‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 296 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

combien que les satisfactions en soyent moyens, îieant moins ce n'est pas en leur nom, mais au nom de Jésus Clu'ist. Car en ce que l'Escriture dit, Par le nom de Christ : elle entend que nous n'y apportons rien, et n'y prétendons rien du nostre, mais ((uc nous y venons pour l'amour d'un seul Christ : connue sainct Paul, en alïermant que Dieu se reconcilioit le monde en son Fils, pour l'amour de luy n'imputant point les péchez aux hommes, adjouste incontinent la façon : c'est que celuy qui n'a point cognu que c'est de péché, a esté fait péché pour nous (2 Cor. 5, 19. 21).

20. Icy selon leur perversité ils répliquent, que la reconciliation et remission est bien une fois faite, quand nous sommes par Christ receus en grâce au Baptesme : mais que si après le Baptesme nous recheons, il nous faut relever par satisfîictions : et qu'en cela le sang de Christ ne nous profite de rien, sinon d'autant qu'il nous est ad ministre par les clefs de l'Eglise. Je ne parle point d'une chose ambiguë, vea qu'ilsdeclairent apertementleur impieté en cest endroit (1 Pierre 2, 24): -'' et non seulement un ou deux, d'entre eux, mais toutes leurs escoles. Car leur Maistre après avoir confessé, selon le dire de sainct Pierre, que Christ a payé en la croix la dette de nos péchez : par une exception incontinent corrige ceste sentence, assavoir, qu'au Baptesme toutes les peines temporelles des péchez nous sont relaschées, mais après le Baptesme sont diminuées par le moyen de pénitence: tellement qu'à ce faire, la croix de Christ et nostre Pénitence coopèrent ensemble. Mais sainct Jean parle bien autrement: Si quelcun, dit-il, apeclié, nous avons un Advocat envers le Père, Jésus Clirist: et iceluy est propiciation pour nos péchez. Item, Je vous escry, petis eufans, pource (jue par son Nom vous sont remis les péchez (1 Jean 2, 1. 2. 12). Certes il parle aux fidèles: ausquels quand il propose Jésus Chrtst pour propiciation des péchez, il monstre qu'il n'y a autre satisfaction par laquelle l'offense à rencontre de Dieu puisse estre appaisée. Il ne dit pas, Dieu vous a esté une fois reconcilié par Christ, maintenant cherchez d'autres moyens de vous reconcilier: mais il le fait perpétuel Advocat, lequel par son intercession nous remet tousjours en la grâce du Père: et une perpétuelle propiciation, par laquelle les péchez sont continuellement purgez. Car ce que disoit sainct Jean Baptiste est vray pour tousjours, Voicy l'Agneau de Dieu, voicy celuy qui oste les péchez du monde (Jean 1,29): c'est luy, dy-je, qui les oste, non autre : c'est à dire, puis qu'il est l'Agneau de Dieu, il est aussi seul oblation pour les péchez, pcrgation et satisfaction. Car tout ainsi que le droit et authorité de pardonner les péchez est proprement attribuée au Père, Jésus Christ est mis au second degré comme moyen, d'autant qu'il a receu sur

soy la peine qui nous estoit deue, pour effacer la mémoire de nos offenses devant Dieu. Dont il s'ensuyt que nous ne pouvons estre participans de la purgation par luy faite, si nous ne luy laissons entièrement l'honneur que luy ravissent ceux qui tendent d'appaiser Dieu par leurs recompenses.

27. Il y a icy deux choses à considérer. Premièrement, que l'honneur (|ui appartient à Christ luy soit gardé en son entier: Secondement, que les consciences estant asseurées du pardon de leurs péchez, ayent repos avec Dieu. Isaie dit que le Père a mis en son Fils les iniquitcz de nous tous : afin (jue par sa playe nous fussions guéris (Is. 53, 4—6). Ce que sainct Pierre répétant en autres mots, dit que Christ asoustenu en son corps sur le bois tous nos péchez (1 Pierre 2, 24). Sainct Paul enseigne que le péché a esté condamné en sa chair, (|uand il a esté fait péché p<iur nous : c'est à dire, que toute la force et malédiction de péché a esté occise en sa chair, quand il a esté donné pour nous en sacrifice, sur lequel tout le fardeau des péchez, avec sa malédiction et exécration, avec le jugement de Dieu et damnation de mort, fust jette (Rom. 8, 3 ; Gai. 3, 13). Icy on n'oit point ces tables et mensonges, que depuis le Baptesme nul de nous n'est participant de la vertu de la mort de Christ, sinon entant qu'il satisfait par pénitence de ses péchez. Mais l'Escriture nous rappelle, toutes fois et quantes que nous avons péché, a la satisfaction unique de Christ. Que donc leur maudite doctrine soit considérée: assavoir que la grâce de Dieu besongne seule en la première remission : s'il nous advient après de choir, que nos œuvres coopèrent pour obtenir pardon. Si cela avoit lieu, comment pourroyent convenir à Christ les tesmoignages que nous avons recitez? Combien grande différence y a-il, de dire que nos iniquitez ayent esté mises en Christ, pour estre purgées en luy : et qu'elles soyent nettoyées par nos œuvres? Que Christ soit propiciation pour nos péchez : et qu'il faille appaiser Dieu par nos œuvres? Or s'il est question de donner repos à la conscience, quelle tranquillité luy sera-ce d'entendre qu'il faille racheter les péchez par satisfaction? Quand sera-ce qu'elle sera asseurée de l'accomplissement de sa satisfaction? Elle doutera donc tousjours si elle a Dieu propice, et sera en torment et horreur perpétuel. Car ceux qui se contentent de satisfactions légères, mesprisent trop la justice de Dieu: et ne reputent pas assez combien est grieve la faute de péché, conuîie nous dirons en un autre passage. Et encores que nous leur accordions que quelques péchez se peussent racheter, toutestois que feroyent ils estans chargez de tant, à la satisfaction desquels cent vies, à ne faire autre chose, ne pourroyent suffire? Il y a aussi un autre poinct: c'est que par tout où il est

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