‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 284 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

pontancc, entant que Dieu par son juste jugement, à cause de leur ingratitude, les frappera d'un aveuglement éternel. Et ne contrevient point à cela, ce qu'il appli([ue à ce propos l'exemple d'Esau : lequel en vain a tasché i)ar larmes et cris de recouvrer sa priiuogenilure qu'il avoit perdue (Hebr. 12, 17); non iilus ([ue ce que dit le Prophète, que quand ils crieront, le Seigneur ne les exaucera point (Zach. 7, lo). Car par telles manières de parler l'Escriture ne dénote pas ou une vraye repentance, ou invocation de Dieu : mais plustost signifie la destresse de la(}uelle, (juand les iniipies sont pressez en leur extrême calamité, ils sonL contraints de recognoistre ce cpr'ils [)ensoyent auparavant estre moipierie et fable : c'est (lue tout leur bien gist en l'aide de Dieu. Or ils ne la peuvent pas implorer ne demander de cœur: mais seulement gémissent qu'elle leur est ostée. Parquoy le Prophète par ce mot de Clameur, et l'Apostre par ce mot tie Larmes, ne signifie autre chose que l'horrible forment dont les iniques sont agitez en desespoir et desconfort, voyant qu'ils n'ont nul remède de leur malheureté, sinon la bonté de Dieu, en laquelle ils ne se i)euvent aucunement fier. 11 est besoin de noter diligemment cecy : car autrement Dieu seroit contraire à soy, en publiant par son Prophète qu'il sera presî k faire mercy et oublier tout, si tost que le pécheur se convertira à luy (Ezecli. 18. 20. 21). Mesme, comme j'ay desja dit, il est certain que le cœur de l'homme ne se pourra jamais convertir, (pfestant prévenu de la grâce d'enliaut. Quant est de l'invocation de Dieu, sa promesse ne faudra jamais : mais aux passages (jue nous avons alléguez, tant la conversion que la prière se prennent pour un tonnent confus et aveugle, duquel les reprouvez sont agitez en voyant qu'ils ont besoin de chercher Dieu i)our trouver remède a leurs maux : et neantmoins en l'eculent tant qu'ils peuvent.

23. Cependant onpourroit demander, veu que l'Apostre dit qu'on ne peut appaiser Dieu en faisant semblant et feignant de se repentir, comment donc le Roy Achab a obtenu pardon, et a destourné la punition la(|uelle luy avoit esté annoncée (1 Rois 21, 27 s.): attendu qu'il a esté seulement estonné pour un petit de temps, et ne s'est point amendé qu'il n'ait pomsuyvi le mauvais train de sa vie. Il s'est bien vestu d'un sac, il a jette la poudre sur sa teste, il s'est couché par terre, et comme l'Escriture luy rend tesmoignage, il s'est humilié devant Dieu, mais ce n'a rien esté de rompre ses vestemens, quand le cœur demeuroit endurci et enflé de malice. Si est-ce ([ue Dieu l'a exaucé, pour luy faire miséricorde ; mais je respon que Dieu par-

donne tellement aux hypocrites pour un temps, (jue son ire demeure tousjours sus eux : et que cela ne se fait pas tant en leur faveur, que pour ilonner exemple à tous. Car quel profit a eu Achab de ce que la jieine luy a esté modérée, sinon (pi'il n'a point veu advenir durant sa vie, ce qu'il craignoit ? Ainsi la maleiliction de Dieu n'a pas laissé d'avoir siège el douiicile perpétuel en sa maison, combien qu'elle fu.st cachée: et luy n'a point laissé de périr h jamais. Autant en voit-on en Esau. Car combien qu'il soit rebouté, si est-ce (ju'il obtient bénédiction temporelle par ses larmes (Gen. 27, 38. 39). Mais pource que l'héritage spirituel estoit réservé à l'un des frères seulement, puis qu'Esau estoit retranché et Jacob eleu, telle rejection luy a fermé la porte à la grâce de Dieu. Et cependant, selon qu'il estoit homme brutal, ce soulagement luy a esté laissé, qu'il se soulast de la graisse de la terre et de la rousée du ciel. Et c'est ce que j'ay n'agueres dit. que cela se fait pour donner exemple aux autres, afin qu'ils apprennent d'appliquer leurs affections et cstudes à vraye repentance. Car il ne faut douter que Dieu ne soit facile et enclin a pardonner à tous ceux qui se convertiront h luy de cœur, veu qu'il estend sa clémence jusqu'à ceux qui en sont indignes, seulement quand ils monstrent quelque semblant de se desplaire en leur forfait. Nous sommes aussi enseignez à l'opposite, quelle vengeance est apprestée a ceux lesquels se jouent des menaces de Dieu, et n'en tiennent conte : s'endurcissans avec un front impudent et un cœur de fer, pour les anéantir. Yoyla comment Dieu souventesfois a tendu la main aux cnfans d'Israël pour les soulager en leur calamité, combien que leurs cris fussent pleins de feintise, et que leur cœur i'ust double et dcsloyal (Ps. 78, 36. 37). Comme de fait il se plaind au Pseaume, qu'incontinent après ils retournoyent à leur premier train. Car par cela il les a voulu amener à une droite repentance et cordiale, se monstrant si humain envers eux: ou bien les rendre inexcusables. Toutesfois ce n'est pas à dire qu'en remettant pour un temps la peine, il se bride à perpétuité: mais plustost se di-esse en la fin avec plus grande rigueur contre les hjiîocrites, et redouble les punitions : tellement qu'il peut apparoistre combien la feintise luy desplait. Cependant notons ce que j'ay dit, qu'il monstre quelques exemples combien il est libéral à pardonner, afin que les fidèles soyent tant mieux accouragez a corriger leurs fautes : et que l'orgueil de ceux qui regimbent contre l'esperon, soit plus grièvement condamné.

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