noz membres sur la terre : aussi de ce que nous sommes res- .suscitez avec Christ, il infère qu'il nous faut chercher les choses celestielles (Col. 3, 1— o). Par lesquelles paroles non seulement il nous exhorte à nouvelle vie, à l'exemple de Christ ressuscité : mais il enseigne que cela se fait par .sa vertu, que nous soyons régénérez en justice. Nous avons une troisième utilité de ceste résurrection : c'est que comme ayans une arre de la résurrection, nous en sommes rendus plus certains de la nostre : d'autant que celle de Christ en est le fondement et la substance, comme il en est parlé plus à plein en la première aux Corinthiens. Il faut aussi en passant noter qu'il est dit estre ressuscité des morts: en quoy la vérité de sa mort et résurrection est signifiée, comme s'il estoit dit iiuil a soutl'ert une mesme mort que les autres hommes, et qu'il a receu immortalité en la mesme chair qu'il avoit prmse mortelle.
14. Ce n'est pas aussi un article superflu, qu'il est monté au ciel après estre ressuscité, car cujmbien que Christ ait commencé en ressuscitant a magnifier sa gloire et vertu, ayant despouillé la condition basse et contemptible de ceste vie morteUe, et l'ignominie de la croix.
toutesfois il a vrayement lors exalté son règne, (luand il est monté au ciel : ce (pie l'Apostre ilemonstre, (juand il dit ([u'il est monté pour accomplir toutes choses (Ephes. 4, 10) : où en mettant une espèce de contrariété (piant aux mots, il advertit ([u'il y a un bon accurd entre les deux : pource (pie Jésus s'est tellement departy de nous, qu'il nous est présent d'une hu'on plus utile (jue quand il a conversé en terre, estant logé comme en un domicile estroit. Parquoy sainct Jean, après avoir recité que Jésus Chi'ist convioit à boire «le l'eau vive tous ceux qui avoyent soif, adjouste tantost après, (jue le sainct Esprit n'estoit pas encore donné, pource (jue Jésus Christ n'est()it point encore glorifié (Jean 7, 37. 39). Ce que le Seigneur mesme a testifié à ses disciples : Il vous est expédient que je m'en aille : car si je ne m'en vay. le Consolateur ne viendra point (Jean 16, 7). Pareillement il les console quant au regret qu'ils pouvoyent concevoir de son absence corijorellc, disant (pi'il ne les délaissera point orphelins, mais qu'il viendra derechef à eux, voire d'une fa(;on invisible : toutesfois plus désirable, pource qu'alors ils seront enseignez d'une expérience plus certaine, que l'empire qui luy est d(jnné, et l'authorité (ju'il exerce suffit non seulement à vivre bien et heureusement, mais aussi à mourir de mesmes. Et de fait, nous voyons combien il a plus largement espandu les grâces de son Esprit, combien il a plus amplifié sa majesté, combien il a declairé davantage sa puissance, tant en aidant les siens, qu'en abbattant ses ennemis. Estant donc receu au ciel, il a bien osté la présence de son corps de nostre veue (Act. 1, 9), mais n(m i)as pour laisser d'assi.ster aux ficieles qui ont encores à cheminer en terre : ains pour gouverner le monde par une vertu l)lus présente (ju'auparavant. Et de fait, ce qu'il avoit promis d'estre avec nous jusques à la consommation du siècle (Matth. -2H, 20), a esté accomply par ceste ascension: en laquelle connue le corps a esté élevé sur tous les cieux, ainsi la vertu et efficace s'est espandue outre toutes les limites du ciel et de la terre. Ce que j'aime mieux expUciuer par les parolles de sainct Augustin, que par les miennes : Jésus Christ, dit-il, devoit aller par la mort à la dextre de son Père, pour de là venir juger les vifs et les morts en présence corporelle, comme il est monté. Car par présence spirituelle il devoit estre avec ses Apostres après son ascension. "^ En un autre passage il parle encore plus clairement: Selon la grâce invisible et infinie de Jésus Christ, dit-il, est accomply ce qu'il disoit à ses Apostres :Voicy, je suis tousjours avec vous jusques à la fin du siècle. ^°^ Mais selon la chair laquelle il a vestue, selon ce qu'il est nay de la Vierge, selon ce qu'il a esté prins des Juifs, selon ce qu'il a esté pendu en la croix, et puis