CHAPITRE
exemples de la pénitence Légale (Gen. 4, 13 : •1 Sam. irJ.âO. :{(): Matlli. i'.'v) : <les(iiiels (juan.! l'Escriture nous doscrit la penitem-o, elle entend qu'a|)res avoir cogneu la pesanteur de leur péché, ils ont eu crainte de l'ire de Dieu : mais ne pensans sinon à la veiit^eanee et au juireniont de Dieu, ont esté aliysmez en ceste cogitation. Donc leur pénitence n'a esté autre chose qu'un portail d'enfer, autpiel cstaus desja eiili'ez en ceste présente vie, ils ont commencé a soulïrir l'ire de la majesté de Dieu. Nous voyons la pénitence E\angeli(iue en tous ceux (pii apies avoir esté poincts en eux mesme de l'aiguillon de péché, relevez ueantmoins en fiance de la miséricorde de Dieu, se sont retournez a luy. Ezecliias fut troublé ayant receu le message de mort : mais pleurant il pria, et regardant a la miséricorde de Dieu, reprint tiance (2 Rois:20,2; Is. 38. 1). Les Ninivites furent espovantez de l'horriLle menace de leur ruine : mais couvers de sacs et de cendres ils prièrent, esperans que le Seigneur se pourroil convertir et destourner de la fureur de son ire (Jon. 3, 5). David confessa qu'il avoit trop grièvement péché, en faisant les monstres du peuple : mais il adjousta. Seigneur oste l'iniquité de ton serviteur. A l'objurgation de Nathan il recogneut le crime d'adultere, il se prosterna devant Dieu : mais pareillement il attendit parilon (2 Sam. 24, 10; 12, 13. 16). Telle fut la pénitence de ceux qui à la prédication de sainct Pierre furent navrez en leur cœur : mais se confians à la bonté de Dieu, adjousterent. Que ferons nous, hommes frères? Telle fut aussi celle de sainct Pierre, (pii ploura amèrement : mais ne laissa point d'espérer (Act. 2. 37 : Luc 22, 02: .Matth. 26, 7o).
o. Combien (pie toutes ces choses soyent vrayes, neantmoins d'autant que je le puis comprendre par l'Escriture, il faut autrement entendre le nom de Pénitence. Car ce (pi'ils confondent la foy avec la pénitence, est répugnant à ce que dit sainct Paul aux Actes, Qu'il avoit testifié aux Juifs et aux Gentils la pénitence envers Dieu, et la foy en Jésus Christ (Act. 20,21). Auquel lieu il met la foy et la pénitence comme choses diverses. Quoy donc? La vraye pénitence peut-elle consister sans foy ? Nenny ])as : mais combien (ju'elles ne se puissent diviser : toutesfois il les faut distinguer. Car comme la foy ne peut eslre sans espérance, neantmoins foy et espérance sont choses dilïerentes : aussi pareillement la pénitence et la foy, combien qu'elles s'entretiennent d'un lien indivisible, toutesfois elles se doivent plustost conjoindre que confondre. Je n'ignore pas que sous le nom de l'enitence, toute la conversion à Dieu est comprinse, dont la foy est une des principales parties; mais quand la nature et projirieté d'icelle aura esté cxpli(juée. il apparoistra en quel sens cela est dit. Le mot qu'ont les Hebrieux pour signifier
Pénitence, signifie Conversion ou retour : celuy (pi'nnt les Grecs, signifie Changement de conseil et volonté. Et de fait, la chose ne respond jioint mal à ces vocables, que la somme de pénitence est, que nous estans retirez de nous-mesmes, soyons convertis à Dieu : et ayans délaissé noz conseils et piemiere volonté, en prenions une nouvelle. Parquoy à mon jugement nous la poiUTons proprement dclinir en ceste sorte, Que c'est une vraye conversion de nostre vie à suyvrc Dieu et la voye qu'il nous monstre, procédante d'une crainte de Dieu droite et non feinte: laquelle consiste en la mortification de nostre chair et nostre vieil homme, et vivification de l'Esprit. Auquel sens il faut prendre toutes les exhortations (jui sont contenues tant aux Prophètes {{u'aux Apostres, par lesipu'lh^s ils admonnestent les hommes de leurs temps à l'aire pénitence. (>ar ils les vouloyent mener a ce poinct, (lu'estans confus de leurs péchez, et navrez de la crainte du jugement de Dieu, ils s'humiliassent et prosternassent déviant sa majesté qu'ils avoyent olfensée, et se reUrassent en la droite voye. Pourtant (luand ils parlent de se convertir et se retourner au Seigneur, de se repentir et faire pénitence, ils tendent tousjours à une mesme lin. Dont aussi l'histoire saincte appelle Pénitence, d'estre conduits après Dieu: c'est quand les hommes, l'ayant mesprisé, pour s'esgayer en leurs cui)iditez, connnencenl de se réduire à sa paroUe, etscmtprests eta[)pareillez de suyvre où il les appellera (Matlli. 3. 2; 1 Sam. 7, 3). Et sainct Paul et sainct Jean disent (lu'on produise fruicts dignes de repentance, entendans qu'il faut mener une vie qui monstre et testifié en toutes ses actions un tel amende ment (Luc 3, 8; Rom. 6, 4; Act. 26, 20).
6. Mais devant que procéder outre, il sera expédient d'expliquer davantage la définition cy dessus mise, en lafiuelle il y a principalement trois articles à considérer. Pour le premier, quand nous appelions Pénitence une conversion de vie k Dieu, nous re(pierons un changement, non pas seulement aux œuvres externes, mais aussi en l'ame : à ce que s'estant despouillée de sa vieille nature, elle produise après fruits dignes de sa rénovation. Ce que le Prophète voulant exprimer, commande à ceux qu'il exhorte à repentance d'avoir un nouveau cœur (Ezecli. 18, 31). Panpioy Moyse par plusieurs fois voulant remonstreraupeuitle d'Israël quelle est la vraye conversion, les enseigne de se convertir de tout leur cu'ur et de toute leur ame. Et en parlant de la circoncision liu ca^ui', il entre jusques aux alîections les plus cachées. Laquelle locution est souvent répétée des Prophètes. Toutesfois il n'y a lieu dont nous puissions mieux entendre ([uellc est la vraye nature de Pénitence, que du quatrième de Jeremie, où Dieu parle en ceste manière : Israël, si tu te convertis, converty toy à