‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 280 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

avoir mérité l'ire de Dieu, cl neantmoins requièrent parilon de sa clémence. Pour ceste cause Jésus Christ le met avec anp:oisse et tribulation. Car il excuse ses Apostres qui ne jusnoyent point du temps qu'ils estoyent en sa compai^nie, pource (|ue c'estoit le tem])s de joye: disant (juils auroyent opi)ortunité de jusner au temps de tristesse quand il les auroit privé de sa compagnie (Mattli. 9, 15). Je parle du jusne solennel et publi([ue. Car la vie du (^hrestien doit estre tenqjerée en telle sobriété, qu'il y apparoisse depuis le commencement jusques à la fin, comme une espèce de jasne perpétuel. Mais pource que ce poinct sera despeché c\ -api'es, en traitant de la discipline de l'Eglise, je n'en tiendray icy plus long propos.

18. Toutesfois j'entrelaceray encore ce poinct: c'est que (juand le mot de Pénitence s'attribue à la déclaration externe que font les pécheurs, pour monstrer signe de changement en mieux, alors il est destourné de son sens naturel. Car une telle protestation n'est pas tant se convertir à Dieu, que confesser sa coulpe i)Our en olitenir pardon et grâce. Ainsi, (aire pénitence en cendre et avec le sac, n'est autre chose que de protester que nous avons noz péchez en horreur et nous y desplaisons, pource que Dieu y est grièvement olVensé. Et c'est une espèce de confession publique, par laquelle en nous condamnant devant Dieu et ses Anges et tout le monde, nous prévenons le jugement (jui nous estoit deu. Car sainct Paul en redarguant la nonchalance de ceux ([ui se pardonnent par trop. Si nous nous condamnions, dit-il, nous-mesmes, nous ne serions i)oint condanuiez de Dieu(l Cor. 11,31). Au reste, il n'est pas tousjours nécessaire d'appeller les hommes pour tesmoins de nostre repentance, mais de confesser secrettement à Dieu noz péchez, c'est une partie de la repentance, laquelle ne se peut omettre. Car ce n'est pas raison que Dieu pardonne les péchez ausquels nous nous flattons, et lesquels nous couvrons d'hypocrisie, à ce qu'il ne les produise point en clarté. Et non seulement il nous convient recognoistre les fautes que nous commettons de jour en jour, mais une lourde cheute nous doit tirer plus loin, et nous réduire en mémoire les offenses qui semblent desja estre ensevelies de long temps. Ce que David nous enseigne par son exemple. Car ayant honte du grand forftxit qu'il avoit commis quant à Bethsabé, il s'examine jusques au ventre de sa mère, et cognoit que dés lors il a esté corrompu et infect, et adonné à mal (Ps. 51, 7). Et ce n'est point pour amoindrir sa faute, comme plusieurs en s'accusant d'estre hommes pécheurs, se cachent parmi la multitude: et ce leur est une eschappatoire, d'envelopper avec eux le genre humain. David y procède bien d'une autre sorte. Car par circonstance il augmente et aggrave franchement

sa coulpe : assavoir que dés son enfance estant addonné à mal, il n'a cessé d'amasser péchez sur péchez. En un autre passage aussi bien, il entre en examen de sa vie passée, pour demander pardon des fautes qu'il a comnuses en sa jeunesse (Ps. 25, 7). Et do fait nous ne prouverons jamais que nous soyons bien resveillez de nostre hypocrisie, sinon qu'en gémissant sous le fardeau, et en plourant de nostre misère, nous chercliions que Dieu nous en relevé. 11 convient aussi noter, que la pénitence en laquelle Dieu nous commande de travailler sans fm et sans cesse toute nostre vie, diffère d'avec celle par bupielle ceux qui estoyent trebuschez en quelque acte vilain et énorme, ou s'estoyent desbordez outrageusement en dissolution, ou mesmes en rejettant le joug de Dieu, s'estoyent comme révoltez de luy, sont comme ressuscitez de mort ta vie. Car l'Escriture souvent en exhortant à pénitence, parle comme d'un tel changement, qui nous retire des enfers, pour nous mener au royaume de Dieu, et comme d'une résurrection. Et (|uand U est dit que le peuple a fait pénitence, c'est qu'il s'est retiré de l'idolâtrie et autres enormitez semblables. Pour ceste raison sainct Paul commande à ceux qui n'ont point fait pénitence de leurs dissolutions, paillardises et immondicitez,de mener le dueil à cause d'une telle dureté (2 (]or. 12, 21). Geste différence est bien k observer, afin que si aucuns sont exhortez à repentance, nous ne pensions pas estre quittes de nous convertir journellement à Dieu: et que nous no soyons pas surprins de nonchalance, comme si la mortification de la chair ne nous appartenoit plus de rien, (^ar les cupiditez mauvaises dont nous sommes assiduellement chatouillez, et les vices qui pullulent en nous, ne nous donnent point le loisir de nous apparesser, que nous ne mettions peine et soin à nous amender. Parquoy la pénitence spéciale, laquelle est requise en ceux ([ue le dialde a transporté du service de Dieu, et enlacé aux filets de mort, n'empesche pas qu'en gênerai tous ne doivent estre repentans, et n'oste pas la pénitence ordinaire, à laquelle la corruption de nostre nature nous doit soliciter.

19. Or s'il est vray que toute la somme de l'Evangile soit comprise en ces deux poincts, assavoir en repentance et remission des péchez (comme c'est une chose notoire) ne voyons-nous pas bien que le Seigneur justifie gratuitement ses serviteurs, afin de les restaurer quant et quant en vraye justice, par la sanctification de son E.sprif? Jean-Baptiste, lequel estoit Ange envoyé pour préparer la voye à Christ (Matth. 11, 10), avoit cela pour somme de sa prédication^ Faites pénitence: car le royaume de Dieu est approché (Matth. 3, 2). Induisant les hommes à pénitence, il les admonnestoit de se recognoistre pécheurs, et se rendre damnables devant Dieu,

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