‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 275 sur 703 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

do lait, nous soimnes naturellLMuonl destournez de Dieu, pour ne jamais tendre ny aspirer à ce qui est bon et droit, jusipies à ce (|ue nous ayons appris de nous quitter. Kt voila pouniuoy tant souvent il nt»us est eonuuaiidé de di'spouiller le vieil honune, renoncer au monde et à la chair : et en nous retirans de nos cupiditez, de mettre peine a estre renou\ellez de l'esprit de nostre entendement. Et ce mot de Mortilieation nous advertit comhien il nous est dilticile d'oultlier nostre naturel : entant (lu'il sij^nilie (|ue n(His ne pouvons pas estre pliez ne l'ormez à la crainte de Dieu, ny apprendre les rudimens de pieté, sinon qu'estans oecis du glaive de l'Esprit, avec violence nous soyons réduits a néant, (lonuiie si Dieu prononçoit qu'il est requis (|ue nous mourions, et soyons anéantis en tout ce ([ue nous avons, devant que luy nous reçoyve ou accepte pour ses enfans.

9. L'une et l'autre nous vient de la comnmnication que nous avons avec Christ, ('ar si nous sonunes vrayement pai'ticipans de sa mort, par la vertu d'icelle nostre vieil honnne est crucifié, et la masse de péché (|ui réside en nous est niortiliée, à ce (juc la corruption de nostre première nature n'ait plus de vigueur (Rom. 6,6). Si nous sommes partici|)ans de .sa résurrection, par icellenous sommes resuscitez en nouvelleté de vie, laquelle respond à la justice de Dieu. Pour parler donc en un mot, je dy que pénitence est une régénération spii-ituelle: de la(|uelle le but est, (]ue l'image de Dieu (jui avoit esté obscurcie et (]uasi effacée en nous par la transgres- .<;ion d'Adam, soit restaurée. Ainsi ra])pelle l'Apostre, quand il dit (|u'ayans le voile osté, nous représentons la gloire de Dieu, estans transformez en une mesme image, de gloire en gloire, comme par l'Esprit de Dieu (2 Cor. .3, 18). Item, Soyez renouveliez en vostre ame, et vestez le nouvel homme : lequel est créé selon Dieu en justice, et vraye saincteté (Ephes. 4, 2.3. 24). Item en un autre lieu. Ayant vestu le nou\ el homme, lequel est renouvelle à la cognoissance et image de celuy qui l'a créé (Col. 3, 10). Ainsi donc par ceste régénération nous sommes de la grâce de Christ reparez en la justice de Dieu; de laquelle nous estions decheus par Adam: comme il plaist à Dieu de restituer en leur entier tous ceux, lesquels il adopte en l'héritage de la vie éternelle. Or ceste restauration ne s'accomplit point ny en une minute de temps, ny en un jour, ny en un an : mais Dieu abolit en ses eleus les corruptions de la chair par continuelle succession de temps, et mesmes petit à petit: et ne cesse de les purger de leurs ordures, les dédier à soy pour temples, reformer leurs sens à une vraye pureté, afin qu'ils s'exercent toute leur vie en pénitence, et sachent que ceste guerre ne prend jamais fin qu'à la mort. Dont l'impudence d'un certain apostat est tant plus vilaine,

quand il me reproche (pie je confon Testât de la vie présente avec la gloire future, en interprétant avec sainct Paul que l'image de Dieu gist en saincteté et justice véritable, comme si en voulant définir cecy ou cela, il ne fust pas requis de prendre la perfection et intégrité. Or en (lisant que Dieu nous restaui'e à son image, nous ne nions pas (pi'il ne le face par accroissement continuel : mais selon que chacun est plus avancé, ceste image de Dieu reluit tant mieux en luy. Or Dieu pour faire parvenir ses fidèles à ce but là, leur assigne le chemin de pénitence pour toute leur vie, autiuel ils ne cessent de courir.

10. Voila donc comment les enfans de Dieu sont délivrez de la servitude de péché par la régénération : non j)oint pour ne sentir nulle fasclierie de leur chair, comme si de.sja ils estoyenl en pleine possession de liberté : mais pluslost en sorte qu'il leur demeure matière perpétuelle de bataille pour les exercer ; et non pas pour les exercer seulement, mais pour leur donner mieux a cognoistre leur infirmité. Et en cela consentent tous les escrivains de bon et sain jugement, qu'il demeure en l'homme régénéré une som'ce et nourriture de mal, dont toutes mauvaises culiiditez sortent continuellement, lesquelles l'allèchent et l'incitent à pécher. Ils confessent davantage que tous fidèles sont tellement tenus enveloppez de ceste corruption, qu'ils ne peuvent pas résister qu'ils ne soyent souvent esmous ou à paillairdise, ou à avarice, ou à ambition, ou aux autres vices. Or il n'est ja mestier de longue dispute, pour enquérir quelle a esté l'opinion des Docteurs anciens touchant cela : veu que sahict Augustin seul peut suffire pour tous, lequel a fidèlement et avec grande diligence recueilly leurs sentences. ■* Si quelcun donc veut .savoir qu'ont tenu les Anciens de ce poinct, je les renvoyé là pour en savoir. Or on pourroit penser qu'entre sainct Augustin et nous il y eust (|uelque répugnance : d'autant (lue luy, en confessant (]ue tous fidèles, iiendant (pTils habitent en ce corps mortel, sont tellement sujets à concupiscences qu'ils ne se peuvent tenir de convoiter, toutesfois il n'ose point appeller une telle maladie, Péché : mais en la nommant Infirmité, il dit que lors elle est poché (piand outre la conception ou appréhension l'œuvre ou le consentement s'en ensuit: c'est à dire, quand la volonté obtempère au premier appétit. Xous au contraii'o, tenons que toute convoitise de laquelle l'horiuno est aucunement chatouillé pour faire contre la Loy de Dieu, est poché : mesme nous affermons (pie la perversité laquelle' engendre en nous telles c(jncupiscences, est poché. Nous enseignons donc, que les fidèles ont tousjours le poché habitant en eux, jusques à ce qu'ils soyent dosvestus de ce corps mortel, pource (jue la perversité de convoiter, laquelle est re-

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