LIVRE III
moy. Cultive bien la terre de ton cœur, et ne semé point sur les espines. Sois circoncy au Seigneur, et oste toute immondicité de ton cœur (Jer. 4, 1. 3. 4). Nous voyons comment il denonce, que pour se mettre à bien vivre, ils ne peuvent prendre autre commencement, sinon de desraciner toute impieté du cœur. Et pour les toucber plus vivement, il les advertit que c'est à Dieu qu'ils ont aflaire, envers lequel on ne profite rien en tergiversant: pource qu'il a en detestation le cœur double. Pour ceste cause Isaie se moque de toutes les entreprinses des hy])ocrites, lesquels de son temps s'elïorçoyent à amender leur vie extérieurement par cérémonies : mais cependant ne se soucioyent de rompre les liens d'iniquité, desquels ils estraignoyenl les povres. Et aussi en ce passage-Là mesme, il demonstre bien quelles sont les œuvres qui se dovvent ensuvvre de la vrave pénitence (Is. 58, 5-7).
7. Le second article a esté, que nous avons dit qu'elle procède d'une droite crainte de Dieu. Car devant que la conscience du pechem^ soit amenée à repentance, il faut qu'elle soit premièrement toucbée du jugement de Dieu. Car quand ce pensement sera une fois fiché au cœur de l'homme, que Dieu doit une fois monter en son Throne judicial pour demander conte de toutes œuvres et parolles : elle ne laissera point reposer le povre pécheur, ne respirer une seule minute de temps, qu'elle ne le picque et stimule tousjours à mener une nouvelle vie, afin qu'il se puisse seurement représentera ce jugement. Parquoy l'Escriture souvent, quand elle nous exhorte à repentance, nous réduit en mémoire que Dieu jugera une fois le monde. Comme en ce passage de Jeremie: Afin que ma fureur ne sorte comme feu, et n'y ait nul qui la puisse esteindre, à cause devostre perversité (,ler.4,4). Item, en la prédication de sainct Paul qu'il fit à Athènes: Comme ainsi soit que Dieu ait laissé cheminer les hommes en ignorance: maintenant il leur dénonce de faire pénitence, d'autant qu'il a déterminé un jour au(iuel il jugera le monde en équité (Act. 17, 30). Et en plusieurs autres lieux. Aucunesfois, par les corrections qui sont desja advenues, elle demonstre que Dieu est juge : afin que les pécheurs reputent que beaucoup plus grieve peine les attend, s'ils ne se corrigent de bonne heure. De quoy nous avons l'exemple au chapitre vingtneufleme du Deuteronome. Or d'autant que le commencement de nostre conversion a Dieu est, quand nous avons haine et horreur du péché, à ceste cause l'Apostre dit que la tristesse qui est selon Dieu, est cause de repentance {f Cor. 7, 10): appellant Tristesse selon Dieu, quand non seulement nous avons crainte d'es'lre punis, mais hayssons et avons en exécration le péché, d'autant que nous entendons qu'il desplaist à Dieu. Ce qui
ne doit estre trouvé estrange, pource que si nous n'estions points h bon escient, jamais la paresse de nostre chair ne se pourroit corriger: mesmes nulle picure ne suffiroit à la resveiller de sa stupidité, si Dieu ne passoit plus outre en monstrant ses verges. Mesmes outre la brutalité il y a aussi la rébellion, laquelle a besoin d'estre battue à grands coups de marteaux. Ainsi nous contraignons Dieu par nostre perversité, à user de sévérité et de rigueur en menaçant, veu qu'il ne serviroit rien d'allécher par douceur ceux qui dorment. Je ne reciteray point les tesinoigiiages qui se trouve çà et là par toute l'Escriture. La crainte de Dieu est aussi nommée Introduction à pénitence pour autre raison. Car encores qu'un homme fust en tout et par tout estimé parfait en vertus, s'il ne rapporte sa vie au service de Dieu, il pourra bien estre loué du monde, mais il sera en abomination au ciel, attendu que la principale partie de justice est de rendre à Dieu l'honneur qu'il mérite, duquel nous le faudrons meschamment, quand nous n'avons pas ceste intention de nous assujettir à son Empire.
8. Il nous faut maintenant expliquer le troisième article : c'est que nous avons dit que la pénitence consiste en deux parties : en la mortification de la chair, et la viviflcation de l'Esprit. Ce que les Prophètes, combien qu'ils parlent simplement selon la rudesse du peuple auquel ils avoyent affaire, neantmoins exposent assez bien, quand ils disent, Cessez de mal faire, et adonnez-^ous cà bien. Nettoyez-vous de vos ordures, délaissez vostre vie perverse : apprenez de bien faire, ap|)liquez-vous à justice, miséricorde, etc. (Ps. 34, 15: Is. 1, 16. 17). Car en rappellant les hommes de malice, il requièrent que toute leur chair, c'est à dire leur nature, soit mortifiée, laquelle est pleine d'iniquité. Or c'est un commandement bien difficile, d'autant qu'il emporte que nous nous devestions de nousmesmes, et délaissions nostre propre nature. Car il ne faut pas estimer que la chair soit bien mortifiée, sinon que tout ce que nous avons de nous soit anneanty et aboly. Mais veu que toutes les pensées et affections de nostre nature sont répugnantes à Dieu, et ennemies de sa justice (Rom. 8,6. 7), la première entrée en l'obéissance de la Loy est, de renoncer k nostre nature et à toute nostre volonté. En après est signifié en ce passage du Prophète le renouvellement de vie par les fruits qui s'en ensuyvent : assavoir, justice, jugement et miséricorde. Car il ne suffiroit point de faire les œuvres extérieurement ; sinon que l'ame fust premièrement addonnée à l'amour et aiïection d'icelles. Or cela se fait quand l'Esprit de Dieu ayant transformé nos âmes en sa saincteté, les dirige tellement à nouvelles pensées et atïections, qu'on puisse dire qu'elles sont autres qu'elles n'estoyent auparavant. Et