CHAPITRE III
grâces de son prochain, est pécher contre le sainct Esprit: je ne say sur quoy il est fondé. Mais il nous faut amener la vraye définition, la- (juelle quand elk' sera approuvée par hous tesmoignages, elleannichillera facilement les autres. Je dy donc (pie cestuy-la |)eclie contre le saiiui Esprit, lequel est^uit tellement touché de la lumière de la vérité de Dieu, qu'il ne peut prétendre ignorance, neantmoins résiste de malice deliherée, seulement [lour y résister. Car le Seigneur Jésus, voulant e\pli(pier ce qu'il avoitdit, adjouste consequemment, que celuy qui aura dit parollo contre luy. obtiendra pardon: mais celuy qui aura hlaspliemé contre l'Esprit, n'aura nulle grâce. Et sainct Matthieu, au lieu de nommer blasphème contre l'Esprit, met Esprit de bla.splieme (Matth. 1:2. :U : Marc 3, :2'J: Luc 12, 10). Comment se peut-il faire, que quelcun face opprobre au Fils de Dieu, que cela ne redonde sur son sainct Esprit? c'est quand un homme par ignorance contredit à la vérité de Dieu qu'il n'a point cogneue, et par ignorance detracte de Christ : ayant cependant neantmoins telle alîection, qu'il ne voudroit nullement esteindre la vérité de Dieu, quand elle luy seroit révélée : ou dire une seule mauvaise paroUe contre celuy qu'il estimeroit estre Christ. Telle manière de gens pèchent contre le Père et contre le Fils, comme aujourdhuy il y en a beaucoup qui baissent et rejettent la doctrine de l'Evangile, laquelle s'ils pensoyent estre l'Evangile, ils l'auroyent en grand honneur, et l'adoreroyent de tout leui' cœur : mais ceux qui sont conveincuz eu leurs consciences, que la doctrine qu'ils combatent est de Dieu, et toutesfois ne laissent point d'y résister et tascher de la de.struire, iceux blasphèment contre l'Esprit, d'autant qu'ils battjiillcnt a rencontre de la lumière qui leur estoit présentée par la vertu du sainct Esprit. Il y en avoit de tels entre les Juifs : les(iuels, combien qu'ils ne peussent résister à l'Esprit parlant par la bouche de sainct Esticnne, neantmoins s'elforçoyent d'y résister (Act. 6, 10). U n'y a point lie doute qu'aucuns ne fussent meuz par zèle hiconsideré de la Loy : mais il appert qu'il y en a eu d'autres, qui de certaine malice et impieté enrageoyent contre Dieu : c'est à dire contre la doctrine, laquelle ils ne pouvoyent ignorer estre procedée de Dieu. Tels estoyent les Pharisiens, lesquels Jésus Christ redargue : qui pour renverser la vertu du sainct Esprit, la dilïamoyent comme si elle eust este de Beclzebub (Matth. 9, 34; 12, 2i). Voila donc que c'est Esprit de blasphème : assavoir l'audace de l'homme, de propos délibéré, tasche à anéantir la gloire de Dieu. (>e que sainct Paul signifie, (juand il dit qu'il a obtenu miséricorde, entant que par mesgard et ignorance il avoit esté incrédule (1 Tim. 1, 13). Si l'ignorance conjointe avec incrédulité a fait qu'il obtint pardon, il s'ensuit qu'il
n'y a nulle mercy, quand l'incrédulité vient de science et niahce délibérée.
:23. Or que r.\pnstre ne parle point d'une faute particulière, mais d'une révolte universelle, par laquelle les reprouvez se retranchent de tout espoir de salut, il est facile à entendre, si on y prend garde. Que Dieu se rende inexorable envers eux, on ne s'en doit esbahir : veu que selon le tesmoignage de sainct Jean, ils n'estoyent pas du nombre des eleuz, quand ils s'en sont ainsi departiz (1 Jean 2. 19). Car il adresse sa paroUe contre ceux qui pensoyent bien pouvoir retourner à la Chresticnté, après (pi'il l'auroyent une fois renoiifée. Les voulant retirer de ceste fantasie et pernicieuse opinion, il dit une chose qui est bien vraye: que ceux (pii ont une fois renoncé Jésus Christ de leur seu et bonne volonté, ne peuvent jamais avoir part en luy. Or ceux-là le renoncent non pas qui simplement par vie desordonnée transgressent sa jiarolle : mais qui de propos ileliberé la rejettent du tout. Les Xovatiens et leurs sectateurs donc s'abusent en des mots de Choir et Tomber: car ils entendent que celuy tombe, le(iuel estant enseigné par la Loy de Dieu qu'il ne faut point desrober, neantmoins ne s'en abstient pas. Mais je dy qu'il faut icy entendre une comparaison de choses contraires : assavoir quand il dit que ceux qui sont tresbuchez après avoir esté illuminez, après avoir gousté laparolle de Dieu et sa grâce celeste, et les vertus de la vie future, et avoir esté illuminez du sainct Esprit (Hebr. 6, 4): qu'il faut entendre, s'ils ont esteint la lumière de l'Esprit par malice délibérée, et ont rejette la parolle de Dieu et la saveur de sa grâce, et se sont aliénez de son Esprit : en sorte qu'il n'y ait point icy un vice particulier noté, mais une révolte générale de Dieu, (piand l'homme se destourne totalement de Dieu, et est apostat de toute la Chresticnté. Et de fait, pour exprimer plus claii-ement qu'il parloit d'une impieté malicieuse et délibérée, il adjouste nommément en un lieu ce mot, Volontairement (Hebr. 10,:26). Car quand il dit qu'il ne reste plus nul sacrifice à ceux qui de cei laine volonté, a^nes avoir cogneula vérité, pèchent: il ne nie pas queChiist ne soit un sacrifice perpétuel pour etîacer les ini(iuitez des fidèles (ce qu'il avoit traité aupara\anl quasi en toute rEpistre,en cxpliquantla prestrise de Christ) mais il entend qu'il n'y en reste nul autre, quand on rejette cestuy-là. Or on le rejette, en conculcant de propos délibéré la vérité de l'Evangile. 24. Touchant ce qu'aucuns objectent, que c'est une trop grande cruauté, et laquelle ne convient point à la clémence deDieu,d'exclurre aucun pécheur de la remission des pechei, quand il requerra miséricorde : la response est facile. Car il ne dit pas que Dieu leur déniera pardon s'ils se con\ertissent à luy: mais il dit notamment, que jamais ne se retom-neront à re-