CHAPITRE II
à ceux que nostre Seif,nieur a une fois receiu ou son amour, elle m' pciivtMil (MUjtesclier que la seule henevdieiicc de Dieu ne It'ur soit pleine félicité. l^ourtaiU (luand nous avons voulu exprimer la sonune de toute béatitude, nous avons mis la f^Tace de Dieu : de laiiuelle source toutes espèces de biens nous pimienncnt. Kt cela est facile a noter en l'Kscriture. laquelle nous rappelle tousjours à la charité de Dieu, (|uand elle fait iiKMition non seulement du salut éternel, mais de quelque bien (jue nous ayons, l'our laquelle raison David tesmoigne que la bonté de Dieu, (juaiid elle est sentie du cieur fidèle, est plus douce et désirable que nulle \ ie (l*s. tiM, 4). En somme, (piand le tout nous viendroit a souhait, cependant que nous sommes incerUiins de l'amour de Dieu ou de sa haine, nostre félicité nous sera tousjours maudite, et par consciiucnt mal-heureuse, (jue si Dieu nous monstre un regard paternel, noz misi'res mesmeseiont bienlieureuses, pource ([u'elles nous seront tournées en ayde a salut. Comme saiiu't Paul amassant toutes adversitez (pii nous peuvent advenir, se Kiorilie que par icelles nous ne serons jamais séparez de l'amour île Dieu (Rom. 8, IJo). Et en priant pour les fidèles, il commence tousjours liar la ".'race de laquelb^ toute pros[)eritéa son origine et source. Semblablement David oppose à toutes frayeurs qui nous pourroyent troubler, la seule faveiu' de Dieu : Si je clieminoye, <litil, en obscurité de mort, je ne craindray point quand tu seras avec moy (l's, 23, 4). A l'opjjosite, nous sentons comment noz cœurs chancellent, sinon qu'en se conteiUans de la prace de Dieu, ils cherchent leur paix et repos en icelle, ayant ceste sentence bien imi)rimée. Bienheureux est le peuiili^ dui|uel l'Etermi est le Dieu, et la gent qu'il s'est esleue pour herita.i^e (Ps. :{;{, [-2).
29. Nous mettons pour fondement de la foy.la promesse gratuite : d'autant (pi'en icelle consiste proprement la foy. Car combien qu'elle tienne Dieu pour \eritable en tout et par tout, soit (ju'elle commande ou défende, ou promette ou menace : combien aussi qu'elle recoyve en obéissance ses conunandemens, qu'elle garde ses défenses, et craigne ses menaces : neantmoins proprement elle commence par la promesse, s'arreste en icelle, et y \nvnd sa fin. Car elle cherche vie en Dieu, laquclh^ ne se trouve point aux commandemens ny aux menaces, mais en la seule promesse de miséricorde et icelle encore ^q-atuite : veu ([ue les promesses «■onditionnelles, entant fiu'elles nous renvoyent a noz iHuvres, ne piomettenl pas autrement vie, sinon (jue nous la trouvions en nous-mesmes. Si nous ne voulons donc ipie la foy tremble et vacille d'un costé et d'autre, il nous la faut appuyer sur une telle pi-omesse de salut, la(pie||e nous soit volontairement et de pure libéralité offerte du Seigneur, plustost en considération
de nostre misère que de nostre dignité. Pour ceste cause l'Apostre attribue ce filtre particulièrement a l'Evangile, qu'il soit nouuné Pai'olle de l'oy (hom. Kl, S) : Iripiel il ne concède point ny aux commandemens ny aux promesses de la Loy. pource qu'il n'y a rien (pii [luisse asseurer la foy, sinon ceste ambassade envoyée de la bénignité de Dieu, par laquelle il réconcilie le monde à soy. De la vient la correspondance que souventesfois il met entre la foy et l'Evangile, (^ouuiie (piand il dit, (pie l'Exangile luy a esté commis en obéissance de la foy: Item, qu'il est la vertu de Dieu en salut a tous croyans. Item, (ju'en iceluy la justice de Dieu est révélée de foy en foy (Rom. 1, o. 16. 17).Et n'est point de merveille : car comme ainsi soit (jue l'Evangile soit le ministère de reconciliation de nous avec Dieu, il n'y a luil autre suffisant tesmoignage de la benevolence de Dieu envers nous, de la<jueilo la cognoissancc est requise en la foy Ci Oov. 5, 18). (Juand donc nous disons que la foy d(jit estre appuyée sur promesse gratuite, nous ne nions pas (pic les fidèles ne re(;oivent et révèrent la parolle de Dieu en tous endroits : mais destinons a la foy la promesse de miséricorde pour son propre but. Comme a la vérité les fidèles doyvent bien lecognoistn^ Dieu poui" Juge et punisseur des malfaits : loutesfois ils regardent spécialement sa clémence entant qu'il leur est descrit en telle sorte, c'est qu'il est bénin et miséricordieux, tardif a ire, enclin a bonté, débonnaire à tous, et espandant sa miséricorde sur toutes ses œuvres (Ps. 86, o; 103, 8; 145, 8). 'M). Il ne me chaut de ce que Pighius et tels chiens (|ue luy abayeiit, disans (jue cesle restriction que nous mettons, deschire la foy pour en prendre seulement une pièce. Je confesse bien, comme j'ay desja dit, (pie la vérité de Dieu, soit qu'elle menace, ou (pi'elle présente grâce, est le but gênerai de la foy. Pourtant l'Apostre dit (jue (•'a esté par foy (jue .\oé a craint le déluge devant qu'il advint (Hebr. 11, 7). Sur cela ces Sophistes arguent, ([ue si la foy produit en nous une frayeur des imnitioiis (pii nous doyvent advenir, qu'eu donnant la définition d'icelle, nous ne devons point exclurre les menaces desquelles Dieu veut estonner les pecheuis. Mais ils nous font grand tort, et nous calomnient faussement : C(unme si nous disions (pie la foy ne doit point regarder la parolle de Dieu en tout et par tout. Car nous ne tendons sinon a ces deux poincts, assa\oir (jue jamais la bty n'est arrestée, jus(iues à ce qu'elle s'appuye sur la promesse gratuite de salut : et |tuis, cpie jiar icelle nous ne sommes pas lendus agieables a Dieu, sinon d'autant (lu'elle nous unist a (christ, et te fait ces deux poincts sont bien notables. Il est question d'une foy, laciuelle discerne les enfans de Dieu d'avec les reprouvez, et les fidèles d'avec les incrédules. Si quelcun croit que Dieu ne