LIVRE m
rien. Telle révérence qui les a domté pour s'assujettir à Jésus Christ, est ornée du tiltre lic foy, combien que ce ne fust qu'un petit coinnienccmenl. Et voila comment l'homme de Cour, lequel avoit creu à la promesse de Jésus Christ touchant la garison de son fils, quand il est retourné à la maison a creu de rechef, selon sainct Jean : voire, pource que du premier coup il a tenu pour oracle du ciel ce qu'il avoit ouy de la bouche de Jésus Christ : et puis il s'est addonné k l'authorité d'iceluy, pour recevoir sa doctrine (Jean 4, o3; 8, ;W). Toutesfois il faut savoir qu'il s'est tellement rendu docile et disposé à apprendre, que ce mot de Croire au premier lieu de ce passage de sainct Jean, dénote une foy particulière : au second lieu il s'cstend plus loin, c'est de mettre cest homme au reng des disciples de nostre Seigneur, lesquels faisoyent profession d'adhérer à luy. Sainct Jean nous propose un excnqtlc assez semblai)le aux Samaritains, lesquels ayans creu à la paroUc qui leur avoit esté annoncée par la femme, accourent ardemment à Jésus Christ, qui est un commencement de foy : mais l'ayans ouy ils disent, isous ne, croyons plus pour ta paroUe, mais d'autant que nous l'avons ouy, et que nous savons qu'il est le Sauveur du moride (Jean 4, 42). Il appert de ces tesmoignages, que ceux mesmes qui ne sont point encorcs abîjreuvez des premiers elemens, moyennant qu'ils soyent enclins et duits à obéir à Dieu, sont nommez fidèles : non pas proprement, mais d'autant que Dieu par sa libéralité fait cest honneur à leur alîection. Au reste, une telle docilité avec désir d'apprendre, est bien diverse de ceste lourde ignorance, en laquelle croupissent et sont endormis ceux qui se contentent do leur foy imlilicite, telle que les Papistes imaginent. Clar si sainct Paul condamne rigoureusement ceux qui en apprenant ne parviemiont jamais à la science de vérité, de combien plus grand opprobre et vitupère sont dignes ceux qui de propos délibéré appetent de ne rien savoir (â Tim. 3, 7)?
6. Voicy donc la vraye cognoissancc de Jésus (jhrist, que nous le recevions tel qu'il nous est oiïert du Père : assavoir vestu de son Evaugile. Car comme il nous est destiné pour le but de nostre foy : aussi d'autre})art jamais nous ne tendrons droict à luy, sinon estans guidez par l'Evangile. Et de fait c'est là que les tia-esors de grâce nous sont ouverts, lesquels nous estans fermez, Jésus Christ ne nous profiteroit gueres. Yoyla pourquoy sainct Paul acconq)agne la doctrine avec la loy d'un lien insepai'al)!e, disant, Vous n'avez point ainsi apprins Jésus Christ, si vous avez esté enseignez quelle est sa vérité (Ephes. 4, 20. 21). Non pas que je restreigne tellement la foy a l'Evangile, que je ne confesse que ce qu'ont enseigné Moyse et les Prophètes suffisoit pour lors à la bien édifier : mais pource
qu'il en a une manifestation plus ample en l'Evangile, sainct Paul non sans cause l'appelle doctrine de foy (1 Tim. 4,0). Pour laquelle raison il dit en un autre passage, qu'à l'advenement de la foy la Loy a esté abolie, signifiant par ce mot la façon nouvelle d'enseigner (|ui a esté apportée par le Fils de Dieu, d'autant qu'il a beaucoup mieux esclairci la miséricorde de son Père : et nous ayant esté oi'donné maistre et docteur, nous a plus familièrement testifié de nostre salut (Rom. 10, 4). Toutesfois la procédure nous sera plus aisée si nous descendons par degrez du gênerai au spécial. En premier lieu soyons advertis qu'il y a une correspondance de la foy avec la parolle, dont elle ne peut estre séparée ne distraite, non plus que les rayons du soleil, lequel les produit. Et voyla pourquoy Dieu cric par Isaie, Escoutez moy, et vostre amc vivra (Is. 55, 3) ! Sainct Jean aussi monstre que telle est la source de la foy, en disant. Ces choses sont escritcs afin que vous croyez (Jean 20, 31). Et le Prophète voulant exhorter le peuple à croire, Aujourdlmy, dit-il, si vous oyez sa voix (Ps. 95, 8). Bref, ce mot d'Ouir communément se prend pour croire. Pour conclusion. Dieu ne discerne point en vain par ceste marque les enfans de l'Eglise d'avec les estrangers : c'est qu'il les enseignera pour les avoir escoliers. A quoy respond ce que sainct Luc met par cy ])ar là ces deux mots comme equivalens, Fidèles et Disciples : mesmes estend ce titre jusqucs à une femme (Act. 6, 1. 2. 7; 9, 1. 10. 19. 25. 26. 36; 11, 26. 29; 13, 62; 14, 20. 28; 20, 1). Parquoy si la foy décline tant peu que ce soit de ce blanc, auquel elle doit prendre sa visée, elle ne retient plus sa nature : mais est une crédulité incertaine, et erreur vagant cà et là. Icellc mesme parolle est le fondement dont elle est soustenue et appuyée : duquel si elle est retirée, incontinent elle trébuche. Qu'on oste donc la Parolle, et il ne restera plus nulle foy. Nous ne disputons pas yci, assavoir-mon si le ministère de l'homme est nécessaire pour semer la Parolle, dont la foy soit conceue: ce que nous traiterons en un autre lieu. Mais nous disons que la Parolle, de quelque part qu'elle nous soit apjjortée, est comme un miroir auquel la foy doit regarder et contempler Dieu. Pourtant soit (lue Dieu s'aide en cela du service de l'homme, soit (pf il besongne par sa seule vertu : neantmoins il se représente tousjours par sa parolle à ceux qu'il veut tirer à soy. Dont aussi sainct Paul nomme la foy Obéissance qu'on rend à l'Evangile. Et ailleurs il loue le service et promptitude de la foy qui estoit aux Philippiens (Rom. 1, 5; Phil. 2, 17). Car il n'est pas question seulement en l'intelligence de la foy, que nous cognoissions iiu'il y a un Dieu : mais principalement il est requis d'entendre de quelle volonté il est envers nous. Car il ne nous est pas seulement utile de savoir quel il est en soy, mais quel