‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 260 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dessous terre la ruiner. Or je vous iiric ([uelle j sera eeste fiance, laquelle à chacun coup sera abbalue par désespoir ' Leur lantasie esl, qu'en , regardant (vlirist nous sommes certains de nos- j tre salut : en retournant juiis a nous, que nous sommes certains de nostre ilamnation : de 1;V ils concluent (jue la liance et le desespoir do\ vent ret,^ner en nos cœurs à tour, connue si lums devions C(Hicevoii- Jésus r.lnist estant arrière de nous, et non plustost liabilanl en nous. Car ce que nous es|)erons salut de luy, n'est pas pource qu'il nous apparoisse de loin, mais pource (|ue nous ayant unis à son corps, il nous fait participans non seulement de tous ses biens, mais aussi de soy-mesme. Pourtant du fondement qu'ils prennent je deduiiay un artxument tout au rebours, ipren considérant (pie nous sommes, nous voyons nostre damnation comme a l'œil. Mais entant (|ue .lesus ('hrist nous est tellement connnuni(|ue avec tous ses biens, que tout ce (ju'il a est fait nostre, (lue nous sommes faits ses membres, et une mesme substance avec luy. A ceste cause sa justice ensevelist nos péchez, le salut qu'il a en main abolist nostre damnation : il se met au devant avec sa dignité, pour faire ([ui» nostre indij^nité n'apparoisse [loint devant Dieu. Et de fait la chose est telle, (lue nullement nous ne devons séparer Jésus Christ d'avec nous, mais tenir fort et ferme l'union de laquelle il nous a conjoints à soy; ce que nous enseij^ne rAi)ostre, ijuand il dit (jue nostre corps est bien mort a cause du péché, mais (jue l'Esjirit de Jésus Christ (]ui habite en n(»us, est vie a cause de sa justice (Rom. 8, 10). Selon la resverie de ces gens il devoit dire ainsi : Jésus Christ a bien la vie en soy : mais nous, entant que nous sommes pécheurs, (lemouroiis aux liens de danuiatioii et de mort. Mais il parle bien autrement, car il enseigne (pie la damnation (|ue nous mei'itons de nous-mesmes, par le salut ((ui est en Christ, est engloutie. Et pour prouver cela, il amené ceste raison, (pie Jésus Christ habite en nous, et non pas qu'il est hors de nous : et non seulement adhère a nous par un lien indissoluble, mais par une conjonction admirable et surmontant nostre entendement, il s'uiiist journellement de plus en plus a Uijus en une iiiesine substance. Toutesfois je ne nie pas (comme j'ay n'agueres touché) qu'il n'y ait (pielques interrujitions de foy, selon ([ue nostre fragilité tleschist (;à et là, estant poussée des impetuositez que luy dresse Satan. Ainsi la clarté de foy est Itien estoullée par les ténèbres de tentation, quand elles sont tro|i espesses et ol)scures, si ne laisse-elle pas neantmotns de tendre tousjours à Dieu.

io. Et a cela s'accorde .sainct Bernard, en trailaat cette question de propos délibéré, en l'HonieJie cinquième de la dedication du temple : En

pen.sant, (ht-il, quehiue fois de l'ame, il m'est advis (pie je trouve en icelle lieux choses contraires. Si je la regarde telle (|uelle est en soy, et de soy, je n'en puis mieux parler (}u'en disant qu'elle est réduite à néant. Qu'est-il mestier de raconter à présent toutes ses misères? combien elle est chargée de péchez, environnée des ténèbres, enveloppée d'allechemens, bouillante en concu])iscences. sujette à liassions, remplie d'illusions, encline tousjours a mal, tendant a tout vice, finalement pleine d'ignominie et de confusion? Si mesme tontes les justices de l'homme, estans présentées devant Dieu, sont comme pollution et ordure, (lue sera-ce des injustices au prix (Is. 64, 6) ? S'il n'y a que ténèbres en la clairté, que sera-ce des ténèbres mesmes ? Qu'est-il donc de dire ? Pour ceitain l'homme n'est que vanité, l'homme esl réduit a néant, l'homme n'est rien. Mais comment n'est-il du tout rien, veu (pie Dieu le magnifie ? comment n'est-il rien, veu que Dieu a son cœur à luy ? Prenons courage mes frères: combien que nous ne soyons rien en nos coMirs, nous trouverons possible au co'ur de Dieu (luebpie chose cachée de nous. 0 Perc de miséricorde! 0 Père des misérables! comment est-ce (pie tu mets ton cu'ur a nous ? car ton thresor est la où est ton cœ^ur (Matth. 6, 21). Or comment sommes nous ton thresor si nous ne sommes rien ? Toutes gens sont devant toy comme si elles n'estoyent point : et sont réputées pour rien; voire bien devant toy, mais non pas dedans toy. Quant au jugement de ta vérité elles ne sont rien, mais non pas quant a l'aHection de ta pitié et bonté : car tu appelles les choses qui ne sont point, comme si elles estoyent. Pourtant les choses que tu appelles ne sont rien, et ont ncantinoins estre, entant que tu les appelles. Car combien qu'elles ne soyent rien quant à soy, elles ne laissent point d'estre en toy, selon ceste sentence de sainct Paul, Non point par les (euvrcs de justice, mais de Dieu qui appelle (Rom. 9, 12). Apres (pie sainct Bernard a ainsi parlé, il conjoinct ces deux considérations en la sorte qu'il s'ensuit : Certes les choses qui sont liées ensemble ne se destruisent point l'une l'autre. Puis il en fait encores une plus facile déclaration, en concluant ainsi : Si en ayant ces deux considérations nous regardons diligemment que c'est que nous sommes, ou plustost en l'une nous regardons comment nous ne sommes rien: en l'autre, combien nous sommes magnifiez, nostre gloire sera tempérée en bonne mesure, et possible (lu'elle sera augmentée. Certes elle sera establie, mais alin de nous faire glorifier en Dieu, et non pas en nous. Si nous pensons ainsi, que si Dieu nous veut sauver, nous serons délivrez, cela sera pour nous faire respirer aucunement : mais il faut monter plus haut, et chercher la cité de Dieu, chercher son temple, chercher sa mai-

Page 1