‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 291 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

toutesfois le principal but est, que les haynes estans abolies, les cœurs soient unis en bonne paix. Combien que l'autre fruict ne soit point à nicspriser, afin (lue chacun soit tant {)lus enclin à confesser franchement ses fautes. Car quand toute l'Eglise se présente comme devant le siège judicial de Dieu, se rendant coulpable et confessant ses démérites, et protestant d'avoir son seul recours à la miséricorde de Dieu, ce ne luy est pas une petite consolation d'avoir là l'ambassadeur de Jesus-Christ présent, lequel ait charge de l'absoudre, et qu'il luy dénonce fiu'il l'absout au nom de son Maistre, et par l'authorité d'iceluy, suyvant le mandement qui luy est donné. Et en cela nous voyons que vaut l'usage des clefs, et quelle utilité nous en recevons, quand ceste ambassade de reconciliation se fait avec telle révérence et ordre qu'il appartient. Semblablement, quand celuy qui s'estoit aliéné de l'Eglise est receu en union fraternelle, et obtient pardon de l'Eglise: ne luy est-ce pas un grand bien, quand il void qu'il obtient pardon de ceux auxquels Jésus (Christ a dit, Ce que vous aurez deslié et remis en terre, sera deslié et remis au ciel (Matth. 18, 18; Jean 20, 2;î)? Semblablement l'absolution particulière n'a pas moins d'efficace et n'est pas moins fructueuse, quand ceux qui ont Ijesoin de confirmation en leurs consciences en usent. Car il advient quelque fois qu'un homme qui aura ouy les promesses générales de Dieu, qui s'adressent à toute l'Eglise, ne sera pas neantmoins résolu en soy, mais sera encore en suspens, demeurant incertain de la remission de ses péchez: mais s'il s'en va à son Pasteur, et qu'il luy dénonce secrettement son mal, et que le Pasteur adressant sa paroUe à luy, l'asseure comme luy appliquant en particulier la doctrine générale, il sera droitement certifié, là où auparavant il estoit en doute: et sera deli\Té de tout scrupule, pour estre en repos de conscience. Toutesfois quand il est question de traiter de la puissance des clefs, il se faut tousjours garder d'imaginer quelque puissance qui soit donnée à l'Eglise, la- (luelle soit séparée de la prédication de l'Evangile. Il nous conviendra declairer ce point ailleurs plus au long, quand nous parlerons du régime de l'Eglise : et là nous verrons (jue tout ce que Dieu a donné d'authorité pour lier et deslier, est attaché à la Parolle. Ceste sentence toutesfois se doit notamment appliquer au ministère des clefs, dont il est à présent question. Car il gist du tout en cela, que la grâce de l'Evangile soit confermée et quasi scellée tant en public qu'en particulier, par ceux que* Dieu a ordonnez en cest office, ce qui ne se peut autrement faire que par la seule prédication.

lo. Les théologiens Papistes, quoy? Ils ordonnent que tous ceux qui sont des deux sexes, incontinent qu'ils seront parvenus en

aage de discrétion, confessent à tout le moins une fois l'an tous. leurs péchez à leurs propres Curez : et que le péché n'est pas remis, sinon à ceux qui ont ferme propos de se confesser. '^^ Lequel propos s'il n'est accomply quand l'occasion est présentée, il ne reste plus d'entrée en Paradis. Outre, ((uc le prestre a la puissance des clefs pour lier ou deslier le pécheur: d'autant que la parolle de Christ ne peut estre vaine, par laciuelle il a dit qnc ce qu'ils auront lié en terre sera lié au ciel, etc. Or ils se combatent entre eux de ceste puissance, Les uns disent qu'il n'y a ([u'une clef essentiellement: c'est assavoir la puissance de lier et deslier: que la science est bien requise pour le bon usage, mais (|u'ellc n'est que comme un accessoire, et non pas de l'essence. Les autres voyans que ceste licence estoit trop desordonnée, ont annombré deux clefs. Discrétion et Puissance. Les autres voyans que par ceste modération la témérité des prestres estoit refrénée, ont forgé nouvelles clefs, c'est assavoir authorité de discerner (de laquelle ils usent en donnant sentences diffinitives) et puissance (de laquelle ils usent en exécutant leurs sentences) et ont adjoint la science, comme un conseillier. Ils n'osent pas simplement interpréter, que lier et deslior soit remettre et elTacer les péchez, pourtant qu'ils oyent le Seigneur dénonçant par son Prophète : Ce suis-je, ce suis-je moy qui efl'ace tes iniquitez, Israël: ce suis-je, et n'y a autre que moy (Is. 43, 11. 25). Mais ils disent que c'est atfaire au prestre de prononcer lesquels sont liez ou desliez, et declairer desquels les péchez sont retenus ou remis: et que le prestre fait ceste déclaration ou en la confession, quand il absout ou retient les péchez: ou par sentence, quand il excommunie ou absout d'excommunication. Finalement, voyans qu'ils ne se peuvent encore despescher que tousjours on ne leur objecte, que ceux qui sont indignes souventesfois sont liez ou desliez par leurs prestres, lesquels pourtant ne sont pas liez ne desHez au ciel: pour leur dernier refuge ils respondent ((u'il faut prendre le don des clefs avec certaine limitation : c'est que Christ a promis que la sentence du prestre justement prononcée, selon que requeroyent les mérites de celuy qu'on lie ou deslie, sera approuvée de luy au ciel. Outreplus, que ces clefs ont esté données par Christ à tous les prestres, lesquelles leur sont conférées desEvesques en leur promotion: mais que l'usage en appartient seulement à ceux qui sont en offices Ecclésiastiques. Et par ainsi que lesdites clefs demeurent tousjours aux excommuniez et suspendus, mais enrouillées et empestrées. Et ceux qui disent ces choses, pourroyent estre veuz sobres et modestes au pris des autres, qui sur une nouvelle forge ont fait nouvelles clefs : sous lesquelles ils disent que le thre-

CHAPITRK IV

sor (le l'E^'lisc est enfermé, lequel nous espluclierons cy après.

1(3. Je respoMiiray brièvement à tous ces poincts, laissant luutesluis pour le présent a dire quel droit ou quelle injure ils assubjettissent à leurs loix les âmes des fidèles : car cela sera considéré en son lieu. Mais tuuchant ce ([uils inqiûsent loy de nombrer tous les péchez, et (piils nient (jue les péchez soyent remis sinon qu'on ait terme propos de se confesser: (pi'aussi ils disent, lentrce de Paradis estre fermée à ceux qui ont laissé passer par mespris l'occasion de se confesser, cela ne se doit nullement suulïrir. Car comment entendent-ils (lu'ou puisse nombrer tous ses péchez, veu que David, lequel comme j'estime, avoit tresbien prémédité la confession de ses péchez, ne pouvait neanlmoins autre chose faire sinon crier, Qui comprendra ses fautes? Seigneur purgernoy de mes maux occultes (Ps. 19. 13). Et en un autre lieu. Mes iuiiiuitez ont outrepassé ma teste, et comme un pesant ftirdeau ont surmonté mes forces (Ps. 38, o). Certainement il eutendoit combien estoit grande l'abysme de nos pecliez, et combien d'espèces de crimes il y a en l'homme : combien de testes porte ce monstre de péché, et combien longue (pieue il tire après soy. Il ne se metloit point donc à en faire un récit entier: mais du profond de ses maux, il crioit à Dieu, .le suis accablé, ensevely, sulfoqué, les portes d'enfer m'ont circuy: (|ue ta dextre me tire hors de ce puits auquel je suis noyé, et de ceste mort en laquelle je defaux. Qui sera maintenant celuy qui pensera tenir le conte de ses pecliez, (piand il void David ne pouvoir trouver le nombre des siens?

17. Par ceste géhenne ont esté cruellement tourmentées les consciences de ceux (pii estoyent touchez de quelques sens de Dieu. Premièrement ils vouloyent venir à conte : et pour ce faire ils distinguoyent les péchez en bras, branches, rameaux et fueilles, selon les distinctions des docteurs confessionnaires : après ils pesoyent les ipialitez, rpiantitez et circonstances. La chose leur procedoit au commencement assez bien: mais quand ils estoyent entrez un peu plus avant, ils ne voyoyent plus que ciel et mer, sans trouver ([uelque port ne station. El. d'autant plus (|u'ils venoyent en avant, d'autant plus le nombre croissoit : mesme il s'eslevait «levant leurs yeux comme des hautes montagnes, qui leur osloyent la veue, et n'apparoissent aucune espérance d'en pouvoir à la fin sortir. Ils demeuroyent donc en ceste angoisse, et ne trouvoyent finalement autre issue que desespoir. Adonc ces bourreaux inhumains, pour guérir les playes qu'ils avoyent faites ont apporté un remède, c'est assavoir que chacun fist ce qui seroit en soy. Mais encore nouvelles solicitudes poignoyent, ou plustost nouveaux

tourmens escorchoyent les po\Tes âmes, quand ces pensées leur venoyent au devant: Je n'y ay pas assez mis de tenqis: je n'y ai pas colloque mon estude deueiacnt. J'ay omis une partie par nonchalance, et l'oubliance qui provient île négligence n'est pas excusable. Us adjoustoyenl d'autres remèdes pour adoucir ces maux: Fay pénitence de ta négligence : si elle n'est trop grande, elle te sera pardonnée, Mais toutes ces choses ne peuvent fermer la playe, et ne sont pas tiint remetles pour adoucir le mal. (lue venins arrouscz de miel, afin de n'olTcnser point trop par leur rudesse le premier goust, ains tronq)er, et entrer aux parties cordiales devant qu'estre senluz. Geste voix terrible donc presse tousjours et tonne aux oreilles. Confesse tous tes péchez: et ne s'en peut l'horreur appaiser, sinon par certaine consolation. Que les lecteurs pensent icy, assavoir s'il est possible de rendre conte au bout de l'an de tout ce qu'on a fait, et raconter les fautes qu'on a commis chacun jour. Car l'expérience nous tient convaincus que s'il faut espluchcr au soir les fautes (|ue nous avons commis chacun jour, la mémoire y est confuse: telle variété se présente. Je ne parle point de ces hypocrites hebetez qui cuident s'estre tresbien ac{iuité, ayans noté trois ou quatre gros forfaits qu'ils aiu'ont commis: mais des vrais serviteurs de Dieu, lesquels après avoir fait droit examen de leurs fautes, se voyans accablez passent encore plus outre, et concluent avec sainct Jean, Si nostre cœur nous argue. Dieu est encore plus grand que nostre cœur (1 Jean 3, :20). Pouquoy ils trendjlent au regard de ce grand Juge, duquel la cognoissance surmonte <le beaucoup nos sens.

18. Et ce qu'une grande partie du monde a acquiescé à tels amiellemens, desquels un venin si mortel estoit adoucy, cela ne s'est point fait pourtant que les hommes pensassent Dieu estre satisfait, ou qu'ils se contentassent eux-mesmes. Mais comme les nautonniers fichant l'anchre au milieu de la mer, se reposent du travail de leur navigation : ou comme un pèlerin lassé ou deffaillant se sied au milieu de la voye pour reposer: en telle manière ils prenoyent ce repos, combien qu'il ne leur fust sufiisant. Je ne metlray pas grand peine à monstrer cela estre vray, chacun s'en peut estre tesmoin en soy-mesme : mais je diray en somme quelle a esté ceste loy. Premièrement, elle est sinqjlement impossible : parquoy elle ne peut ([ue perdre, damner, confondre, jetter en ruine et desespoir. Davantage, ayant destourné les pécheurs du vray sentiment de leurs péchez, elle les fait hypocrites et ignorans de Dieu et d'eux-mesmes. Car en s'occupant du tout au dénombrement de leurs péchez, cependant ils oublient le secret abysme de vice qu'ils ont au profond du cœur, leius iniquitez

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