‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 254 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ché (Matth. 15, 13). Il y a des autres hypocrites plus lours et plus espais. lesquels n'out point honte de vouloir tromper Dieu et les honunes. Et c'est contre telle manière de gens que sainct Jacques crie tant asprenient: pource (pie sous une fausse Cduvei'ture ils prulanent uiesehaninient la i'oy (Jaq. "2, 14). De lait aussi sainct Paul ne recjuerroit point des enl'ans de Dieu une foy non feinte, n'estoit que plusieurs se vantent trop hardiment d'avoir ce qu'ils n'ont pas, et par je ne say quel fard ou vaine couleur ils trompent le monde, et ([ueUpies fois eux mesmes. Parquoy il accompare la ijonne conscience a un ct)ll're auquel elle est ^^ardée, disant que la foy est perie en plusieurs, d'autant qu'elle n'estoit point munie de ceste garde (1 ïim. 1, o. 19).

13. Nous avons aussi à noter les significations diverses de ce mot. Car la foy souvent vaut autant à dire comme saine et pure doctrine quant a la religion : connue au lieu que nous avons n'agueres allégué. Et quand sainct Paul commande que les diacres soyent instruits aux mystères de la foy avec pure conscience (1 Tirn. 3, 9). Item, quand il se complaind qu'aucuns se sont révoltez de la foy. Et à l'opposite, quand il dit que Timothée a esté nourri en la doctrine de la foy. Item, quand il advertit que la hautesse profane de babiller, et les oppositions de science faussement nommée, sont cause d'eu faire révolter plusieurs de la foy: lesquels en un autre passage il appehe Reprouvez quant à la fov( 1 Tim. 4, 1. 6; 2 Tim. 2, 16: 3, 8). Derechef, quand il commande à Tito qu'il admonneste ceux qu'il a en charge, d'estre sains en la foy (Tite 1, 13; 2, 2): signifiant par ce mot de Santé, une pure simphcité de doctrine, laquelle se corrompt facilement par la légèreté des hommes, et s'abbastardit. Et de fait, puis (|ue tous les thresors de science et sagesse sont cachez en Jésus Christ (Col. 2,3), lequel la foy possède : non sans cause ce mot s'applique a toute la somme de la doctrine celeste, de laquelle la foy ne peut estre séparée. D'autrepart, le mot de Foy se restraind en d'aucuns passages a un object particulier, comme quand sainct Matthieu dit que Jésus Christ a veu la foy de ceux qui devalloyent le paralytique en bas par le toit : et Jésus Christ, qu'il n'a point trouvé telle foy en Israël, comme au Centenier (Matth. 9, 2: 8, 10). Car il est vray semblable qu'il estoit du tout attentif et ravi à la gairison de son fils : comme il monstre par ses propos quel souci il en avoit. Mais pource qu'en se contentant de la seule response de Jésus Christ, il ne demande point sa présence corporelle, mais proteste que c'est asses qu'il ait dit le mot: au regard de ceste circonstance sa foy est ainsi magnifiée. Nous avons aussi adverti que sainct Paul (1 Cor. 13, 2) prend la foy pour le don de faire miracles, lequel aucunefois est communiqué à ceux qui ne sont point régénérez de l'Es-

prit de Dieu, et ne le craignent point en sincérité ne droilm'e. Qaekpiofois il use de ce mesme nom, pour signifier l'in.struction que nous recevons pour estre édifiez en la foy. Car il n'y a doute, quand il escrit (pie la foy sera abolie (1 Cor. 13, 10), que cela ne se rapporte au ministère de l'Eglise, et à la prédication qui sert aujourdhuy à nostre infirmité. En toutes ces facjons de i)ar- 1er il y a quehiue convenance, (|ui se monstre de prime face. Au reste, (juand le nom de foy se transfère improprement a une fausse profession ou titre emprunté, ou desguisement, cela ne doit point estre trouvé ne iilus rude ne plus estrange, que quand la crainte de Dieu se prend pour un service confus et vitieux qu'on luy fera. Or il est dit en l'histoire saiucte, que les peuples qui avoyent esté transportez en Samarie et en la région prochaine, ont craint les dieux controuvez et le Dieu d'Israël: ce qui est comme mesler le ciel avec la terre. Mais nous demandons maintenant que c'est que la foy, laquelle distingue les enfans de Dieu d'avec les incrédules: par laquelle nous invoquons Dieu comme nostre Père, laquelle nous fait passer de mort à vie, et par laquelle le Seigneur Jésus nostre salut éternel et vie habite en nous. Or il me semble que j'ay brièvement et clairement expliqué sa propriété et nature.

14. Maintenant il reste d'esplucher derechef toutes les parties de la définition que j'en ay donnée. Quand nous l'appeUons Cognoissance, nous n'entendons pas une appréhension telle qu'ont les hommes des choses qui sont suhmises a leur sens : car elle surmonte tellement tout sens humain, qu'il faut que l'esprit monte pardessus soy, pour atteindre à icelle. Et mesme y estant parvenu, il ne comprend pas ce qu'il entend : mais ayant pour certain et tout persuadé ce qu'il ne peut comprendre, il entend plus par la certitude de ceste persuasion, (jue s'il comprenoit quelque chose humaine selon sa capacité. Pourtant sainct Paul parle tresbien, disant qu'il nous faut comprendre quelle est la longueur, largeur, profondité et hautesse de cognoistre la dilection de Christ, laquelle surmonte toute cognoissance (Eiihes. 3, 18. 19). Car il a voulu ensemble signifier l'un et l'autre : c'est assavoir, que ce que nostre entendement comprend de Dieu par foy, est totalement infiny : et que ceste manière de cognoistre outrepasse toute intehigence. Neanlmoins pource que nostre Seigneur a manifesté à ses serviteurs le secret de sa volonté, qui e.stoit caché à tous siècles et générations, (jue pour ceste cause la foy est justement nommée Cognoissance (Col. 1, 26; 2, 2). Sainct Jean aussi l'appelle Science, (luand il dit que les fidèles savent qu'ils sont enfans de Dieu (1 Jean 3, 2). Et de fait ils le savent pour certain : mais estans confermez en persuasion de la vérité de Dieu,

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