CHAPITRE IV
si c'estoil beaucoup profité, quand pour honte d'un lioinnie nous laissons de peelier, n'ayans honte aucune d'avoir Dieu tesmoin de nostre mauvaise conscience. (Combien (pie leur dire mesme soit trestaux. Car on voit comnunieuient à l'ieil, (|U(' les lionimes ne s'accpiierent si grande hardiesse ne licence de nial-iaire d'autre chose, sinon quand ayans tait leur confession au prestre, ils estiment (ju'ils peuvent torcher leur bouche, et dire cpi'ils n'ont rien l'ait. El non seulement sont faits plus haniiz à peciier tout au long de l'an, mais ne se soucians de confession pour le reste de l'année, ne souspirans point a Dieu, jamais ne reviennent à se considérer en eux-mesmes : mais assemblent péchez sus péchez, jusqu'à ce (pie. conunr il k'ur est advis, ils les desgorgent tous ensemble une fois. Or quand il les ont desgorgez, ils se pensent bien estre deschargez de leur fardeau, et avoir osté le jugement de Dieu, lequel ils ont donné et tran'«;feré au prestre : et cuident avoir fait ([ue Dieu ait oublié ce (ju'ils ont fait cognoistre au prestre. Davantage, (jui est celuy (pii de bon courage a oit approcher le jour de confesse ? Qui est ceiuy qui y va d'un franc cœur / et non plustost comme si on le tiroiten prison par le collet, y vient maugré son cœur et par force ? Fors possible les prestres, (jui se délectent joyeusement de reciter leurs laits les uns aux autres, comme de faire plaisans contes. Je ne souilleray beaucoup de papier à reciter les horribles abominations des(iuelles est pleine la confession auriculaire : seulement je dy : Si le sainct homme Xectarius (duipiel nous avons cy dessus parlé) ne fit pas inconsidérément en ostant de son Eglise ceste confession, ou plustost l'abolissant de toute mémoire, pour un seul bruit de paillardisL ; nous sommes aujourdhuy assez advertiz d'en faire autant, pour les infinis macquerelages, paillardises, adultères et incestes {\m en procèdent.
20. Ce qu'ils mettent en avant la puissance des clefs, et qu'en icelles ils coUoquent toute la force de leur règne, nous avons à voir que cela vaut. Les clefs donc, disent-ils, auroyeut-elles esté données sans cause ? Auroit-il sans cause osté dit, Tout ce que vous aurez deslié sur terre, sera deslié au ciel (Matth. 18, 18)? Uendonsnous donc la parolle de Christ frustratoire ? Je respon qu'il y a eu assez grand'cause jtourquoy les clefs furent données: comme j'ay desja monstre n'agueres en partie, et sera encore mieux exposé en traitant de l'excommunication. Mais (pie sera-ce, si d'un seul cousteau je couppe la broche à toutes telles demandes, niant que leurs preslres soyent vicaires ne suscesseurs des Apostres ? Toutestois ce poinct sera encore traité ailleurs. Maintenant de ce dont ils se veulent bien munir, ils dressent une machine pour renverser toutes leurs forteres-
ses. Car Christ n'a pas ottioyé à ses Apostres la puissance de lier et soudre, devant ([ue leur avoir eslargy le sainct Esprit. Je nie donc (pie la puissance des clefs co miiete a aucun, sinon a celuy (lui a receu le sainct Esprit : et nie que quelcun puisse user des clefs, sinon (jue legouvernemenl et conduite du sainct Esprit précède, et enseigne ce qui est de faire. Ils se vantent d'avoir le sainct Es[)rit, mais par leurs faits ils le nient. Si ce n'est d'aventure (ju'ils songent le sainct Esprit estre une chose vaine et de néant, comme ils veulent taire accroire: mais on ne leur adjousiera i)oiiit de foy. Par ceste machine ils sont du tout subvertis. Car de (luelques huis qu'ils se vantent a.voir la clef, nous avons tousjours à les interroguer: assavoir, s'ils ont le sainct Esprit, qui est directeur et modérateur d(!s clefs. S'ils respondent qu'ils l'ont: il leur faut derechef demander, si le sainct Esprit peut faillir. (]e (pi'ils n'oseront a|K'iteriieiit confesser, combien que par leur doctrine (-ouvertement ils le confessent. 11 laudra donc conclurre, (|ue nuls iiresircs n'ont la puissance des clefs, lesquels témérairement et sans discrétion lient ceux que nostre Seigneur vouloit estre délivrez, et délivrent ceux (pi'il \(uiloit estre liez.
21. Quand ils se voyeut conveincus par expérience évidente, (pi'ils lient et deslient indifféremment les dignes et indignes: ils s'attribuent la puissance sans science. Et combien qu'ils n'osent nier que la science ne soitre(piise à bon usage, toutestois ils enseignent que la puissance est aussi bien baillée aux mauvais dispensateurs. Mais puis (jue la puissance est telle: Ce que tu auras lié ou deslié enterre, sera lié et deslié es cieux: il faut (pie la promesse de Jésus Christ mente, ou que ceux (jui sont constituez en ceste puisssance lient et deslient comme ils doyvcnt. Et ne peuvent tergiverser, disans que la promesse de Christ est limitée selon les mérites de celuy qui est lié ou absoux. Nous certes aussi bien de nostre part confessons que nul no ])eut estre lié ou absoux, sinon celuy (jui en est digne. Mais les messagers de l'Evangile et l'Eglise ont la Parolle pour mesurer ceste dignité. C'est par ceste parolle (pie les messagers Evangcli(pies peuvent |)roinettre à tous la remission des pochez en Christ par foy, et peuvent dénoncer damnation à tous, et sur tous ceux qui n'auront embrassé Christ. En icelle parolle ri*]glise prononce que tous scortateurs, adultères, larrons, homicides, Lvaricieux, ini(pies, n'ont nulle i)arl au royaume de Dieu (1 Cor. 0, 9. 10), et les estreind detreslbrts liens. En icelle mesme parolle elle deslié ceux lesquels retournans à pénitence elle console. Mais quelle sera cette puissance, de ne savoir ce qui est à lier ou deslier, veu qu'on ne peut lier ou deslier, si on ne le sait ? Pourquoi donc