CHAPITRE III
Que nous sommes régénérez par foy : où il est traité de la pénitence.
1. Combien que j'ay desja enseigné en partie comment la foy possède Christ, et comment par icelle nous jouissons de ses biens, toutesfois cela seroit encore obscur, si nous n'adjoustions l'explication des fruits et effects que les fidèles en sentent en eux. Ce n'est pas sans cause que la somme de l'Evangile est réduite en pénitence et remission des péchez. Parquoy en laissant ces deux articles, tout ce qu'on pourra prescher ou disputer de la foy, sera bien maigre et desbifé, voire du tout inutile. Or puis (jue Jésus Christ nous donne l'un et l'autre, et que nous obtenons l'un et l'autre par foy : assavoir nouveauté de vie, et reconciliation gratuite, la raison et ordre requièrent que je commence à traiter icy des deux. Nous viendrons donques en premier lieu de la foy à pénitence : pource qu'ayans droitement cognu ce point, nous pourrons aisément appercevoir comment l'homme est justifié par seule et pure acceptation et pardon de ses péchez : et toutesfois que la saincteté reale de vie, comme on dit, n'est point séparée de telle imputation gratuite de justice : c'est à dire, que cela s'accorde bien, que nous ne soyons pas sans bonnes œuvres, et toutesfois que nous soyons reputez justes sans bonnes
œuvres. Or que la pénitence non seulement suyve pas à pas la foy, mais qu'elle en soit produite, nous n'en devons faire nulle doute. Car puis que la remission des péchez est offerte par l'Evangile, afin que le pécheur estant délivré de la tyrannie de Satan, du joug de péché, et de la misérable servitude de ses vices, entre au royaume de Dieu ; nul ne peut embrasser la grâce de l'Evangile, qu'il ne se retiie de ses desbauchemens pour suyvre le droit chemin, et applique tout son estude à se reformer. Ceux qui cuydent que la foy précède la pénitence et nient <}u'elle en procède comme un fruit et produit de l'arbre, n'ont jamais seu quelle est sa propriété ou nature, et sont induits à telle fantasie par un argument trop loger.
2. Jésus Christ, disent-ils, et sainct Jean Baptiste ont premièrement exhorté le peuple à repentance en leurs sermons, et puis ont annoncé que le royaume des cieux estoit prochain (Matth. 3, 2 ; 4, 17). Ils allèguent aussi que telle et semblable commission a esté donnée aux Apostros : et que sainct Paul, selon le récit de sainct Luc, proteste d'avoir suy^y cest ordre (Act. 20, 21). Mais en s'amusant aux syllabes, ils ne regardent pas en quel sens et avec quelle