LIVRE III
intérieures et ordures cachées, par la cognolssance de quoy principalement ils avoyent à reputer leur misère. Aucontraire, c'estoit la droite reigle de confession, de confesser et recognoistre un tel abysme de mal en nous, qui surmonte mesme nnstre sens. Do la(iuelle forme nous voyons la confession du Publicain estre composée : Seigneur, soys propice à moy qui suis pécheur (Luc 18, 13): comme s'il disoit, Tout ce qui est en moy n'est autre chose que péché, tellement que ma pensée ne ma langue n'en peut comprendre la grandeur ; que l'abysme donc de ta miséricorde engloutisse l'abysme de mes pecliez. Quoy donc ? dira icy quelcun, ne faut-il pas confesser chacun péché? N'y a-il donc confession aggreable à Dieu, sinon celle qui est enclose en ces trois mots. Je suis pécheur? Je respon, que plustost il nous faut estudier d'exposer, d'autant qu'il est en nous, tout nostre cœur devant Dieu : et non pas seulement de nous confesser pécheurs, mais pour nous reputer véritablement tels, de recognoistre de toute nostre cogitation combien est grande et diverse lordure de nos péchez : de non pas seulement nous recognoistre immondes, mais de reputer quelle est nostre immondicité, et combien grande et en comliien de parties : de non pas seulement nous recognoistre detteui\s, mais reputer de combien de dettes nous sommes chargez et oppressez : de non pas seulement nous recognoistre blessez, mais de combien et grievcs et mortelles playes nous sommes navrez. Neantmoins quand un pécheur se sera descouvert à Dieu en teUe cognoissance : encores faut-il f|u'il pense pour vray, et qu'en syncerité il juge que beaucoup plus de maux luy restent qu'il ne peut estimer: et que la profondité de sa misère est telle, qu'il ne la sauroit bien esplucher, n'en trouver la fin. Et pourtant qu'il s'escrie avec David, Qui entendra ses fautes ? Seigneur purge - moy de mes maux occultes (Ps. 19, 13). Outreplus, en ce qu'ils afferment les péchez n'eslre point remis, sinon sous condition qu'on ait certain propos de se confesser, et que la porte de Paradis est close à ceux qui en auront omis l'opportunité : ja n'advienne que nous leur accordions ce poinct : car la remission des péchez n'est pas maintenant autre qu'elle a tousjours esté. Tous ceux que nous lisons avoir obtenu de Christ la reiuission de leurs péchez, ne sont pas dits s'estre confessez à l'aureille de quelque messire Jean. Et certes ils ne se pouvoyent confesser, veu qu'il n'y avoit lors ne confesseurs, ne confession mesme : et encores longues années après a esté ceste confession incogneue, auquel temps les péchez ont esté remis sans la condition qu'ils requièrent. Mais afin que nous ne disputions comme d'une chose douteuse, la paroUe de Dieu, laquelle demeure éternellement, est ma-
nifeste : Toutes les fois que le pécheur se repentira, j'oublieray toutes ses ini(iuitez (Ezech. 18, 21). Geluy qui ose adjouster a ceste parolle ne lie pas les péchez, mais la miséricorde de Dieu. Car ce qu'ils allèguent, qu'on ne peut pas assoir jugement sinon que la cause soit cogneue, et pourtant qu'un prestre ne peut absoudre devant que d'avoir entendu le mal : la solution est facile, que ceux qui se sont créez juges d'eux-mesmes, usurpent témérairement ceste authorité. Et c'est merveiUe comment ils usent de telle présomption à se forger des principes, lesquels nul de sain jugement ne leur accordera. Ils se vantent que la charge leur est donnée de lier et deslier.Voire, comme si c'estoit une jurisdiction qui s'exerçast par forme de procès. Or que ce droit qu'ils prétendent ait esté incogneu aux Apostres, toute leur doctrine en crie haut et clair. Et de fait il n'appartient point à un prestre de savoir pour certain si le pécheur est absùux : mais a celuy du(|uel il faut demander l'absolution, assavoir a Dieu : veu que celuy qui oit ne pouiTa jamais savoir si la confession est deuement faite. Parquoy l'absolution seroit nulle, sinon qu'elle fust restrainte aux paroles de celuy qui se confesse. Il y a encore plus, que toute la vertu d'absoudre gist en la foy et repentance de celuy qui demande pardon. Or ces deux choses ne peuvent estre cogneues à mi homme mortel, pour en donner sentence. 11 s'ensuit donc que la certitude de lier et desHer n'est point subjette a la cognoissance d'un juge terrien; tellement qu'un ministre de la Parolle en exécutant deuement son office ne peut absoudre que conditionuellement : mais que ceste sentence est prononcée en faveur des povrcs pécheurs : Ce que vous aurez remis en terre, sera remis au ciel, afin qu'ils ne doutent point que la grâce qui leur est promise par le commandement de Dieu, sera ratifiée au ciel.
19. Ce n'est pas donc de merveilles si nous rejettons ceste confession auriculaire : chose si pestilente, et en tant de manière pernicieuse à l'Eglise. Et mesme quand ce seroit une chose inditrerente, toutesfois ^eu qu'elle n'apporte aucun fruit ny utilité, au contraire a esté cause de tant d'erreurs, sacrilèges etimpietez, qui sera celuy qui ne dise qu'elle doit estre abolie ? Bien est vray qu'ils racontent aucuns profits lesquels ils disent en provenir, et les font valoir le plus qu'ils peuvent : mais ils sont tous ou controuvez ou frivoles. Ils en oiU un en singulière recommandation par dessus les autres : c'est assavoir que la honte de celuy qui se confesse est une grieve peine par laquelle il est fait plus advisé pour le temps advenir, et prévient la vengeance de Dieu en se punissant soy-mesme. Comme si nous ne confondions point l'homme d'une assez grand' honte, quand nous l'appelions à ce haut siège céleste, et au jugement de Dieu : et comme