CHAPITRE IV
poiir luy faire chercher consolation, repos et délivrance : en somme, rensei<,^ner de donner gloire à Dien en son humilité.
4. Touchaiit la (•(•iifession, il y a tousjours eu grande controversie entre les Canonistes et les théologiens Scholastiiiues. Car les premiers ont dit (lu'elle estoit seulement urdoiuiée de droit positif: c'est <à dire par les constitutions Ecclesiasti(iuos. Les seconds ont maintenu (pi'elie estoit ordonnée par commandement divin. Kn ce combat s'est monstrée une grande impudence des Théologiens : lesquels ont autant dépravé et corrompu de lieux de l'Escriture, (ju'ils en citovent a leur propos. Et encore, voyans qu'en ceste manière ils ne venoyent point à leur intention, ceux qui ont voulu estre les plus suhtils entre eux, ont trouvé ceste évasion pour esciiapper, c'est que la confession est descendue de droit divin, quant à sa substance : mais que depuis elle a pris sa forme du droit positif. En ceste manière ceux qui sont les plus ineptes entre les Légistes, ont accoustumé de référer la citation au droit divin : pourtant qu'il fat dit à Adam, Adam, où es-tu ? Pareillement, l'exception : pourtant (|u"Adam respcmdit comme se defendant, La femme que tu m'as donnée, etc. Neantmoins que la forme a estée donnée à tous les deux par le droit civil. Mais voyons par quels argumens ils prouvent que ceste confession, ou formée ou informe, soit commandée de Dieu. Nostre Seigneur, disent-ils, a envoyé les lépreux aux Prestres (Matth. 8, 4; Luc 3, 14: 17, 14). Quoy ? Les a-il envoyez à confesse ? Qui est-ce qui ouyt jamais parler que les prestres Levitiiiues fussent ordonnez pour ouyr les confessions ? Pourtant, ils ont recours aux allégories : et disent qu'il estoit institué [lar la f^oy Mosaïque, que les Prestres discernassent entre lèpre et lèpre (Levit. 14, 2), que péché est lèpre spirituelle, de la([uelle il appartient au Prestre de juger. Devant (pie respondre, je demande. Si par ce passage ils sont constituez juges de la leprc spirituelle, pourquoy tirent-ils à eux la cognoissance de la naturelle et charnelle ? N'estce pas bien se jouer des Escriturcs, de les tourner en ceste façon ? La Loy défère aux prestres Levitiques le jugement de la lèpre : prenons-le donc pour nous. Péché est lèpre spirituelle : soyons donc juges des péchez. Maintenant je respon, que la prestise translatée, il est nécessaire qu'il y ait translation de loy (Hebr. 7. 12). Or puis (lue toutes prestrises sont translatées à Jésus Christ, accomplies et cessées en luy : il faut (jue toute la dignité et prérogative de prestrise soit aussi translatée à luy. S'ils preimentsi grand plaisir à suyvre les allégories, qu'ils se proposent Christ pour seul Prestre, et qu'ils assemblent à son Siège toute jurisdiction : nous le souffrirons aisément. Davantage, l'allégorie est importune, qui mesle une loy purement civile en-
tre les cérémonies. Pourquoy donc Christ envoye-il aux Prestres les lépreux ? Afin que les l'restres n'eussentà calomnier qa'il violoit la loy, (pii commaiidoit que cduy (pii estoit guory de lèpre fust représenté devant le Prestre, et purgé [lar certaine oblation. il connnande aux lépreux lesquels il avoit guéris, de faire le contenu de la loy : Allez, dit-il, monstrez-vous aux Prestres : et oITrez le présent que Moyse a commandé en la loy, afin (jue ce leur soit en tesmoignage. Et vrayemcnt ce miracle leur devoit estre en tesmoignage. Ils les avoyent declairez estre lépreux: depuis ils prononcent (pi'ils sont guéris. Ne sont-ils pas contrains, vueillent-ils ou non d'estre tesmoins des miracles de Christ ? Christ leur permet son miracle à esprouver, ils ne le peuvent nier : mais pourtant qu'encore ils tergiversent, cest œuvre leur en est tesmoignage. En ceste manière il est dit en un autre lieu, Cest Evangile sera presché en tout le monde en tesmoignage à toutes gens (Mallli. 21, 14). Item, Vous serez menez devant les Rois et Princes en tesmoignage pour eux (Matth. 10,18): c'est à dire, afin qu'ils en soyent d'autant plus convaincus au jugement de Dieu. Que s'ils ayment mieux s'arrester <à l'authorité de Chrysostome, iceluy enseigne que Christ a fait cela à cause des Juifs, afin de n'estre estimé prévaricateur de la loy." Combien que j'ay honte d'amener le tesmoignage de quelque homme en une chose si claire : veu (pie Jésus Christ prononce qu'il laisse aux Prestres leur droit entier, tel qu'ils l'avoycnt par la loy, voire conune à ennemis mortels de son Evangile, lesquels espioyent tousjours occasion de mesdire, s'il ne leur eust fermé la bouche. Parcjuoy si les prestres de la papauté veulent se maintenir en telle possession, qu'ils se declairont ouvertement estre compagnons de ceux qui ont besoin d'estre reprimez par force, pour ne point blasphémer. Car ce que Jésus Christ laisse aux Prestres de la Loy, n'a[jpartient en rien à ses ministres de luy. 5. Ils tirent le second argument d'une mesme source, c'est assavoir d'allégorie : comme si les allégories avoyent grand" force à prouver quelque doctrine. Mais je veux bien qu'elles soyent suffisantes, si je ne monstre que je les pourroye prétendre avec plus grande couleur qu'ils ne font. Ils disent donc (jue nostre Seigneur commanda à ses dicipics, après que Lazare eust esté par luy ressuscité, ([u'ils le desliassent et desveloppassent (Jean 11, 44). Premièrement, ils mentent de cela : car il n'est dit nulle part que nostre Seigneur ait commandé cela à ses disciples. Et est beaucoup plus vray sembla'<le qu'il le dit aux Juifs là assistans, afin que sans quelque suspicion de fraude le miracle fust fait plus évident : et (jue sa vertu apparust plus grande, d'autant que sans attouchement, par sa seule parole il suscitoit les morts. Certainement
je l'enten ainsi : Que nostre Seigneur pour oster toute mauvaise susi)ioionaux Juifs, vouliil ([ii'eux niesmes levassent la pierre, sentissent la mauvaise odeur, apperceussentles certains indices de mort, qu'ils vissent Lazare ressusciter par la seule vertu de sa voix, et qu'ils le touchassent les premiers. Et telle est la sentence de Chrysoslome au sermon contre les Juifs, Payens et lieretiiiues. Mais concédons que cela ait esté dit aux disciples : que conclurrontils? diront-ils que la puissance de deslierait esté là donnée aux Apostres? Combien pourrons-nous plus clairement traiter ce lieu iiar allégorie, si nous disons (jue nostre Seigneur par ce a voulu enseigner ses fidèles de deslier ceux qui avoyent esté par luy ressuscitez ? c'est à dire, de ne réduire point eu mémoire les péchez qu'il auroil oublié, de ne condamner point pour pécheurs ceux qu'il auroit absous, de ne reprocher les choses qu'il auroit pardonnées, de n'estre point sévères et difficiles à punir, Là où il seroit miséricordieux, doux et bénin à pardonner ? Car de fait, il n'y a rien qui nous doive plus amollir à pardonner que l'exemple de celuy qui est nostre juge, qui menace .ceux qui auront esté trop rudes et austères de leur rendre la pareille. (Ju'ils voisent maintenant et lacent un bouclier de leurs allégories.
6. Ils coml)alent vm peu déplus près, en confermant leur dire par sentences de l'Escriture, lesquelles ils estiment manifestes: Ceux, disentils, qui venoyent au Baptesme de Jean confessoyent leurs péchez (Matth. 3, 6). Et sainct Jaques commande que nous confessions noz péchez les uns aux autres(Jaq. 5, 16). Je respon, que ce n'est point merveille si ceux qui vouloyent estre baptisez confessoyent leurs péchez : car il a esté dit auparavant, que Jean a prêché le Baptesme de pénitence, et a liaptizé d'eau en pénitence. Lesquels donc eust-il baptizé, sinon ceux qui se confessoyent pécheurs? Le Baptesme est un signe de la remission des péchez: lesquels seroyent admis à ce signe, sinons les pécheurs, et ceux qui se recognoissent tels? Ils confessoyent donc leurs péchez pour estre baptizez. Sainct Jaques ne commande pas sans cause que nous nous confessions les uns aux autres : mais s'ils consideroyent ce qui s'ensuit prochainement, ils trouveroyent que cela ne fait gueres pour eux. Confessez, dit-il, vos péchez l'un à l'autre, et priez les uns pour les autres. Ils conjoint ensemble oraison mutuelle et confession mutuelle. S'il se faut confesser aux prestres seulement, il faut prier pour eux seulement. Etmesmeils'ensuyvroitdesmots de sainct Jaques, qu'il n'y auroit que les prestres qui se peussent confesser. Car en voulant que nous nous confessions l'un à l'autre, il parle seulement à ceux qui peuvent ouyr la confession des autres. Car il dit Mutuellement, ou s'ils
ayment mieux. Réciproquement. Or nul ne se peut mutuellement confesser, sinon celuy qui oit la confesse de son compagnon. Lequel privilège ils concèdent seulement aux prestres. Pourtant suyvant leur sentence, nous leur laissons volontiers la charge de se confesser. Ostons donc tels fatras, et entendons le sens de l'Apostre qui est simple et manifeste: c'est assavoir que nous communiquions et descouvrions nos iidiiiiiitcz les uns aux autres, pour recevoir conseil, compassion et consolation mutuelle. Davantage, qu'ainsi cognoissans les infirmitez de nos frères, chacun de sa part prie Dieu pour icelles. Pourquoy donc alleguent-ils sainct Jaques contre nous, veu que nous requérons si instamment la confession delà miséricorde de Dieu, laquelle ne se peut confesser sinon de ceux qui premièrement ont confessé leur misère? Mesmé nous declairons que tous ceux qui ne se confessent devant Dieu, devant ses Anges, devant l'Eglise, brief, devant tous les hommes, sont maudits et damnez. Car Dieu a tout conclu souz péché, afin que toute bouche soit fermée, et toute chair soit humiliée devant luy : et que luv seul soit justifié et exalté, (Gai. 3. 22; Rom. 3, 9. 19).
7. Mesme je m'esmerveille de quelle hardiesse ils osent asseurer que la confession, de laquelle ils parlent soit de droit divin. De laquelle nous confessons bien que l'usage esttresancien: mais nous pouvons facilement prouver, qu'il a premièrement esté libre. Et de fait, leurs histoires recitent qu'il n'y en a eu aucune loy ou constitution devant le temps d'Innocence troisième. ^^ Certes s'il y eust eu loy plus ancienne, ils s'y fassent plustot attachez pour en ftiire leur profit, qu'en se contentant du décret faict au concile de Sainct Jean de Lateran, se rendre ridicules jusqu'aux petis enfans, comme ils ont fait. Ils ne se feignent point aux autres choses de forger des faux décrets et supposez, et faire à croire qu'ils ont esté establisparles premiers conciles, afin d'esblouir les yeux des simples par l'ancienneté. Il ne leur est point venu en mémoire de faire le semblable en cest endroict. Parquoy ils sont contrains d'estre eux mesmes tesmoins qu'il n'y a point encore trois cens ans qu'Innocence troisième a bridé l'Eglise, luy proposant la nécessité de se confesser. Encore que nous laissions là le temps, la seule barbarie des mots monstre que la loy ne mérite nulle révérence. Il est là commandé que quiconque sera de deux sexes confesse ses péchez, pour le moins une fois l'an à son propre prestre. Dont il s'ensuyvroit que nul, sinon qu'il fust homme et femme, ne seroit point tenu à se confesser. Il s'est descouvert encore une sottise plus lourde en leurs successeurs, lesquels n'ont seu comprendre que vouloit dire proprement Prestre. Quoy que tous les advocats et procureurs