CHAPITRE H
seuré, dit-il. que no la mort, iio la vie, ne les Anf,a\s, ne les principautez, ne les puissances, ne les choses présentes, ne les choses futures ne nous pouriont retirer de la dilection (pie nous porte Dieu en Jésus (Christ (Rom. 8, 38). A ceste cause luy-niesme n'estime pas que les yeux de nostre entendement soyent iiien illuminez, si ce n'est que nous contemplions (]uellc est l'espérance de l'heritaj^^e éternel, auipiel nous sommes api)ellez (Ephes. 1, 18). Et telle est sa doctrine par tout, que nous ne comprenons pas bien la bonté de Dieu, sinon (pi'en icelle nous ayons une ;j:rande asseurance.
17. Mais (pielcun objectera, (pie les fidèles ont bien autre expérience, veu que non seulement en reco^-^noissant la 1,'race de Dieu envers eux ils sont inquiétez et ag:itez de doutes (ce qui leur advient ordinairement) : mais aussi aucunefois sont j^^andement estonnez et espovantez. Telle et si forte est la véhémence des tentations qu'ils endurent pour les esbranler. Laquelle chose semble n'estre "ueres convenante avec une lelle certitude île foy dont nous avons parlé. Pourtant il faut (pie ceste difficulté soit solue de nous, si nous voulons que la doctrine cy dessus baillée demeure en son entier. Quand nous enseij^nons que la foy doit estre «•crtaine et asseurée, nous n"inia;,^inons point une certitude (pii ne soit touchée de nulle <loute. ny une telle stM-urité (jui ne soit assaillie de nulle solicitude : mais pluslustau contraire nous disons que les fidèles ont une bataille perjjetuelle à rencontre de leur propre deffiance : tant s'en faut (pie nous colloiiuions leur conscience en quebiue paisible repos (lui ne soit agité d'aucune tempeste. Neantmoins comment que ce soit qu'ils sovent assaillis, nous nions (pie jamai: ils tombent ou dechoyentde la fiance qu'ils ont une fois conceue certaine de la miséricorde de Diea. L'Escriture ne propose exemple de foy ])lus mémorable ne plus sinj^ulier (pi'cn la personne de David, principalement si on considère tout le cours de sa vie: toutesfois luymesme declaire par beaucoup de conqilaintes combien il s'en faut (pi'il ail este tousjours [)aisible en son esprit, et que .sa foy luy ait donné repos. Quand il reproche à son ame (|u'elle se trouble outre mesure, à quoy tend-il qu'à se courroucer contre son incrédulité? Mon ame, dit-il. [lourquoy t'estonnes-tu ? pounpioy t'escarmouches-tu on moy? Espère en Dieu (Ps. 'iâ, 6: 43. o). Et de fait, tel ospovantement cstoil un signe manifeste de deffiance, comme s'il eusl pensé estre abandonné de Dieu. 11 fait ailleurs une confession encore plus ample : Jay dit en mon esbranlement. Je suis rejette du regard de tes yeux (Ps. 31. -2'^). Item en un autre Heu, il se débat en soy avec telle perplexité et angoisse. que niesme il entre en dispute touchant la nature de Dieu. Or a-il oublié, dit-il, de faire misé-
ricorde? rejettera-il à jamais (Ps. 77, 10)? Il adjouste encore une sentence plus dure : J'ay dit. Il me faut mourir. Voicy un changement de la main de Dieu : cai' comme un homme désespéré, il prononce (pie c'en t-st fait. Et non seulement il confesse (pi'il est agité de doutes, mais comme estant opprimé et vaincu, il ne se réservée nul espoir : pource que Dieu l'a délaissé, et qu'il a converti sa main à le ruiner, de la(iuelle il avoit accoustumé le secourir. PaiNjuoy non sans cause il exhorte son ame de retourner à son repos (Ps. Hti, 8), d'auU-int qu'il avoit expérimenté (lu'olle fiottoit (;;i et la entre les vagues de tentation. Et toutesfois c'est une chose merveilleuse, (jue la foy soustient les cœurs des fidèles au milieu de telles concussions et si rudes : et est vrayement comme la palme (lui se rejette contre tous fardeaux, et ne laisse pas de se relever en haut quand elle est chargée. Voila comme David, combien (pi'il semblast estre accablé, en se reprenant et ten(;ant contre sa débilité, n'a pas laissé de monter à Dieu. Or celuy ([ui en bataillant contre son infirmité s'elTorce en ses deslresses de persister en la foy, et de s'y avancer, est desja victorieux pour la plus grande partie. Ce (jne nous pouvons voir do l'autre passage de David, Atten le Soigneur : fortific-toy, il te donnera courage. Atten donc le Seigneur (Ps. â7, 14). Il s'argue de timidité : et réitérant cela deux fois, il confesse (]u'il a esté sujet à beaucoup d'esbranloniens. Cependant non seulement il se desplait en ses vices, mais il s'esvertue et s'efforce à les corriger. Si on le veut comparer avec un bon examen au Hoy Achas, on y trouvera grande diversité. Isaie est envoyé à cest hypocrite-là, pour remédier à la frayeur laquelle l'avoit saisi. Il luy jiorte ce message. Sois sus tes gardes, et te repose : ne crain point (Is. 7, 4 s.). Là dessus ce misérable estant desja saisi d'estonnement (comme il avoit esté dit un peu aupara\ant, (|u'il estoit esmeu comme la feuille on l'arbre) ayant receu la promesse, ne laisse pas de trembler. C'est donc le juste loyer et punition d'incroilulité, do tellement s'escarmouchor, (pie celuy qui no cherche point ouverture en foy pour venir à Dieu, s'en retire et dostourne en la tentation. Au contraire les fidèles, combien (ju'ils soyent courbez sous le fais, voire (luasi abysmez, prennent courage et constance à surmonter: combien que ce ne soit pas .'^ans grande difficulté et fasch(>rie. Et pource (pi'ils sont convaincus de leur imbécillité, ils prient avec le Piophetc, Seigneur ne ni'oste |)as à tousjours la i)arollode vérité de la bouche (Ps. Mi), 43). (]ar il entend par ces mots, que les fidèles quelque fois deviennent muets, comme si leur foy estoit abbatue : toutefois ils ne défaillent point et ne tournent point le dos comme gens desconfits, mais poursuyvent leur combat, et resveillent leur paresse : pour le