‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 258 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

au contraire ceste défense, qu'il est miséricordieux mesme en afnij^eaiit; d'autant (|ue les chastimens (|u'il lait piocodent de dilection pluslot (|ue d'ire. Kstant liattue de ceste cu^ntation. (jue Dieu est juste Jujj;e pour punir toute iniquité, elle met au di'vant ce liouclier. (jue la niercy est appareillée a toutes fautes, ipiand le pécheur se retourne par devers la clémence du Sei^nieur. En ceste manière l'anie tidele, comment (|u'ellc soit tornientée merveilleusement, neaiitmnins surmonte en la fin toutes (litticultez, et nemlure jamais que la liance qu'elle a à la miséricorde de Dieu luy soit ostée et escousse : plustost au contraire toutes les doutes tlonl elle est exercée, tournent en plus grande certitude de ceste fiance. Nous avons expérience de cela, en ce que les Saincts (juand ils se voyenl fort pressez de la veni^eance de Dieu, ne laissent |ioint toutesfoisde luyadresserleurs complaintes: et quand il semble advis qu'ils ne doyvent estre nullement exaucez, einMtre ils l'invoquent, (lar à quel propos se plaindroyent-ils a celuy duquel ils n'attendroyent nul soulairement ? et comment seroyent-ils induits a rinvoi|uer, sinon qu'ils espérassent avoir quelque aide de luy? En telle manière les disciples, esquels Jésus Christ re- ]irend l'imhecillite de foy, crioyent bien qu'ils perissoyenl: toutesfois ils imploroyent son aide (Matth. 8, 2o). Et île fait, en les redarguant connue débiles en foy. il ne les rejette i)as du nombre des siens pour les mettre avec les incrédules, mais les incite à se retirer d'un tel vice. Nous affermons donc de rechef ce qui a esté cy dessus dit : c'est que la racine de foy n'est jamais du tout arraciiée du cœur fidèle qu'elle n'y demeure tousjours fichée, combien qu'estant esbranlée elle semble advis encliner ça et la : (pie la lumière d'icelle n'est jamais tellement esteintc ou sutîoquée, que pour le moins il n'y en demeure tousjours quelque estincelle: et que par cela on peut juj:er que la Parolle. estant semence incorruptible <Je vie, produit fruit semblable à soy, duquel le germe ne dessèche ne périt jamais. Co (|ue demonstre Job, quand il dit (ju'il ne laissera point d'espérer en Dieu, encore mesme (ju'il l'occisl (Job i:5, lo). Or est-il ainsi que les Saincts n'ont jamais plus grande matière de desespoir, ([ueipiand ils sentent la main «le Dieu dressée pour les confondre, selon qu'ils en peuvent estimer par Testât fies choses présentes. Il est ainsi pour vray. L'incrédulité ne règne point deilans le C(eur des fi«leles, mais elle les assaut par dehors : et ne les navre point mortellement, mais elle les moleste seulement, ou bien elle les navre en sorte que la playe est curable, (^ar comme dit sainct Paul, la foy nous est pour bouclier (E|)hes. 6, 16). Icelle donc estant mise au devant pour résister au diable, reçoit tellement les coups, qu'elle les repousse, ou pour le

moins les rompt en sorte qu'ils ne pénètrent point jusipies au cœur. PouiUint (piand la foy est esbranlée. c'est tout ainsi comme si un gendarme, estant autrement robuste, estoit contraint d'un coup impétueux de reculer et se retirer en arrière : (juarid ellt» est navrée, c'est comme si le bouclier d'un gendarme recevoit quelque casseure de la violence d'un coup, seulement jus(|ues à estre faussé, et non point percé : car tousjours l'ame fidèle viendra au dessus pour dire avec David, Si je chemine au milieu de l'ombre de la mort, je ne craiiidray [loint de mal. d'autant que tu es avec moy. Seigneur (Ps. :2:{, \). ('/est bien certes une chose espovantable de cheminer en l'obscurité de la mort: et ne se peut faire que les fidèles, (|uel- (pie fermeté qui soit en eux, n'ayent cela en grand horreur : mais pource (jue ceste pensée surmonte en leur esprii, qu'ils ont Dieu présent qui a le soin de leur salut, la crainte est vaincue par telle asseurance. (Quelques macliiiiations et assauts que fasse le diable contre nous (dit sainct Augustini pendant (pi'il n'occupe point le lieu du cceur où la foy habite, il est chassé hors. Parquoy si on juge par l'expérience, non seulement les fidèles eschappent victorieux rie tous assaux: tellement (ju'ayans recueilly vigueur, ils sont prests de rentrer à combattre mieux que jamais : mais aussi ce que dit sainct Jean en sa (^lanoniiiue est accompli en eux.Vostre foy est la victoire qui surmonte le monde (1 Jean o, 4) ; car il signifie que non seulement elle sera victorieuse en une bataille ou en ilix, mais toutes fois et quantes qu'elle sera assaillie, qu'elle surmontera.

'2^. Il y a une autre espèce de crainte et tremblement, de laquelle tant s'en faut que la certi- I tude de foy soit diminuée, que plustost elle en I est confermée : c'est quand les fidèles reputans que les exemples de la vengeance do Dieu exécutée sur les ini(iues leur doyvent estre pour enseignemens, afin de ne provoquer point l'ire de Dieu par mesmes delicts, se donnent plus soigneusement garde de mal faire : ou bien (juand recognoissans leur misère ils apprennent de totalement dépendre de Dieu : sans lequel ils se voyent estre ])lus cadutpies et incertains qu'une boutîée de vent. Car l'Apostre (1 Cor. 10, o s.) en ce qu'après avoir proposé les chastimens que Dieu avoit faits sur le peuple d'Israël, il baille une crainte aux (Corinthiens de ne tomber point en mesine péché : par cela ne renverse aucunement leur fiance, mais seulement les resveille de leur paresse, la(|uelle plustost a coustume d'ensevelir la foy que de l'establir. Pareillement quand de la ruine des Juifs il prend occasion d'exhorter celuy qui est debout, qu'il se garde bien de choir (1 Cor. 10, 11. ii; Hom. 11, 20) : il ne nous commande point de vaciller, comme si nous estions incertains de

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