‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 252 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

haute. J'en ay desja touché une partie: je deduiray ci après le reste en son lieu. Pour le jtresent je di qu'on ne sauroit rien feindre plus hors de propos que leur resverie. Ils entendent qu'un assentemcnt, par lequel les contemiiteurs de Dieu accepteront pour vray ce (jui est contenu en l'Escritui'e, doit estre réputé pour foy. ( )r il falloit voir en premier lieu, si chacun appelle à soy la foy de sa }iropre industrie, ou bien si c'est le sainct Esprit ([ui par iceile nous testifie nostre adoption. Parquoy ils babillent en petis enfans, (juand ils demandent si la foy estant formée de la charité survenante, est une mesme foy ou diverse. Et par tel badinaj^e il est notoire, que jamais ils n'ont rien conceu du don singulier de l'Esprit, par lequel la foy nous est inspirée. Car le conunencement de croire contient en soy la reconciliation par laquelle l'homme a accès à Dieu. Que s'ils poisoyent bien ceste sentence de sainct Paul, (ju'on croit de cœur à justice (Rom. 10, 10): ils ne s'amuseroyent plus à qualifier ainsi la foy par des vertus survenantes. Quand nous n'aurions autre raison que cesle-cy, elle devroit suffire pour décider tout différent : assavoir que l'assentement que nous donnons à Dieu (comme j'en ay desja parlé, et en ti'aitteray tantost plus au long) est aa cœur plustost (ju'au cerveau, et d'affection plustost que d'intelligence. Pour laquelle cause l'obéissance de la foy est tant louée, que Dieu ne préfère nul autre service à iceile (Rom. 1, 5) : et à bon droit, veu qu'il n'a chose si pretieuse ([ue sa vérité, laquelle est signée par les croyans (comme dit Jean Baptiste) comme quand on met son signe ou paraphe en une lettre (Jean 3, 33). Pource que eecy ne doit point estre en doute, je conclu en un mot, que ceux qui disent que la foy est formée quand il y survient quelque bonne affection, comme un accessoire estrange, ne font que babiller: veu que l'assentement ne peut estre sans bonne affection et sans révérence de Dieu. Mais il se présente un argument beaucoup plus clair. Car puis que la foy embrasse Jésus Christ selon qu'il nous est offert du Père (or il nous est offert non seulement en justice, remission des péchez et appointement, mais aussi en satisfaction et fontaine d'eau vive), nul ne le pourra jamais cognoistre deuement, ne croire en luy, qu'il n'appréhende ceste sanctification de l'Esprit. Ou bien si quelqu'un veut avoir encore cela plus clairement: la foy est située en la cognoissance de Christ, et Christ ne peut estre cogneu sans la sanctification de son Esprit : il s'ensuit que la foy ne doit estre nullement séparée de bonne alïection.

9. Ceux qui ont coustume d'alléguer 'ce que dit sainct Paul, assavoir si quelcun avoit si parfaite foy (jue de pouvoir transférer les montagnes, et qu'il n'eust point de charité (1 Cor. 13, 2), que cela n'est rien, voulans par ces paroUes

faire une foy informe qui soit sans charité : Us ne considèrent point (]ue signifie le vocable de Foy en ce passage. Car comme ainsi soit que sainct Paul eust disputé des divers dons de l'Esprit, entre lesquels il avoit nommé les langues, vertus et prophéties : et qu'il eust exhorté les Corinthiens d'appliquer leur estude aux plus excellens et i)lus piofitables, c'est assavoir dont il pouvoit venir plus de huit et utilité à tout le corps de l'Eglise ; il atJjouste qu'il leur demonstrera encore une plus excellente voye (1 Cor. 12, 10. 31), assavoir que tous ces dons, combien qu'ils soyent tous exceliens en leur nature, neantmoins ne sont comme à rien estimer, s'ils ne servent à charité : d'autant qu'ils sont donnez ;i l'édification de l'Eglise, à laquelle s'ils ne se rapportent, ils perdent leur grâce et leur prix. Pour cela prouver il use d'une division, répétant ces mesmes grâces dont il avoit fait menlion auparavant : mais il les nomme de divers noms. Ainsi ce qu'il avoit premièrement appelle Vertu, il le nomme Foy : signifiant par l'un et l'autre vocable, la puissance de faire miracles. Or d'autant que ceste puissance, soit qu'on la nomme Foy ou Vertu, est un don particulier de Dieu (comme sont le don des langues, prophéties et autres semljlables), lequel un meschant homme peut avoir, et en abuser : ce n'est pas merveilles si elle est séparée de charité. Mais toute la faute de ces povres gens est, que nonobstant que le vocable de foy ait diverses significations, n'observant point ceste diversité, ils combatent comme s'il estoit tousjours prins en une mesme manière. Le lieu de sainct Jaques, qu'ils amènent pour confermer aussi leur erreur, sera ailleurs expliqué. Car combien que par forme d'enseigner nous concédons qu'il y a plusieurs espèces de foy, quand nous voulons monsh'er quelle est la cognoissance de Dieu aux iniques : neantmoins nous recognoissons et confessons avec l'Escriture une seule foy aux enfans de Dieu. Il est bien vray que plusieurs croyent qu'il y a un Dieu, et pensent que ce({ui est compris en l'Exangile et l'Escriture, est véritable, d'unmesine jugement qu'onaaccoustumé déjuger estre véritable ce qu'on lit aux histoires, ou ce qu'on a veu à l'œil. Il y en a qui passent encores outre : car ils ont la parolle de Dieu pour un oracle indubitable, et ne contemnent point du tout les conunandemens d'icelle, et sont aucunement esmeus des promesses. Nous disons que telle manière de gens n'est pas sans foy : mais c'est en parlant improprement, à cause qu'ils n'impugneut point d'une impieté manifeste la parolle de Dieu, et ne la rejettent ne mesprisent : mais plustost donnent quelque apparence d'obéissance.

10. Toutesfois comme ceste ombre ou image de foy est de nulle importance, aussi elle est indigne d'un tel tiltre. Et combien que nous ver-

Page 1