‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 276 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

piigiiante à droiture, réside tousjours en leur chair. Si est-ce neantrnoiiis qu'il ne s'abstient pas tousjours du nom de Péché en telle sij^nification : comme quand il dit, La source dont proviennent tous péchez est nommée Péché par sainct Paul : assavoir la concupiscence. Ce péché fpiant aux Saincts, perd son règne au monde, et périt au ciel. ° Par ces mots il confesse que d'autant que les fidèles sont sujets à concupiscences, ils sont coulpahles comme pécheurs. 11. Touchant de ce qui est dit, (|ue Dieu purge son Eglise de tout péché, et qu'il promet ceste grâce au Baptesme, et l'accomplit en ses eleus (Ephes. o, 26. 27), nous referons cela à l'imputation du péché plustost qu'à la matière. Dieu fait bien cela en régénérant les siens, que le règne de péché soit aboly en eux : car il leur donne la vertu de son sainct Esprit, pour les rendre supérieurs et veinqueurs au combat qu'ils ont à rencontre : mais le péché cesse lors de régner seulement en eux : et non point d'y habiter (Rom. 6, 6). Parquoy nous disons que le vieil homme est tellement crucifié, et que la loy de péché est tellement abolie aux enfans de Dieu, que les reliques neantmoins y demeurent: non pas pour y dominer, mais pour les humilier par la cognoissance de leur infirmité. Nous confessons bien que telles reliques ne leur sont point imputées, non plus que si elles n'estoyent point, mais nous disons que cela se fait par la miséricorde de Dieu. Et ainsi, combien (Qu'ils soyent absous par grâce, qu'ils ne laissent point de fait d'estre pécheurs ou coulpahles. Il nous est bien aisé de confermer ceste sentence, veu que nous avons clairs et certains tesnioignages de l'Escriture pour l'approbation d'icelle. Car que voudrions-nous plus clair que ce (lue sainct Paul escrit au septième chapitre des Romains? Premièrement, qu'il parle là en la personne de l'homme régénéré, nous l'avons ja monstre cy devant : et sainct Augustin allègue des raisons peremptoires pom' l'approuver. .Je laisse là qu'il use de ces deux mots. Mal et Péché. Encore que les contredisans puissent caviller sur ces deux mots, toutesfois qui est-ce qui niera que répugnance contre la Loy de Dieu ne soit vice? et qu'empeschement de bien faire ne soit péché? Finalement, qui est-ce qui ne confessera qu'il y a de la faute par tout où il y a misère spirituelle ? Or sainct Paul dit que toutes ces choses sont comprinses en ceste corruption dont nous parlons. Davantage, nous avons mie certaine démonstration, par laquelle toute ceste question se peut vuider. Car il nous est commandé en la Loy d'aimer Dieu de tout nostre cœur, de toute nostre ame et de toutes noz forces. Puis qu'il convient que toutes les parties de nostre ame soyent ainsi remplies de l'amour de Dieu, il est certain que tous ceux qui peuvent concevoir en leur cœur seulement un appétit legier, ou quel-

que cogitation pour estre distraits de l'amour de Dieu à vanité, ne satisfont point à ce conunandemont. Qu'ainsi soit, ces choses ne sont-elles point C(jmprinses en l'ame, d'estre touché et esmeu de quchiue appétit, concevoir en l'entendement linéique chose, ou appréhender en son sens ? Quand donc en telles all'ections il y a de la vanité et du vice, n'est-ce pas un signe qu'il y a quelques parties de l'ame vuides et despourveues de l'amour de Dieu? Parquoy, quiconque ne confesse que toutes concupiscences de la chair sont péché, et que ceste maladie de convoiter ({ui est en nous, est la source de péché : il faut qu'il nie quant et (piant, (|ue la transgression de la Loy n'est point péché.

12. S'il semble advis à quelcun que ce soit une chose hors ilc raison, de condamner ainsi en gênerai toutes les cupiditez desquelles l'homme naturellement est touché, d'autant qu'elles ont esté mises en l'homme par Dieu, qui est autheur de nature : nous respondons que nous ne condamnons point les désirs que Dieu a mis en l'homme en la première création, et lesquels ne se peuvent oster de nous sinon avec l'humanité mesme : mais que nous reprouvons seulement les appétits desbridez et desordonnez, qui sont repugnans à l'ordre de Dieu. Or pource que toutes les parties de nostre ame sont tellement corrompues par la perversité de nostre nature, qu'en toutes nos œuvres il y apparoist tousjours un desordre et une intempérance : d'autant que tous les désirs (pie nous concevons ne se peuvent séparer d'un tel excez nous disons qu'à ceste cause ils sont vicieux. Ou si quelcun en veut avoir une somme plus brieve, nous disons que tous les désirs et appétits des hommes sont mauvais, et les condamnons de péché : non pas entant ([u'ils sont naturels, mais entant qu'ils sont desordonnez. Or ils sont desordonnez d'autant qu'il ne peut rien procéder pur n'entier de nostre nature vicieuse et souillée. Et mesnies de ce propos sainct Augustin n'en va pas si loin qu'il semble de première face. Quand il veut fuyr les calomnies des Pelagiens, il se déporte quelque fois de ce mot de Péché : mais quand il escrit que la loy de péché demeure aux .saincts, et que la couJpe seulement est ostée d'eux, il signifie assez qu'il est conforme en un mesme sens avec nous. ®

1;L Nous produirons quelques autres sentences de ses livres, pour monstrer plus familièrement ce qu'il en a senty. Au second livre contre Julien il dit ainsi, La loy de péché est remise en la régénération spirituelle, et demeure en la chair mortelle : elle est remise, d'autant que la coulpe en est abolie par le Sacrement, auquel les fidèles sont régénérez : elle demeure, pource qu'elle produit les désirs contre lesquels les fidèles mesmes ont à batailler. Item, La Loy de péché, laquelle residoit encore aux membres de

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