‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 279 sur 703 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qui se font pour servir à Dieu en son honneur, et les œuATes de charité, et en somme une Traye saincteté et innorence de vie : bref, selon que chacun selïorce tant plus de compasser sa vie à la reijîle de la loy de Dieu, en cela il donne tant meilleurs si^,mes qu'il est vray repentant. Pour cesle cause l'Esprit nous voulant exhorter a repent^ince, nous propose (pielque fois tous les préceptes de la Loy, et quelque fois la contenu de la seconde Table : combien qu'en d'autres passages, après avoir condannié l'immondicité de la source du cœur, il nous incite aussi a monstrer par tesrnoignages extérieurs que nous sommes vrayement repentans. De laquelle chose les lecteurs auront une peinture vive cy après, quand je descriray la vie Chrestienne. Je n'aniasseray point ici les passages des Prophètes, où d'un custé ils se moquent des badinages de ceux qui s'efforcent tl'appaiser Dieu par cérémonies, disans que ce ne sont que jeux de petits enfans : d'autrepart ils enseignent, quelque intégrité extenie qu'il y ait en la vie, que ce n'est pas le principal, veu que Dieu regarde le conir. Quiconque aura moyennement versé en l'Eseriture, comprendra aisément de soy sans autre docteur, qu'en ayant affaire à Dieu on ne profite rien, si on ne commence par l'affection intérieure du cœur. Et le passage de Joël servira bien à entendre les autres : Rompez, dit-il, voz cœurs, et non pas voz robes (Joël 2, i:{), etc. L'un et l'autre aussi sont exposez en ces mots de sainct Jacques, Vous meschans, lavez vos mains : vous doubles, purgez vos cœurs (Jaq. 't. 8). Vray est que l'accessoire est mis en premier lieu : mais c'est assez que tantost après il monstre le principe et la fontaine : assavoir, de nettoyer les ordures cachées, a ce que l'autel pour sacrifier a Dieu soit dre.ssé au cœur. Il y a bien outre plus quelques autres exercices externes, desquels nous usons en particulier pour nous humilier, ou pour domter nostre chair, et en public pour attester de nostre repentance. Or le tout procède de ceste vengeance dont parle sainct Paul. Car ce sont choses appartenantes à un cœur affligé, de gémir et plourer, de hayr et fuir tout plaisir, toute pompe et vanité, de s'abstenir de banquets et délices. Davant<'ige. celuy qui cognoit quel mal c'est la rébellion de la chair, cherche tous remèdes pour la reprimer. Sernblablement, celuy qui pense bien combien c'est une grieve offense d'avoir violé la justice de Dieu, n'a repos ne cesse, jusques a tant qu'il ait donné gloire à Dieu en son humilité. Les Docteurs anciens parlent souvent de ces exercices extérieurs, quand ils ont à traiter des fruits de peniten- j ce. Il est bien VTay qu'ils ne constituent point le principal poinct de la pénitence en iceux. ! Toutesfois les lecteurs me pardonneront, si \ je dy ce qui m'en semble : c'est qu'ils se \

sont trop arrestez a ces menues choses. Et celuy qui pensera diligennnent, m'accordera, comme j'espère, ce que je dy. Car en recommandant si fort ceste discipline corporelle, ils induisoyent bien le peuple a la recevoir avec grande dévotion : mais cependant ils obscurcissoyent ce qui lievoit estre en premier lieu. Il y avoit aussi un autre vice en eux, qu'ils estoyent un peu trop extresmes et rigoureux aux corrections, comme il nous faudra traiter ailleurs. 17. .Mais pource qu'aucuns, voyans que les Prophètes font mémoire qu'on se doit repentir avec pleurs et jusnes, ayans un sac vestu, et les cendres sur la teste (ce qui est principalement monstre en Joël) (Joël 2, 12) par cela estiment que le principal de pénitence soit de jusner et plourer, il nous faut obvier à leur erreur. En ce passage-la donc de Joël, ce qui est dit de la conversion entière de nostre cœur au Seigneur, et de rompre, non pas nos habillemens, mais nostre cœur, est du tout propre à la pénitence. Les pleurs et jusnes ne s(-nt pas mis comme conséquences perpétuelles, mais comme circonstances qui convenoyent spécialement alors. Car d'autant qu'il avoit dénoncé une vengeance de Dieu espovantable aux Juifs, il les adraonneste de la prévenir, non seulement en amendant leur vie, mais aussi en s'humiliant et monstrant signe de tristesse. Car conune anciennement un homme accusé de crime, pour impetrer miséricorde du juge, laissoit croistre sa barbe, ne se pignoit point, et se vestoit de dueil: aussi il convenoit (|ue ce peuple qui estoit accusé devant le throne de Dieu, testifiasl par signes extérieurs qu'il ne demandoit que d'obtenir [lardon de sa clémence. Or combien ([ue la manière de se vestir d'un sac, et se jetter cendres sur la teste, fust la coustume de ce temp.s-là, et ne nous appartienne aujourdhuy de rien: toutesfois les pleurs et les jusnes ne nous seroyent point aujourdhuy impertinens, toutes fois et quantes que le Seigneur nous demonstre apparence de quelque calamité. Car quand il nous fait apparoistre (luelque danger, il dénonce qu'il est appareillé a faire vengeance, et quasi desja armé. Le Prophète donc parle tre.sbien, en exhortant a pleurs et jusnes: c'est a dire à tesmoignage de tristesse, ceux ausquels il avoit prédit cpie le jugement de Dieu est appareille pour les perdre. En telle sorte les Pasteurs Ecclésiastiques ne feroyent point de mal aujourdhuy, si- toutes fois et quantes qu'ils voyent quelque calamité prochaine, soit de guerre, de famine ou de pestilence, ils remonstroyent à leur peuple qu'il seroit bon de prier le Seigneur avec pleurs et jusnes : moyennant qu'ils s'arrestassent au principal, qui est de rompre les cœurs et non les vestemens. C'est donc une chose certaine, que le jusne n'est pas tousjours conjoinct avec repentance : mais convient particulièrement à ceux qui veulent testifier qu'ils se recognoissent

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