‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 289 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

luy confessions pour en obtenir grarc et pardon, C'est le médecin : monstrons luy donc nos playes. C'est celuy qui a esté oITensé et blessé : demandons luy donc mercy et paix. C'est celuy qui cognoist les cœurs, et voit toutes les pensées : ouvrons donc nos cœurs devant luy. C'est celuy qui appelle les pécheurs : retirons nous donc par devers luy. Je t'ay donné à cognoistre mon péché, dit David, et n'ay pas caché mon iniquité. J'ay dit, .le confesseray à rencontre de moy mon injustice aa Seigneur : et tu m'as jiardonné l'iniquité de mon cœur (Ps. 32, 5). Telle est une autre confession de David mesme, Ave pitié de moy. Seigneur selon ta grande miseï icorde (Ps. oi, 1—3). Telle est pareillement celle de Daniel : Nous avons péché, Seigneur, nous avons fait perversement, nous avons commis impieté, et avons esté rebelles en reculant de tes commandemens (Daniel 9, 5). Il y en a assez d'autres semblables qui se voyent en l'Escriture, et lesquelles pourroyent remplir un volume. Si nous confessons nos péchez (dit sainct Jean) le Seigneur est tidele pour les nous pardonner (1 Jean 1, 9). A ((ui les confesserons nous? A luy certes : c'est à dire, si d'un cœur affligé et humilié nous nous prosternons devant luy : si en vraye sincérité nous accusans et condamnans devant sa face, nous demandons estre absous par sa ])onté et miséricorde.

10. Quiconques fera de ca^ur et devant Dieu ceste confession, il aura sans doute aussi la langue preste à confession, quand mestier sera d'annoncer entre les hommes la miséricorde de Dieu : et non seulement pour descouvrir le secret de son cœur à un seul une fois, et en l'aureille, mais pour declairer librement tant sa povreté (jue la gloire de Dieu par plusieurs fois, publiquement et tout le monde oyant. En ceste manière David, après avoir esté redargué de Nathan, estant piqué d'un aiguillon de conscience, confessa son péché et devant Dieu et devant les hommes. J'ay péché, dit-il, contre le Seigneur (2 Sam. 12, 13) : c'est à dire, .le ne me veux plus excuser ne tergiverser, que chacun ne me juge pécheur: et que ce que j'ay voulu estre caché à Dieu, ne soit mesmes manifesté aux hommes. De ceste confession secrette qui se fait h Dieu, provient aussi que le pécheur se confesse volontairement devant les hommes, toutes fois et (|uantes qu'il est expédient de ce faire, ou pour s'humilier, ou pour donner gloire à Dieu. Et pour ceste cause nostre Seigneur avoit anciennement ordonné en la Loy, que tout le peuple se confessast publiquement au temple par la bouche du Prestre (Lev. 16, 21). Car il prevoyoit bien que ce seroit bien une tresbonne aide pour induire un chacun à droilement recognoistre ses fautes. Et aussi c'est bien raison qu'en confessant nostre misère, nous magnifions entre nous et devant tout le monde, la miséricorde de Dieu.

11. Or comme ainsi soit que ceste espèce de confession doyve estre ordinaire en l'Eglise, il est bon d'en user spécialement encore outre la coustume, s'il advient que tout le peuple ait commis une faute commune, tellement que tous soyent coulpables devaiU Dieu. Et de cela nous en avons exemple en la confession solennelle que iil le peuple parle conseil et l'instance d'Esdras et Nehemias (Nehem. 1, 7). Car puis (|ue la captivité qu'ils avoyent long temps endurée, la destruction de la ville et du temple, et la dissipation du service de Dieu avoit esté une verge comnmne pour punir les fautes de tous, ils ne pou voyent pas bien cognoistre le bénéfice de leur délivrance, sinon en confessant en premier lieu leurs fautes. Et ne peut chaloir si quelque fois en une église aucuns sont innocens. Car puis qu'ils sont membres d'un corps languissant et mal disposé, ils ne se doyvent point vanter d'estre sains : mesme il ne se peut faire qu'ils ne soyent entachez de quelque contagion, pour estre aucunement coulpables. Parquoy toutes fois et quantes que nous sommes affligez, ou de peste, ou de guerre, ou de stérilité, ou de quelque adversité, nostre offlce seroit de courir à pleur et à jusne, et à autres tesmoignages d'humilité: et principalement à la confession, de laquelle tout le reste dépend. Touchant de la confession ordinaire qui se fait en commun de tout le peuple, outre ce qu'elle est approuvée par la bouche de Dieu, nul de sens rassis ne la mesprisera, en considérant quelle utilité elle emporte. Car puis qu'en toute assemblée que nous faisons au temple, nous nous presenton.s devant Dieu et ses Anges: par où pouvons-nous mieux commencer, que par la recognoissance de nostre indignité ? Quelcun me répliquera, que cela se fait en toutes prières, d'autant que nous confessons tousjours nos péchez en priant. Guy bien : mais si on regarde quelle est nostre nonchalance et pesanteur, nul ne pourra nier que ce ne soit une saincte ordonnance et utile, d'admonnester expressément le peuple Chrestien par un acte spécial, qu'il ait à s'humilier. Car combien que la cérémonie que Dieu a commandée au peuple d'Israël, fust une portion des rudimens de la Loy, neantmoins la chose nous appartient aucunement. Et de fait, nous voyons que les églises bien reiglées ont ceste coustume, que chacun Dimanche le ministre prononce une confession tant en son nom qu'en celuy du peuple, pour rendre coulpable toute la compagnie devant Dieu, et demander mercy; et que cela ne se fait point sans fruit. Mesme cela sert d'une clef pour ouvrir la porte à prier tant en gênerai qu'en particulier.

12. Davantage, l'Escriture nous recommande deux autres espèces de confession particulière: l'une, qui se face pour nous : à quoy tend le dire de sainct Jafiues, que nous confessions nos

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