LIVRE iir
faire. Car jamais homme ne liait le péché, qu'il n'ait quant et quant prins en amour la justice. Geste sentence, comme elle est la plus simple de toutes, m'a aussi semblé advis tresbien accorder avec la vérité des sainctes Escritures.
21. Or que la pénitence soit un excellent et singulier don de Dieu, je pense que c'est un poinct si notoire par ce qui en a esté traité cy dessus, que d'en faire plus longue déduction il n'en est besoin. Et pourtant il est dit que l'Eglise primitive du temps des Apostres glorifioit Dieu, en s'esmerveillant de ce qu'il avoit donné aux Payens pénitence à salut (Act. 11, 18). Et sainct Paul advertissant Timothée d'estre patient et débonnaire envers les incrédules, adjouste, Pour voir si Dieu leur donnera repentance, pour cognoistre la vérité, et se retirer des liens du diable esquels ils sont detenuz {i Tim. % 25. 26). Vray est que Dieu en passages infinis de l'Escritûre prononce et afferme qu'il veut la conversion de tous, et adresse communément à tous la doctrine de s'amender: mais l'efficace dépend de l'esprit de régénération. Car il est plus facile de nous créer hommes, que d'estre renouvelez en nature plus excellente par nostre propre industrie ou vertu. Parquoy non sans cause nous sommes appeliez la facture de Dieu, estans créez à bonnes œuvres, lesquelles il a apprestées pour nous y faire cheminer (Ephes. 2, 10). Et ce non seulement au regard d'un jour, mais de tout le cours de nostre vocation. Tous ceux que Dieu veut retirer de damnation, il les vivifie et renouvelle par son Esprit, pour les reformer à soy. Non pas que pénitence proprement soit cause de salut, mais pource que nous avons desja monstre qu'elle est inséparable d'avec la foy et la miséricorde de Dieu : veu que, tesmoin Isaie, le Rédempteur est venu en Jacob pour ceux qui se retirent de leurs iniquitez (Is. 59, 20). Quoy qu'il en soit, ce poinct nous doit estre résolu, que la crainte de Dieu ne dominera jamais en nos cœurs, que le sainct Esprit n'y ait besoigné, pour nous amener à salut. Parquoy les fidèles se complaignans par la bouche d'Isaie, et se lamentans d'estre délaissez de Dieu, mettent ceci comme signe de réprobation, qu'il a endurcy leurs cœurs (Is. 63, 17). Et l'Apostre voulant exclurre d'espérance de salut les apostats qui ont du tout renoncé Dieu, ameine la raison : qu'il €St impossible qu'ils soyent renouvelez à pénitence (Hebr. 6. 6), pource que Dieu en renouvelant ceux qu'il ne veut point laisser en perdition, leur donne signe de sa faveur paternelle, et fait comme luire les rayons de sa clarté sus eux, afin de les attirer. Et à l'opposite, endurcissant les reprouvez, desquels l'impiété est irrémissible, il foudroyé sus eux pour les faire périr. C'est la vengeance de laquelle l'Apostre menace les apostats, qui sciemment et volontairement se révoltent de la vérité de l'Evangile : et en ce
faisant se mocquent de Dieu, rejettent sa grâce avec ignominie, profanent et fouUent aux pieds le sang de Jésus Christ, mesme le crucifient derechef, entant qu'en eux est (Hebr. 10, 29. 30). C^ar l'Apostre en ce passage-là ne veut point jetter en desespoir tous ceux qui ont péché à leur escient : mais veut simplement monstrer que c'est un crime irrémissible que de renoncer du tout à la doctrine do l'Evangile : tellement qu'on ne doit trouver estrange, si Dieu le punit en extrémité de rigueur, jusques à n'en donner jamais pardon, quand il a esté si vilainement mesprisé. Car il dit qu'il est impossible que ceux qui ont esté une fois illuminez, et ont receu la grâce du ciel, ayans esté faits participans du sainct Esprit, et ayans gousté la paroUe de Dieu et les vertus de la vie future, s'ils retombent derechef, soyent réduits à pénitence, veu que cela est crucifier pour la seconde fois le Fils de Dieu, et l'avoir en moquerie (Hebr. 6, 4 — 6). Item en un autre lieu, Si nous péchons volontairement, dit-il, après avoir receu la cognoissance de vérité, il ne nous reste plus de sacrifice, mais une horrible attente du jugement (Hebr. 10, 26). Ce sont les passages, par la mauvaise intelligence desquels, les Novatiens ont autrefois troublé l'Eglise. Et pource qu'ils sont durs de première apparence, aucuns bons personnages ont estimé que ceste Epistre estoit supposée, laquelle neantmoins de vray monstre par tout un esprit Apostolique. Or pource que nous n'avons dispute sinon avec ceux qui la recoyvent, il est aisé de monstrer combien ces sentences ne font rien pour confermer leur erreur. Premièrement il est nécessaire que l'Apostre consente avec son Maistre, lequel certifie que tout péché et blasphème sera remis, exepté le péché contre le sainct Esprit, qui n'est remis n'en ce monde n'en l'autre (Matth. 12, 31 : Marc 3, 28 ; Luc 12, 10). Il est certain que l'Apostre s'est contenté de ceste exception, si nous ne le voulons faire adversaire de la grâce de Christ. Dont il s'ensuit que ce qu'il dit n'est pas d'un péché ou d'autre en particulier, où il n'y ait nulle mercy : mais seulement d'un qui procède d'une fureur désespérée et ne se peut excuser sous ombre d'infirmité, quand il appert que l'homme qui se desborde ainsi, est possédé du diable.
22. Pour mieux expliquer ceci, il convient savoir quelle est ce crime tant abominable, lequel n'aura nulle remission. Ce que sainct Augustin en quelque lieu définit, que c'est un endurcissement et obstination jusques à la mort, avec une deffiance d'obtenir grâce, ne convient pas avec ces parolles de Christ, qu'il ne sera point remis en ce siècle. Car ou cela seroitdit en vain ou il se peut commettre en ce monde. Or selon le dire de sainct Augustin, il ne se commet point sinon quand il y a persévérance jusqu'à la mort. Ce que les autres disent, qu'avoir envie sur les