CHAPITRE IV
Combien est loin de la pureté de l'Evangile, tout ce que les théologiens Sorbonistes babillent de la pénitence : où il est traitté de
la confession et satisfaction.
1. Je viens maintenant à discuter ce que les Sophistes ont enseigné de Pénitence : ce que je l'eray le plus brièvement qu'il sera possible. Car mon conseil n'est pas de poursuyvre le tout, de peur que ce présent livret, leipiol je tasclie de restraindre, ne croisse eu trop grande longueur. Et d'autrepart, ils ont aussi enveloppé ceste matière, laquelle autrement n'estoit i)as trop difficile, par si longues dispuUitions, que l'issue ne seroil point aisée, si nous voulions entrer fort avant en leurs labyrinthes. Premièrement, en donnant la définition de pénitence, ils monstrent évidemment qu'ils n'ont jamais entendu que c'estoit. Car ils tirent des livres des Anciens quelques sentences, lesquelles n'expriment nullement la force et la nature de pénitence. Comme sont celles qui s'ensuyvent : que faire pénitence, c'est plourer les péchez commis auparavant et ne point commettre ceux qu'il faille après plourer. ^ Item, que c'est gémir pour les maux passés, et ne plus commettre ceux qu'il faille gémir. '" Item, que c'est une vengeance triste, punissant en soy ce qu'elle voudroit n'avoir point commis. " Item, que c'est une douleur du cœur et amertume de l'ame pour les maux que (|Uelcun a commis, ou ausquels il a concenty. '"- Car quand nous accorderons que ces choses auront esté bien dites des Anciens (ce qui ne seroit pas dilTieile à un contentieux de nierj, toutesfois elles n'ont pas esté dites en ce sens, qu'ils voulussent par icelles declairer que c'e.stoit que pénitence : mais pour exhorter seulement les penitens, de ne rechoir aux mesmes fautes desquelles ils avoyent esté délivrez. Et s'il falloit faire définition de tout ce (ju'on trouve que les Anciens en ont dit, ils en pouvoyeni encores amener d'autres, qui n'ont point moins d'apparence : comme est celle de Chrysostome, (|ue pénitence est une médecine esteignanl le péché, un don descendu du ciel, une vertu admirable, une grâce surmontant la force des loix. Davantage, l'exposition que ces bons glosateurs adjoustent puis a])res, est beaucoup pire «lue ces delinitions. Car ils s'amusent tellement aux façons de faire extérieures et corporelle, qu'on ne sauroit autre chose cueillir de leurs gros bobulaires de livres, sinon que Péni-
tence est une discipline et austérité, servant en partie à domter la chair, en partie à punir les péchez. Touchant la rénovation inteiieure de l'ame et du renouvellement de vie, il n'en est nulles nouvelles en leur (piartier. Ils gergonnent assez de contrition et attrilion. Et de fait, ils tormentent les âmes de beaucoup de scrupules, et les enveloppent de beaucoup d'angoisses et molestes : mais quand il scnd)le (ju'ils ayent bien navré les cœurs jusques au iirofond ils gairissenl toutes les amertures par quelques asperges de cérémonies. Apres avoir si subtilement delini que c'est que pénitence, ils la divisent en trois parties : en contrition de cœur, confession de bouche, et satisfaction d'œuvre. '* Laquelle division n'est non plus propre que leur définition : combien qu'ils u'estudienl autre chose en toute leur vie que la Dialectique, qui est l'art de définir et partir. Mais si (luelcun vient à arguer par la deiiailioii, lequel argument est receu entre les Dialecticiens, qu'on peut plourer les péchez commis aupara\ant et ne les plus commettre, condjien (}u'ii n'y ait nulle confession de bouche, comment defendront-ils leur partition ? Car si celuy qui ne se confesse point de bouche, ne laisse pas d'estre vray pénitent, la pénitence peut consister sans celle confession. S'ils respondent, que ceste partition se doit rapporter à pénitence, entant qu'elle est sacrement: ou bien qu'elle se doit entendre de toute la perfection de pénitence, laquelle ils ne comprennent point par leurs définitions, ils n'ont de quoy m'accuser, mais en doivent im])uter la faute à ce qu'ils ne définissent plus clairement et purement. Moy certes, selon ma capacité, quand il est question de quelf|ue chose, je me tien à la définition qui doit estre le fondement de toute la disputation. Mais accordons-leur ceste Hcence Magistrale, et venons à esplucher les parties par ordre. Quant à ce que j'omets par mespris bcaucoupde choses comme I'rivole.s, lesquelles toutesfois ils maintiennent en leur orgueil pour grans mystères, je ne le fay poiit par ignorance ny oubli, et ne me seroit pas fort pénible de leur escrire et faire assavoir les subtilitez ausipielles ils se confient : mais je feroye conscience d'ennuyer les lecteurs de tels menus