CHAPITRE IV
tours anciens exhortent les pecheiirs de confesser leurs fautes à leurs pasteurs, afin d'en eslre allci^ez: ce n"es( pas qu'ils les contnii- •inent à en faire un tieunnibrenient: ce (pii n'estoit pas pour lors en usajie. Davantage, le Maistre des sentences et ses sendilaMes ont esté si pervers. (|uil semble cpie ilu tout de propos délibéré ils se soyent addonnez à livres supposez et bastards pour en faire couverture à décevoir les simples. C'est bien fait à eux de confesser, d'autant que l'absolution accompagne tousjours [lenitence, qu'a parler proprement, le lien de lamnan'on est rn!ii|iu quand le piM'Iieur est touclie au vif, condiien (pi'il ne se suit point encore confessé : et pourt<int que lors le prestre ne remet |)as tant les péchez, (pi'il les prononce et declaire estre remis. Combien (ju'en ce mot de Dedairer, ils introduisent oblicpiement un mauvais erreur: c'est de supposer la cérémonie, de faire une croix sur le dos, au lieu de la doctrine. Quant à ce qu'ils adjoustent, (jue celuy qui avoit desja obtenu pardon devant Dieu, est absoux en la face de l'Eglise: c'est sottement parler, en ce (pi'ils estendent trop au large à chacun en son particulier, ce qui a esté ordonné seulement pour la discipline commune de l'Eglise, afin de reparer les scandales notoires. Mais encore ils pervertissent et corrompent toute modération qu'ils avoyent mise, adjoustans incontinent une autre manière de remettre les péchez: assavoir avec injonction de peine et .satisfaction. En quoy ils donnent licence à leurs prestres de partir h demi ce que Dieu promet entièrement par tout. Car veu qu'il re- (juiert simplement pénitence et foy, c'est un sacrilège de dire qu'il y ait encore une autre portion à adjouster. Car cela vaut autaiit comme si les prestres se faisoyent conlrerolleurs de Dieu, pour s'opposer cà sa paroUe : ne voulant soutfrir (pi'il reçoyve les povres pécheurs de sa pure libéralité, sinon qu'ils soyent auparavant comparus devant leur sellette: pour estre là cliastiez.
2't. Toute la somme revient là: c'est que s'ils veulent faire Dieu autlieur de ceste confession faussement controuvée, leur mensonge serabien tost redargué, comme je les ay monstre faussaires en (|uelfpie peu de passages qu'ils allèguent. Or puis (pi'il appert que c'est une loy forgée des hommes, je dy qu'elle est tyraniii(iue, et qu'en la mettant sus on a fait grande injure a Dieu : kMpiel en astreignant les consciences à sa parolle, a voulu qu'elles fussent libres du joug et empire des hommes. Davantage, quand pour obtenir pardon on impose nécessité à une chose que Dieu a laissée en liberté, je dy que c'est un sacrilège insupportable, puis qu'il n'y a rien plus propre à Dieu que de pardonner les liechez, et qu'aussi en cela gist nostre salut. j'ay aussi monstre (|ue ceste tyrannie a esté
dressée du temps que le monde estoit confus en une barbarie si vilaine que rien plus. Pareillement j'ai prouvé que ceste loy est mortelle comme une peste : veu <|ue si les povres âmes sont touchées de crainte de Dieu, elle les précipite en desespoir: si elles sont assopies, en les amiellant de vaines llatteries, elle les hebete encore plus. Finalement j'ay descouvert que (jut^lipies ailoucissemens tpi'ils ameinent, le tout tend là d'envelopper, obscurcir et dépraver la pure doctrine, et couvrir ou déguiser leurs inq)ietez en les fardant de fausses couleurs.
2o. Ils donnent à la satisfaction le troisième lieu en pénitence, de hupu^lle tout ce qu'ils babillent se peut par un mot renverser. Ils disent (ju'il ne suflit point au pénitent de s'abstenir des maux passez, et d'amender en mieux sa vie, s'il ne satisfait à Dieu de ce qu'il a commis. Or ils mettent beaucoup de moyens pour racheter les péchez: c'est assavoir, les larmes, jusnes, oblations, aumosnes, et autres onivres de charité. Par lesquels ils disent (lue nous devons appaiser Dieu, iiayer ce qui est deu a sa justice, recomi)enser nos fautes, et ac(iuerir pardon. -* Car combien que nostre Seigneur par la libéralité de sa miséricorde nous ait remis la coulpe, toutesfois que jiar la discijjliue de sa justice il retient la peine, la(|uelle il faut racheter par satisfaction. Xeantmoins tout revient à ceste somme, que jiar la clémence de Dieu nous obtenons parilon de nos péchez: mais que cela se fait moyennant le mérite de nos œuvres, lesquelles sont iiour recomiiense des fautes commises : afin que la justice de Dieu soit satisfaite. A tels mensonges j'oppose la remission des péchez gratuite, laquelle est si clairement exposée en l'Escriture «pie rien plus. Premièrement (pi'est-ce que Remission, siuon un don de pure libéralité ? Car un créditeur n'est pas dit remettre, qui par sa (piittance coid'esse le payement luy avoir esté fait : mais celuy qui sans rien recevoir, libéralement et franchement quitte la dette. Pour(}uoy davantage est-il adjousté Cratuitemcnt en l'Escriture, sinon pour oster tt)Ute fantasie de satisfaction? De quelle hardiesse donc dressent-ils encores leurs satisfactions, lesquelles sont si puissamment foudroyées ? Et quoy? quand le Seign(.'ur crie par Isaie: Ce sui.s-je', ce suis-je, qui elTace tes iniquitez [lour l'amour de moy, et ne me souviendray plus de tes pochez (Is. 43, 2oj : ne denonceil pas ouvertement, que la cause et fondement de ceste remission vien? de la seule î^onté : Outroiilus, puisque toute l'Escriture porte tesmoignage a Jésus Christ, (pi'il faut par son nom recevoir remission des péchez (Rom. 5, 8 ; (2ol. 2, 14 : Tite 3, o ; Is. o2, 3 ; Act. 10, 43) : n'exclud-elle pas tous autres noms? Comment donc enseignent-ils de la recevoir par le nom des satisfactions ? Et ne faut pas qu'ils disent que