‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 286 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

fatras sans aucun fruict. Tant y a que par les (juestions qu'ils esmeuvent et débattent, et ausquelles ils s'entortillent, il est aisé de juger qu'ils gazouillent de choses incogneues. Comme quand ils demandent, si la repentance d'un péché plait à Dieu, quand l'obstination demeure en tout le reste. Item, si les punitions que Dieu envoyé vallent pour satisfaction. Item, si la jienitence peut estre réitérée pour les péchez mortels. Mesmes en ce dernierpoinct ils déterminent vilainement et meschamment, que ce n'est que pour les péchez véniels que journellement nous avons à nous repentir. Ils se donnent beaucoup de peine aussi, et errent par trop lourdement au dire de sainct Hierome, que la pénitence est une seconde planche, sur laquelle celuy qui estoit pour périr en la mer, nage pour venir au port. En (pioy ils monstrent que jamais ils ne se sont esveillez de la stupidité en laqueUe ils ressemblent les bestes brutes, pour appercevoir de bien loin une seule faute d'entre mille qu'ils auront commises.

2. Les lecteurs doyvent icy estre advertis que nous ne sommes pas en un combat frivole, mais qu'il est question d'une chose par dessus toutes les auti'es de grande importance : c'est assavoir de la remission des péchez. Car quand ils requièrent ces trois choses à Pénitence, componction de cœur, confession de bouche, et satisfaction d'œuvre : semblablement ils déterminent qu'elles sont nécessaires pour impetrer remission des péchez. Or s'il nous est mestier de cognoistre quelque chose en toute nostre religion, il est requis principalement que nous entendions cecy : c'est par quel moyen, en quehe sorte, par quelle condition, et en quelle facilité ou difficulté est obtenue la remission des péchez. Si ceste cognoissance n'est certaine et arrestée, la conscience ne peut avoir aucun repos, n'ancune paix avec Dieu, u'aucune fiance ou asseurance : mais continuellement elle tremble, elle est agitée, esmeue, tormentée, transportée : elle a en horreur et en haine le jugement de Dieu, et le fuit tant qu'elle peut. Et si la remission des péchez dépend de ces conditions ausquelles ils la lient, il n'y a rien plus misérable ne plus désespéré que nous. La première partie qu'ils mettent pour obtenir pardon et grâce : est contrition : laquelle ils requièrent deuement faite, c'est à dire pleinement et entièrement. Mais cependant ils ne constituent point quand quelcun pourra estre asseuré qu'il se soit bien acquité de ceste contrition. Je confesse bien qu'il nous faut estre vigilans, et donner soin, et mesme nous aiguyser à plourer amèrement nos fautes, pour nous inciter tant mieux à nous y desplaire et les hair. Car c'est la tristesse dont parle sainct Paul, laquelle nous ne devons pas rejetter, pource qu'elle engendre repentance à salut. Mais quand on exige une

douleur si amere, qu'elle soit pareille et égale à la grandeur de la coulpe, et qu'on la mette en balance avec la foy d'obtenir pardon, voicy le destroit où les povres consciences sont merveilleusement vexées et aflligées, quand eUes voyent que ceste contrition deue leur est imposée : et n'entendent point la mesure de la dette, pom- pouvoir estre certaines quand elles auront payé ce qu'elles devoyent. S'ils disent qu'il faut faire ce qui est en nous : nous tournerons tousjours en un mesme circuit. Car quand sera-ce que quelcun s'osera promettre qu'il ait employé toutes ses forces à plourer ses péchez? La fin donc en est, que les consciences après s'estre long temps debatues en elles-mesmes, quand elles ne trouvent point port où elles puissent reposer, au moins pour adoucir leur mal, elles se contraignent à quelque douleur, et tirent par force quelques larmes pour accomplir ceste contrition.

3. S'ils me veulent accuser de calomnie, qu'ils en monstrent un seul qui par ceste doctrine de contrition n'ait esté jette en desespoir, ou bien n'ait opposé une feintise de douleur au jugement de Dieu, pour vraye componction. Nous aussi bien avions dit en quelque lieu, que la remission des péchez ne nous est jamais ottroyée sans pénitence, d'autant que nul ne peut vrayement et en sincérité de cœur implorer la miséricorde de Dieu, sinon celuy qui est affligé et navré de la conscience de ses péchez : mais nous adjoustions pareillement, que la pénitence n'est pas cause d'icelle remission, et ostions ces tormens des âmes : c'est assavoir, que la contrition doit estre deuement accomplie. Davantage, nous enseignions le pécheur de ne point regarder sa componction ne ses larmes : mais de ficher tous les deux yeux en la miséricorde de Dieu. Seulement nous declairions que ceux sont appehez de Christ, lesquels sont chargez et travaillez : veu qu'il a esté envoyé pour annoncer bonnes nouvelles aux povres, pour guérir ceux qui sont navrez en leurs cœurs, pour annoncer aux captifs leur deli\Tance, pom' deslier les prisonniers, et consoler ceux qui plourent (Matth. 11, 5. 28; Is. 61, 1 : Luc 4, 18). En quoy estoyent excluz tant les Pharisiens, qui estans soûls et contens de leur justice ne recognoissoyent pomt leur povreté, que les contempteurs de Dieu, qui ne se soucians de son ire ne cherchent aucun remède à leur mal. Car toutes telles manières de gens ne travaillent point, et ne sont navrez en leur cœur, ne liez, ne captifs, et ne plourent point. Or il y a grande différence, d'enseigner un pécheur de mériter la remission de ses péchez par pleine et entière contrition, de la(iueUe il ne se puisse jamais acquiter : ou de l'instruire d'avoir faim et soif de la miséricorde de Dieu, par la cognoissance de sa misère : de lay remonstrer son travail, angoisse et captivité.

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