‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 251 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

il nous veut estre. Nous avons donc desja que la foy est une co^ni)issance île la volonté de Dieu prinse de sa paioile. Le londeuient d'icelle est la persuasion iiu'on a de la vérité de Dieu : de laquelle cependant (jue ton cunir n'a point la certitude résolue, la parolle a si>u autliorité bien débile ou du tout nulle en to\ . Davaiit^i^a% il ne sultit pas de croire que Dieu est véritable, qu'il ne puisse mentir ne tronqier, si tu n'as ceste resoluilon, ([ue tout ce (lui iirocede de luy, est vérité ternie et inviolable.

7. Mais d'autant que le cœur de riioiniiie n'est point conieniié eu loy par une chacune parolle de Dieu, il l'aut encore chercher (jue c'est que la foy proprement reji:arde en la Parolle. C'estoit une voix de Dieu, celle qui lut dite à Adam, Tu mourras de mort; c'estoit une voix de Dieu, qui l'ut dite à Gain, Le sang de ton frère crie à moy de la terre (Geu. 2, 17 ; 4, 10) : mais toutes telles sentences ne pouvoyent sinon esbranler la loy : tant s'en faut qu'elles fussent pour l'establir. Nous ne nions pas cependant que l'office de la foy ne soit de donner consentement a la vérité de Dieu, toutes fois et (luantes (ju'il parle, et quoy qu'il dise, et en quelque manière que ce soit : mais nous cherchons a présent (pie c'est que la foy trouve en icelle parolle, poui" s'appuyer et reposer. Si nostre conscience ne voit autre chose qu'indignation et vengeance, comment ne tremblera-elle d'horreur? Et si elle aune fois Dieu en horreur, comment ne le fuira-elle? Or la foy doit chercher Dieu, non pas le fuir. Il appert donc que nous n'avons pas encores la définition pleine : puis (pie cela ne doit point estre réputé foy, de cognoistre une chacune volonté de Dieu. VA (pie sera-ce si au lieu de volonté, de laquelle le message est quelque fois triste et espovantable, nous mettons benevolence ou miséricorde ? Certes en ceste manière nous approchons plus de la nature de foy. Car lors nous sommes doucement induits de chercher Dieu, après que nous avons cognu nostre salut estre en luy. ce qu'il nous declaire en nous asseurant (|u'il en a soin. Panjuoy il nous est besoin d'avoir promesse de sa grâce, en laquelle il lestifie qu'il nous est Père propice: pource que sans icelle nul ne peut approcher de luy, et (jue le CQîur de l'homme ne se peut reposer que sur icelle. Selon ceste raison ces deux mots, Miséricorde et Vérité sont souvent conjoints aux Pseaumes: comme il y a un accord indissoluble, pource qu'il ne nous profiteroit rien de savoir que Dieu est véritable, s'il ne nous convioit à Il soy quasi nous alléchant par sa clémence. Et ce ne seroit point a nous de comprendre .sa miséricorde, s'il ne la nous otîroit par sa voix. Les exemples sont, J'ay presché ta vérité et ton salut: Je n'ay point celé ta bonté et vérité: Comme ta bonté et vérité me gardent (Ps. 40, 11. 12). Item, Ta miséricorde touche les cieux, ta vérité

va jusques aux nues. Item, Toutes les voyes de Dieu s(mt clémence et vérité à ceux qui gardent son alliance. Item, Sa miséricorde est multipliée sur nous, et sa vérité demeure à jamais. Item, Je chanteray à ton nom pour ta miséricorde et vérité (Ps. ili, 10; :{IJ,G: 117, -2: l.iH, 2). Je laisse à reciter ce qu'en disent souvent les Prophètes : c'est que Dieu, selon qu'il est bénin, est aussi loyal en ses promesses. Car ce seroit témérité à nous, de concevoir (jue Dieu nous soit propice, s'il n'en testifie luy niesme, et qu'il nous prévienne en nous conviant, à ce que sa volonté ne nous soit douteuse ou obscure. Or nous avons desja veu (lu'il a ordonné son FWs pour le seul gage de son amour, et que sans luy il n'y apparoit haut et bas que signes d'ire et de haine. Davantage, puis (jue la cognois.sance de la bonté de Dieu ne peut pas avoir grande importance, sinon cpi'elle nous y face reposer, il faut exclurre toute intelligence ineslée avec doute, et laquelle ne consiste fermement, mais vacille comme débattant de la chose. Or il s'en faut beaucoup que l'entendement de l'homme, ainsi qu'il est aveuglé et obscurcy, puisse pénétrer et atteindre jusques à cognoistre la volonté de Dieu : que le cœur, au lieu qu'il a accoustumé de vaciller en doute et incertitude, soit asseuré pour reposer en telle persuasion. Parquoy il faut ([ue l'entendement de l'homme soit d'ailleurs illuminé, et le cœur confermé, devant que la paiolle de Dieu obtienne pleine foy en nous. Maintenant nous avons une entière définition de la foy, si nous déterminons que c'est une ferme et certaine cognoissance de la bonne volonté de Dieu envers nous: laquelle estant fondée sur la promesse gratuite donnée en Jésus Christ, est révélée a nostre entendement, et scellée en nostre cœur par le sainct Esprit.

8. Mais devant que passer outre, il sera nécessaire de mettre quekiues Proemcs pour desvelopper quelques neuds ({ui autrement jjourroyent empescher les lecteurs, et les retarder. En premier lieu nous avons à réfuter la distinction (jui a eu tousjours vogue entre les Sorbonistes, touchant la foy qu'ils appellent Formée et Informée. Car ils imaginent que ceux qui ne sont touchez d'aucune crainte de Dieu, ou de sentiment de pieté, ne laissent point de croire tout ce (pii est nécessaire à salut ; comme si le sainct Esprit illuminant nostre cœur à la foy, ne nous estoit i)oint tesmoin de nostre acioption. Or combien que contre toute l'Escriture ils veulent avec leur fiereté, que telle cognoissance soit foy, il ne sera ja besoin de beaucoup disputer ou debatre plus longuement contre leur définition, moyennant (lue ce (lue l'Escriture nous en monstre soit bien expli(iué. Car de là il nous apperra combien sottement et bestialement ils gergonnent, plustost qu'ils ne parlent, d'une chose si

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