CHAPITRE IV
péchez l'uu à l'autre (Jaq. 5, 16). Car il entend que declairans nos infirniitez les uns aux autres nous nous aiiJious nuituelleinent de conseil et consolation. I/autn'. qui se lace pour l'amour de iiostre prochain, le(|uel auroit esté olîensé par nostrc faute, pour le reconcilier, et appaiser. Quant est de la première espèce, eondtien (pie l'Escriture, en ne nous assignant personne auquel nous nous deschargions, nous laisse la liberté de choisir d'entre les lideles (jui hon nous sendilera pour nous confesser a luy: toutesfois pource (pie les pasteurs doyvent estre par dessus les autres projtres à cela, c'est le meilleur de nous adresser plustost à eux. Or je dy ([uils sont idoines par dessus les autres, d'autant que du devoir de leur office ils sont constituez de Dieu, pour nous instruire comment nous devons veincre et corriger le péché, et pour nous certifier de la bonté de Dieu, afin de nous consoler. Car combien que l'ofllce d'admonnester nuituellement les uns les autres, soit commun à tous Chrestiens, toutesfois il est spécialement enjoint aux ministres. Et iiourlant. tout ainsi que nous devons nous consoler les uns les autres un chacun en son endroit: aussi d'autrepart nous voyons que les ministres sont ordonnez de Dieu comme tesmoins et quasi comme pleiges, pour certifier les consciences de la rémission des péchez: tellement qu'il est dit (|u"ils remettent les péchez, et deslient les âmes (.Matth. 10, l'J : 18, 18: Jean 20, 23). Quand nous voyons que cela leur est attribué, pensons que c'est à nostre profit. Pourtant (|u'un chacun fidèle, quand il se trouvera angoissé en son cœur pour le remord de ses péchez, en sorte qu'il ne puisse se résoudre pour estre en repos, sinon qu'il ait quel(|uc aide d'ailleurs, qu'il se souvienne ifuser de ce remède comme il luy est offert de Dieu: assavoir, qu'il se descouvre premièrement à son pasteur pour estre soulagé, entant que l'office d'iceluy est de consoler le peuple lie Dieu par la doctrine de l'Evangile, tant en public qu'en particulier. Mais il se faut tousjours donner garde, (jue la où Dieu n'a point imposé de loy, les consciences ne soyent astreintes ci certain joug. Dont il s'ensuit que telle forme de confession doit estre en liberté, tellement que nul n'y soit contraint: mais seulement qu'on remonstre a ceux (\u\ en auront besoin, qu'ils en usent comme d'une aide utile. Secondement, il s'ensuit que ceux qui en usent librement pour leur nécessité, ne doyvent estre contrains par commandement, ny induits par astuces à raconter tous leurs péchez; mais seulement entant qu'ils jugeront estre expédient, pour en rapporter une vraye allégeance. Les bons et fiiieles pasteurs doyvent non seulement laisser l'Eglise en ceste liberté, mais aussi la maintenir de tout leur pouvoir, s'ils veulent conserver leur ministère en pureté sans tyran-
nie, et empescher que le peuple ne vienne en sujierstition.
i;{. S'cnsuyt la seconde espèce de confession particulière, de laciuelle parle nostre Seigneur en .sainct Matthieu, ([uand il dit. Si tu offres ton saciifice à l'autel, et qu'il te souvienne là que ton frère ait olfensé contre toy : laisse là ton sacrifice, et t'en va, et te reconcilie à ton frère liremierement, et puis tu feras ton olïerte (Matth. o, -2'.]. -2'h}. Car voila conune il faut rejoindre la charité qui auroit esté dissoute par nostre faute : assavoir en confessant que nous avons failly, et demandant pardon. Sous ce genre aussi est comprinse la confession publique des penitens, qui ont commis queh|ue scandale notoire en l'Eglise. Car si nostre Seigneur Jésus estime tant l'otlense privée d'un seul homme, qu'il rejette de l'autel celuy qui aura offensé son frère, jusques à ce qu'il l'ait contenté, et ait fait son appointement avec luy, n'y a-il point plus grande raisKU, que celuy qui a blessé l'Eglise par ([uelque mauvais exemple, se reconcilie avec icelle, en recognoissant sa faute? En telle manière l'inceste de Corinthe fut receu enlacouanunion des fidele.s, après s'estre humblement submis à la correction {"2 Cor. 2, (i). Ceste forme a duré tousjours en l'Eglise ancienne, comme sainct Cyprien en fait mention. Car en parlant des pécheurs publiques: Us font, dit-il, pénitence par certain temps : puis ils viennent confesser leur péché, et sont receus en la communion avec imposition des mains de l'Evesque et du Clergé. On ne trouve en l'Escriture autre manière ne façon de confesse que celle-là. Et ce n'est point à nous de lier ou astreindre les consciences de nouveaux liens, puis que Jésus Christ défend estroitement de les tenir en servitude. Au reste, tant s'en faut que je résiste que les brebis ne se présentent à leur pasteur, quand il est question de venir à la Cène, que je voudroye bien que ceste coustume s'oLservast I)ar tout. Car ceux qui ont la conscience empeschée, peuvent user de ceste opportunité pour se consoler: et le Pasteur a entrée et moyen d'admonnester ceux qui en ont besoin, moyennant que tousjours on se garde bien de tyrannie et de superstition.
14. En tous ces trois genres de confession, la puissance des clefs a lieu; assavoir quand l'Eglise demande pardon à Dieu avec recognoissance solennelle de ses péchez : ou bien quand un lionnne particulier, (|ui a commis une faute scandaleuse au détriment de l'Eglise, rend tesmoignage de sa pénitence: ou bien quand celuy qui a m'esticr de conseil et de la consolation de son mmistre, d'autant qu'il est agité en sa conscience, luy descouvre son infirmité. Quant est de réparer les otfenses et appointer avec son prochain, la raison e.st diverse. Car combien que cela tende aussi à appaiser les consciences,