‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 272 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

liayson ces mots se doyvent prendre. Car quand Jésus Christ et Jean Baptiste font ceste exhortation, Repentez vous, veu que le royaume de Dieu est approché : ne deduisent-ils ])as la cause de repentance, de ce que Jésus (Christ nous présente grâce et salut? Parquoy ces paroUes valent autant comme s'ils disoient. Puis que le royaume de Dieu est approché, à ceste cause faites pénitence. Mesme sainct Matthieu, ayant recité ceste prédication de sainct Jean, dit qu'en cela a esté accomplie la prophétie d'isaie touchant la voix qui crie au désert, Prejiarez la voye au Seigneur, dressez lui ses sentiers (Is. 40, 3). Or l'ordre du Prophète est, que ceste voix doit commencer par consolation et joyeuse nouvelle. Neantmoins quand nous disons que l'origine de repentance vient de foy, nous ne songeons point qu'il faille quelque espace de temps auquel il faille qu'elle soit engendrée : mais nous voulons signifier que l'homme ne se peut droitemcnt adonner à repentance, sinon qu'il se recognoisse estre ta Dieu. Or nul ne se peut résoudre estre à Dieu, sinon qu'il ait premièrement recogneu sa grâce. Mais ces choses seront plus clairement déduites en la procédure. Possible qu'ils se sont trompez en ce que plusieurs sont domtez par les elTrois de leur conscience, ou induits et façonnez à se renger au service de Dieu, devant qu'avoir cogneu sa grâce, mesmes devant que l'avoir goustée. Et c'est une crainte comme on la voit aux petis enfans, qui ne sont point gouvernez par raison: toutesfois aucuns la tiennent pom' vertu, d'autant qu'ils la voyent approcher de la vraye obéissance, à laquelle elle prépare les hommes. Mais il n'est pas icy question d'enquérir en combien de sortes Jésus Christ nous attire h soy, ou nous dispose à une droite affection de pieté : seulement je dy qu'on ne peut trouver nulle droiture sinon où l'Esprit qu'il a receu pour le communiquer à ses membres, a son règne. Je dy aussi secondement, suyvant la doctrine du Pseaume, assavoir que Dieu est propice afin qu'on le craigne (Ps. 130, 4) : que jamais homme ne luy portera telle révérence qu'il doit, qu'il ne se fie en la clémence et bonté d'iceluy : et (jue nul ne sera jamais Ijien délibéré à garder la I^oy, s'il n'est persuadé que celuy auquel il sert a son service agréable. Or ceste facilité de laquelle Dieu use envers nous, est un signe de sa faveur ])aternelle. Ce qu'aussi monstre l'exhortation d'Osée, Venez, retournons à l'Eternel : car s'il a destruit, il nous guairira : s'il a frappé, il nous donnera santé (Osée 6, 1). Nous voyons en ces mots, que l'espérance d'obtenir pardon doit ser^ir d'esperon aux pécheurs, afin qu'ils ne croupissent point en leurs fautes. Au reste, ceux qui inventent une nouvelle manière de Chrestienté : c'est que pour recevoir le Baptesme on ait certains jours auxquels on s'exerce en pénitence, devant qu'estre

receus à communiquer à la grâce de l'Evangile, n'ont nulle apparence en leur erreur et folie. Je parle de plusieurs Anabaptistes, et principalement de ceux (jui appetent estre dits spirituels, et telle racaille connue sont les Jésuites et autres sectes. Mais ce sont les fruits que produit cest esprit de phrenesie, d'ordonner quelque peu de jours à faire pénitence, laquelle doit estre continuée de l'honnue Chrestieu toute sa vie.

3. Aucuns hommes savans par cy devant long tenqjs, voulans simplement et purement parler de pénitence selon la reigle de l'Escriture, ont dit qu'elle consistoit en deux parties : c'est assavoir mortification et viviflcation. Et interprètent mortification, une douleui" et terreur de cœur (|ui se conçoit par la cognoissance de péché, et le sentiment du jugement de Dieu. Car quand quelcun est amené à la vraye cognoissance de son péché, adonc il commence h le hair et détester : adonc vrayement il se deplaist en sou cœur, et se confesse misérable et confus, il se souhaitte estre autre qu'il n'est. Outre, quand il est touché du sentiment du jugement de Dieu (car l'un incontinent s'ensuit de l'autre) lors humilié, espovanté et abbattu, il tremble et se desconforte, et pert toute espérance. Voila la première partie de pénitence, qui est appellée Contrition. Ils interprètent la viviflcation, estre une consolation produite de la foy : c'est quand l'honuue confondu par la conscience de son péché, et espovanté de la crainte de Dieu, jettant son regard sur la bonté et miséricorde d'iceluy, sur la grâce et salut qui est en Jésus Christ, se relevé, respire, reprend courage, et quasi retourne de mort en vie. Or ces deux mots, quand ils seroyent bien interprétez, expriment assez bien que c'est de pénitence : mais en ce que telles gens exposent Viviflcation estre lajoye que reçoit une ame quand elle est appaisée de ses troubles et angoisses, je ne m'accorde point avec eux : d'autant qu'il faudroit plustost en cest endroit jjrcndre ce mot pour une atïeclion de bien et sainctement vivre, comme s'il estoit dit que l'homme meurt à soy pour vivre à Dieu; et c'est le renouvellement dont nous avons parlé.

4. Les autres, pourtant qu'ils voyent ce nom icy estre diversement prins en l'Escriture. ont mis deux espèces de pénitence. Et pour distinguer, en ont appelle l'une Légale, par laquelle le pécheur navré du cautère de son péché, et comme brisé de terreur de l'ire de Dieu, demeure lié en ceste perturbation, sans s'en i)OUvoir despestrer : l'autre ils l'ont nommée Evangeli([ue, par laquelle le pécheur estant grièvement affligé en soy mesme, s'esleve neantmoins plus haut, embrassant Jésus Christ pour la médecine de sa playe, la consolation de sa frayeur, le port de sa misère. Cain, Saul, Judas sont

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