‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 257 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

moins afin de ne tomber en stupidité en se flattant.

18. Pour mieux entendre cecy, il est nécessaire de recourir à la division de l'esprit et de la chair, dont nous avons tenu proj)os ailleurs : laquelle se demonstre clairement en cest endroit. Pourtant donc le cœur du fidèle sent en soy ceste division, (|u'en partie il est rempli de liesse pour la cognoissance qu'il a de la bonté de Dieu, en partie il est pi(jué d'amertume pour le sentiment de sa calamité : en paitie il se repose sur la promesse de l'Evanyile, en partie il tremble du sentiment de son iniquité: en partie il appréhende la vie avec joye, en partie il a horreur de la mort. Laquelle diversité advient d'imperfection de la foy: d'autant que jamais durant la vie présente nous ne parvenons à ceste félicité, qu'estans purgez de toute defflance nous ayons plénitude de foy en nous. De la procède ceste bataille, quand la deffiance qui reste encore en la chair, se dresse pour impugner et renverser la foy. Mais icy on me dira. Si une telle doute est meslée avec cetitude au cœur du fidèle, ne revenons-nous point tousjours à cela, que la foy n'a pas certaine et claire cognoissance de la volonté de Dieu, mais seulement obscure et perplexe ? A cela je respon que non. Car combien que nous soyons distraits de cogitations diverses, il ne s'ensuyt pas pourtant que nous soyons séparez de la foy. Si nous sommes agitez çà et là par les assauts d'incrédulité, il ne s'ensuyt pas que nous soyons jettez en l'abysme d'icelle. Si nous sommes esbranlez, ce n'est pas a dire que nous trebuschions : car la fin de ceste bataille est tousjours telle, que la foy vient au dessus de ces difficultez, desquelles estant assiégée il semble advis qu'elle soit en péril.

19. En somme, dés que la moindre goutte de foy qui se puisse imaginer, est mise en nostre ame, incontinent nous commençons à contempler la face de Dieu bénigne et propice envers nous. Bien est vray que c'est de loin : mais c'est d'un regard si indubitable que nous savons bien qu'il n'y a nulle tromperie. Apres, d'autant que nous profitons (comme il convient que nous profitions assiduellement) comme en nous avançant, nous en approchons de plus près pour en avoir la veue plus certaine. Davantage, la continuation fait que la cognoissance en est plus familière. Par ainsi nous voyons que l'entendement estant illuminé de la cognoissance de Dieu, est du commencement enveloppé de grande ignorance, laquelle petit à petit est ostée. Neantmoins pour son ignorance, ou pour voir plus obscurément ce qu'il voyoit, il n'est pas empesché qu'il ne jouisse d'une cognoissance évidente de la volonté do Dieu : ce qui est le premier poinct et principal en la foy : assavoir, comme si quelcun estant enclos en basse prison

n'avoit la dairté du soleil qu'obliquement et à deiny par une fenestre haute et estroite, il n'auroit jtas la veue du soleil pleine n'a délivre, toutesfois ne laisseroit pas d'avoir la clairté certaine, et en recevoir l'usage. En ceste manière, combien que nous, estans enfermez en la prison de ce corps terrien, ayons de toutes pars beaucoup d'obscurité, si nous avons la moindre estincelle du monde de la lumière de Dieu qui nous descouvre sa miséricorde, nous en sommes suffisamment illuminez pour avoir ferme asseurance.

20. L'un et l'autre nous est proprement demonstre de l'Apostre en divers lieux. Car en disant que nous cognoissons en partie, prophétisons en partie, et voyons en énigme comme par un miroir (1 Cor. 13, 9 — 12): il dénote combien petite portion de la sagesse divine nous est distribuée en la vie présente. Car combien que ces mots ne signifient jias simplement que la foy soit imparfaite pendant que nous travaillons sous le fardeau de nostre chair, mais nous advertissent qu'à cause de nostre imperfection nous avons besoin d'estre continuellement exercez en doctrine : toutesfois ils emportent que nous ne pouvons comprendre en nostre petitesse les choses qui .sont infinies. Or sainct Paul prononce cela de toute l'Eglise : mais il n'y a celuy de nous qui ne sente grand obstacle et retardement en sa rudesse, pour ne se point avancer comme il seroit à désirer. Mais luymesme demonstre en un autre passage, combien est grande la certitude de la moindre goutte que nous en ayons, en testiflant que par l'Evangile nous contemplons à descouvert la gloire de Dieu, et sans aucun empeschement, pour estre transformez en une mesme image (2 Cor. 3, 18). Il est bien nécessaire qu'en telle ignorance il y ait beaucoup de scrupules et de craintes, veu mesme que nostre cœur de son naturel est enclin à incrédulité. Outreplus, les tenlîitious surviennent infinies en quantité, et de diverses espèces, lesquelles d'heure en heure font de merveilleux assauts. Principalement la conscience estant pressée de la charge de ses péchez, maintenant se compleind et gemist en soy-mesme, maintenant elle s'accuse : aucune fois tacitement est picquée, aucune fois est apertement tormentée. Pourtant, soit que les choses adverses donnent quelque apparence de l'ire de Dieu, soit que la conscience en trouve occasion en soy-mesme, l'incrédulité s'arme de cela pour combattre la foy, dirigeant toutes ses armes à ce but, de nous faire estimer que Dieu nous est adversaire et com"roucé, afin que nous n'espérions nul bien de luy, et que nous le craignions comme nostre ennemy mortel.

21. Pour soustenir tels assauts, la foy est garnie de la parolle de Dieu. Quand efie est assaillie de ceste tentation, que Dieu est contraire et ennemi, entant qu'il afflige : elle oppose

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