LIVRE III
commande rien que justement, et ne menace qu'à bon escient, seia-il pour cela nommé fidèle? Chacun dira que non. Il n'y aura donc nulle fermeté en la foy, si elle ne se tient à la miséricorde de Dieu. D'autrepart, à quel propos disputons-nous de la foy ? n'est-ce pas pour savoir quel est le moyen de salut? Or comment est-ce que la foy nous sauve, sinon d'autant que par icelle nous sonnnes entez au corps de Christ ? C'est donc à bon droit qu'en la voulant définir, nous insistons sur son principal effect, et plus adjoustons ceste marque, huiuelle sépare les fidèles d'avec les iiu'redules. Bref, les meschans n'ont que mordre sur nostre doctrine, s'ils ne veulent accuser sainct Paul avec nous : lefjuel appelle l'Evanj^ile Doctrine de foy (Rom. 10, 8), et lui attribue ce tiltre spécial.
31. Nous avons à retirer derechef de cecy l'article qui a esté desja exposé, assavoir que la ParoUe n'est pas moins re(|uise à la foy, que la racine vive à un arbre pour luy faire apporter fruict. Ca.v suyvant la sentence de David, Nul ne peut espérer en Dieu, qu'il n'ait cognu son nom (Ps. 9, 11). Or ceste coynoissance ne vient point de l'ima^nnation d'un chacun, mais selon que Dieu luy mesme est tesmoin de sa bonté. Ce que David conferme ailleurs, disant, Que ton salut me soit selon ta parolle. Item, J'ay espéré en ta parolle, sauve-moy (Ps. 119, 41). Or il fîiut noter la correspondance de la foy avec la Parolle, dont le salut puis après s'en ensuit. Cependant, je n'exclu point la puissance de Dieu, sur laquelle si la foy ne se snustient. jamais ne rendra a Dieu l'honneur qui luy est deu. Il semble bien que sainct Paul mette en avant une chose froide ou vulg.-iire, en disant qu'Abraliam a creu que Dieu estoit puissant pour faire ce (ju'il avoit promis. Et quand il parle ainsi de soy, Je say à qui j'ay creu, et qu'il est puissant pour garder mon depost jusques au dernier jour (Rom. 4, 21 : 2 ïim. 1, 12). Mais si chacun poisc et espluche bien les doutes qui sans fin et sans cesse s'insinuent en noz esprits pour nous faire défier de la vertu de Dieu, il jugera que ceux qui la magnifient comme elle en est digne, n'ont pointpeu profité en la foy. Nous confessons tous ([ue Dieu fait tout ce qu'il veut : mais puis que la moindre tentation du monde nous ell'arouche et nous ravit en horreur, il appert que nous derogons par trop à la puissance de Dieu, à laquelle nous préférons les menaces de Satan, combien (jue nous ayons les promesses de Dieu pour nous munir à rencontre. C'est la raison pounpioy Isaie voulant imprimer aux cœurs des Juifs la fiance de leur salut, exalte d'une façon tant magnifique la vertu infinie de Dieu. Il pourroit sendilcr quelque fois que quand il a commencé à tenir piopos que Dieu leur pardonnera leurs fautes et leur fera mercy, en adjoustant combien les œuvres de Dieu sont merveiUeuses
au gouvernement du ciel et de la terre, il extravague par longs circuits et superflus : toutesfois il n'y a rien qui ne serve à la circonstance de ce qu'il traite. Car si la vertu de Dieu ne nous vient devant les yeux, à grand' peine les oreilles recevront-eUes la Parolle, ou elles ne l'estimeront pas selon qu'elle mérite. Nous avons aussi à noter, qu'en cest endroit l'Escriture nous parle d'une puissance de Dieu effectuelle : pource que la foy, comme nous avons dit ailleurs, l'applique tousjours à son usage, et la met en œuvre pour en faire son profit. Sur tout elle se propose les œuvres de Dieu, par les- (|uelles il s'est declairé père. De là vient que la mémoire de la rédemption est si souvent remémorée aux Juifs : dont ils pouvoyent apprendre, que Dieu ayant esté pour un coup autheur de leur salut, le maintiendroit jusqu'en la fin. David aussi nous admonnestcpar son exemple, que les biens que Dieu a conféré à un chacun en particulier, luy doivent valoir pour confirmation de sa foy quant au temps à venir. Et mesme s'il semble qu'il nous ait délaissé, nous devons estendre nostre pensée plus loin, à ce que ses bénéfices anciens nous donnent bonne confiance : comme il est dit en l'autre Pseaume, J'ay eu souvenance des jours anciens, j'ay médité en toutes tes œuvres. Item, J'auray mémoire des œuvres du Seigneur, et des merveilles qu'il a fait anciennement (Ps. 143, o; 77, 11). Toutes fois pource que tout ce que nous concevons de la puissance de Dieu et de ses œuvres, est confus et de nulle fermeté sans sa parolle : nous ne disons jias sans cause qu'il n'y peut avoir nulle foy juscju'à ce que Dieu nous esclaire par le tesmoignage de sa grâce. Mais on pourroit icy esmouvoir question quant à Sara et Rebecca, lesquelles estans poussées, comme il semble, d'un bon zèle de foy, sont neantmoins sorties hors des limites de la Parolle. Car Sara pour le désir ardent qu'elle avoit de la lignée promise, a baillé à son mary sa chambrière pour femme (Gen. 16, 5). On ne peut nier qu'elle n'ait failly en plusieurs sortes : mais pour ceste heure je ne louche que ce vice, qu'estant ravie par son zèle, elle ne s'est point tenue entre les bornes de la parolle de Dieu. Neantmoins il est certain que ce dcsir-là luy est procédé de foy. Rebecca, après que Dieu luy a révélé l'élection de Jacob, procure par mauvais artifice et pervers qu'il soit bénit par Isaac (Gen. 27, 9), lequel estoit tesmoin et ministre de la grâce de Dieu : elle corrompt son fils à mentir : bref, elle corronq)t la vérité de Dieu par plusieurs fraudes et mensonges, et en exposant à opprobre et moquerie la promesse d'iceluy, elle l'aneantist tant qu'elle peut. Et toutesfois cest acte, quelque vitieux qu'il soit et digne de reprehension, n'a pas esté du tout vuide de foy. Car il luy a esté nécessaire de surmonter beaucoup de scandales,