CHAPITRE II
rons tantost plus amplement combien elle ililïerc de la veritt- de la t'ny, n(\-intnioins il ne nuira de rien d'en taire niainlenaut une iire\e deninnsirance. 11 est dit (jue Simon le Magicien a creu, le(iuel nianileste tanlost après son incrédulité (Act. 8, 1:5. 18). Ce (pie le tesmoignage de loy luy est lionne, nous n'entendons pas avec aucuns, (pi'il Tait seulement simulée par parolles, combien iju'il n'en eus! rien au co:'ur : mais pUistust nous pensons (pi'estant sm'monté par la majesté de l'Evangile, il y avoit ajousté une Toy telle (|uelle : recognoissanl tellement ('hrist pour autbeur de vie et salut, que volontiers il l'acceptoit pour tel. En ceste manière nostre Seigneur dit au buitieme de sainct Luc, que ceux-là croyent jiour un temps, esqueis la semence de la Parolle est sulïoquée devant que fructifier: ou bien desséchée et perdue, devant (ju'avoir prins racine (Luc 8, 7. 14). Nous ne doutons pas que tels ne soyent toucbez de quelque goust de la Parolle, pour la recevoir avec désir, et ne soyent l'rappez de sa vertu : tellement (|uen leur bypocrisie non seulement il deçoyvent les hommes, mois aussi leurs cœurs propres. Car ils se persuailent que la révérence qu'ils portent à la parolle de Dieu, est la plus vraye pieté (|u'ils l)uissent avoir : pom'ce ([u'ils ne reputent autre impieté au monde, sinon (piand ceste parolle est manifestement ou vitupeiée ou mesprisée. Or quelle que soit ceste réception de l'Evangile, elle ne pénètre pas jusques au cœur pour y demeurer flcbée: et combien qu'elle semble advis aucunes fois prendre racines, neantmoins elles ne sont pas vives : tant a de vanité le cœur humain, tant il est remply de diverses cachettes de mensonges, de telle hv'pocrisie il est enveloppé, qu'il se trompe souvent soy-mesme. ïoutesfois ceux qui se glorilient d'un tel simulacre de la foy, qu'ils entendent qu'ils ne sont en rien supérieurs au diable en cest endioit (.la(i. 2, 19). Certes les premiers dont nous avons parlé sont beaucoup inférieurs, d'autant qu'ils demeurent eslourdis en oyant les choses lesquelles font trend)ler les diables : les autres sont en cela pareils, que le sentiment qu'ils en ont, finalement soi"t en terreur et espovantenient.
11. Je say (jue d'attribuer la foy aux reprouvez, il semble bien dur et estrange à aucuns, veu (jue sainct Paul la met pour fruict de nostre élection (1 Thess. 1, 4). Mais ce neud sera facile à dcslier, pource que combien (ju'il n'y ait que ceux qui sont prédestinez à salut que Dieu illumine en la foy, et ausquels il face vrayement sentir l'eflicace de l'Evangile, toutesfois l'expérience monstre que les reprouvez sont quelque fois touchez quasi d'un poreil sentiment (jue les eleus, en sorte qu'a leur opinion ils doivent estre tenus du reng des fidèles. Par ainsi il n'y a point d'absurdité en ce quel'Apostre dit, qu'ils
goustent pour un temps les dons célestes : et en ce (pie Jésus Christ dit. (ju'ils ont une foy temporelle (llebr. 0, 4 — (i ; Luc 8, 11}); non pas qu'ils comprennent quelle est la vertu de l'Esprit, no (pi'ils la ie(;oyvent à bon escient et vivement ou bien qu'ils ayent la vraye clarté de foy : mais pource que Dieu, afin de les tenir convaincus et rendi'e tant plus inexcusables, s'insinue en leurs entendcmens, voire entant (pie sa bonté ])eut estre goustée sans l'Esprit (l'adoption. Si quelcun rephtiue que les fidèles ilonc n'auront point où s'asseurer, et ne pom*ront juger comment ils sont adoptez de Dieu: je respon, combien qu'il y ait grande similitude et affinité entre les eleus et ceux ([ui ont ime foy caifinpie et transitoire, ({ue toutesfois la fiance dont parle sainct Paul (C;U. 4, 0), assavoir d'oser invoquer Dieu pour Perc à pleine bouche, n'a sa vigueur qu'aux eleus. Paniuoy comme Dieu régénère les eleus seulement à perpétuité par la semence incorruptible, et ne souffre que jamais ceste semence (ju'il a plantée en leur c(fiurs périsse : aussi il n'y a doute qu'il ne scelle en leurs cœurs d'une façon spéciale la certitude de sa grâce, à ce qu'elle leur soit plenement ratifiée. Mais cela n'empesche point que le sainct Esprit n'ait quelque opération plus basse aux reprouvez. Cependant les fidèles sont advertis de s'examiner songneusement et en humilité, de peur qu'au lieu de la certitude de foy qu'ils floyvent avoir, il ne s'insinue en leur cœur quehiue présomption de la chair avec nonchalance. 11 y a un autie point : c'est que les reprouvez ne con(;oyvent jamais sentiment do la grâce de Dieu qu'en confus : tellement qu'ils apprehendentplustosl Tombre (jue le corps et la substance, pource que le sainct Esprit ne seeUc et ue cachette proprement la remission des péchez sinon aux eleus, à ce qu'ils en ayent une fiance jiarticuliere pour en faire leur profit. Toutesfois on peut dire en quehpie manière, (jue les reprouvez croyent que Dieu leur soit propice : pource (pi'ils acceptent le don de reconciliation, combien que ce soit en confus et sans droite resolution. Non pas qu'ils soyent participans avec les enfans de Dieu d'une mesme foy ou régénération : mais pource que sous la couvertm-e d'hypocrisie il semble qu'ils ayent un principe de foy commun avec eux. Je ne nie pas (lue Dieu n'esdaire leurs entendemens jusques là, de leur taire cognoistre sa grâce : mais il distingue tellement ce sentiment qu'fi leur donne, d'avec le tesmoignage (pi'il engrave aux cœurs de ses fidèles, que la fermeté et vraye efficace (lu'ont les fidèles est tousjours incognue aux autres. Et de fait, jamais Dieu ne se monstre propice aux reprouvez, comme s'il les retiroit de la mort pour les prendre en sa garde : mais seulement leur fait sentir sa miséricorde présente comme par une bouffée. Il n'y a que
les eleus ausquels il face ce bien d'enraciner la foy vive en leur cœur, pour les y faire persévérer jusqu'en la fin. Et ainsi l'oJjjection qu'on pourroit faire est solue, assavoir que si Dieu leur monstre sa grâce, cela devroit estre arresté et permanejit. Car il n'y a rien qui empesche que Dieu ne face luire en d'aucuns pour un temps un sentiment de sa grâce, lequel puis après s'esvanouisse.
12. Pareillement, combien que la foy soit une cognoissance de la bonne volonté de Dieu envers nous, et une certaine persuasion de sa vérité, toutesfois ce n'est point merveille que l'appreliension qu'ont les legiers et inconstans de l'amour de Dieu, s'esvanouisse. Car combien qu'elle soit procliaine de la foy, si dilTere-elle beaucoup d'avec icelle. .Te confesse bien que la volonté de Dieu est immuable, et que sa vérité ne varie: mais je dy que les reprouvez ne parviennent jamais jusques à ceste révélation secrette de leur salut, laiiuelle l'Escriture n'attribue sinon aux fidèles. Je nie donc qu'ils comprennent la volonté de Dieu selon qu'elle est immuable, ou qu'ils embrassent constamment sa vérité : pource qu'ils s'arrestent en un sentiment .'iujet à estre esbranlé, et à s'escouler mesme: comme un arbre qui n'est pas planté assez profond pour jetter racines vives, combien que par quelques ans il produise fleurs et feuilles, et mesmes quelques fruicts, toutesfois par succession de temps deseiche et meurt. En somme, si l'image de Dieu a peu estre elTacée de l'entendement et ame du premier homme à cause de sa rébellion, ce n'est point merveille s'il espand quelques rayons de sa grâce sur les reprouvez, et puis après soutire qu'ils s'esteignent. Il n'y a aussi rien qui empesche qu'il ne donne aux uns quelque legiere et volage cognoissance de son Evangile, laquelle s'etïace, et qu'il ne l'imprime aux autres tellement que jamais ils n'en soyent privez. Cependant que cest article nous soit résolu: c'est, quelque petite ou débile que soit la foy aux eleus, neantmoins puis que l'Esprit de Dieu leur est arre et gage infaillible de leur adoption, que l'engraveure qu'il met en leur cœur ne se peut jamais effacer. Quant à ce que la clarté qu'ont les reprouvez, n'est sinon comme une aspersion laquelle se perd et vient à rien, ce n'est pas à dire que le sainct Esprit trompe ou fraude. Car il ne vivifie pas la semence qu'il jette en leurs cœurs, pour la faire demeurer incorruptible comme aux eleus. Je passe plus outre, c'est, veu que l'expérience et l'Escriture nous monstrent que les reprouvez sont quelquesfois touchez du sentiment de la grâce de Dieu, qu'il ne se peut faire qu'ils ne soyent incitez en leurs cœurs à quelque désir mutuel de l'aimer. Voyla comment en Saul il y eut pour un temps (luelque bonne affection de s'addonner à Dieu: duquel se voyant traitter
paternellement, il estoit alléché par telle douceur de sa bonté. Mais comme l'estime qu'ont les reprouvez de l'amour paternelle de Dieu, n'est point bien fichée au profond de leur cœur: aussi ils ne l'aiment pas cordialement de leur costé comme estans ses enfans, mais sont poussez d'une affection mercenaire. Car ce n'est qu'à Jésus Christ seul que l'Esprit de l'amour de Dieu a esté donné: voire à teUe condition qu'il le communique à ses membres. Et de fait, le dire de sainct Paul ne s'estend pas plus loin qu'aux eleus : c'est que la charité de Dieu est espandue en nos cœurs par le sainct Esprit qui nous est donné (Rom. o, o). Or il parle de la charité qui engendre la fiance d'invoquerDieu, comme nous voyons à l'opposite que Dieu se courrouce d'une façon admirable à ses enfans, lesquels toutesfois il ne laisse pas d'aimer: nonpas qu'il les baisse en soy, mais il les veut espovanter de l'appréhension de son ire, pour humilier en eux tout orgueil de la chair, pour escourre et esveiUer toute paresse, et pour les soliciter à repentance. Parquoy en une mes me heure ils le cognoissent estre courroucé contre eux et leurs péchez, et ne laissent pas de se fier qu'il leur sera propice : car ils ont franchement leur refuge à luy, et d'une fiance arrestée : et ce n'est pas en feintise qu'ils le requièrent de se vouloir appaiser. Il appert par ces raisons que plusieurs qui n'ont point de vraye foy enracinée en eux ont toutesfois quelque apparence : non pas qu'ils en facent seulement la mine et le semblant par devant les hommes, mais pource qu'estans poussez d'mi zèle soudain, ils se trompent eux mesmes d'une fausse opinion. Et n'y a doute qu'ils ne soyent préoccupez d'une tardiveté et pesanteur, pour ne point examiner deuement leur cœur comme il estoit requis. Il est vray semblable que ceux dont parle sainct Jean estoyent tels, quand il dit que Jésus Christ ne se floit point en eux, combien (lu'ils creussent en luy: pource qu'il les cognoissoit tous, et savoit ce qui estoit en l'homme (Jean "2, 24. 25). Au reste, si plusieurs ne decheoyent de la foy commune (j'use de ce mot de Commune, pour la grande similitude qui est entre la foy caduque et fragile, et celle qui est vive et permanente) Jésus Christ n'eust point dit à ses disciples, Si vous persistez en ma parolle, vous serez vrayement mes disciples, et cognoistrez la vérité, et la vérité vous alî'ranchira (Jean 8, 31. 32). Il s'adresse à ceux qui desja avoyent receu sa doctrine, et les exhorte à profiter en la foy, afin de ne point estaindre par leur nonchallance la clarté (jui leur estoit donnée. Et pom^tant sainct Paul reserve la foy comme un thresor particulier aux eleus (Tite 1, i), signifiant que ceux qui découlent et s'esvanouissent n'y ont pas pris racine vive. Comme aussi nostre Seigneur Jésus en parle en sainct Matthieu, Tout arbre que mon Père n'a point planté, sera arra-