‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 297 sur 703 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I)arlé de la pure gratuité de Dieu en pardonnant les péchez, le propos ne s'adresse pointa ceux (pu ne sont point encore baptizez, mais aux enfans (le Dieu, lesipiels ont esté rej,^enerez et nourris long temps au sein de l'Eglise. Geste ambassade que sainct Paul magnilie si hautement, disant, Je vous prie au nom de Dieu, reconciliez vous à Dieu (2 Cor. o, iO): n'est pas pour les estrangers, mais pour ceux (jui desja long temps avoyent estédomestifpies de l'Kglise. Cependant en mettant bas toute satisfaction, et leur commandant de s'en déporter, elle les renvoyé à la croix de ('hrist. Pareillement ce (\u\\ escrit aux Colossiens, que Jésus Ciuista pacilié par son sang ce qui estoit au ciel et en terre (Col. i. 20), ne serestreind pas a une minute de temps, quand nous sonunes receus en l'Eglise : mais à tout le cours de la foy. Ce qui est mieux esclarci par la procclnre du texte, où il dit que les fidèles ont rédemption parle sang de Christ: assavoir, remission de leurs péchez. Combien que c'est chose superflue d'amasser beaucoup de tesmoignages, lesquels se rencontrent çà et là. 28. Us prennent icy un refuge d'une frivole distinction: c'est assavoir que des péchez, les uns sont mortels, les autres véniels : qu'aux premiers il gist une grande satisfaction, que les seconds se peuvent purger par remèdes faciles : comme par l'oraison Dominicale en prenant de l'eau bénite, et par l'absolution de la messe. Voyla conunent ils se jouent et se moquent de Dieu. Mais combien qu'ils ayent sans cesse en la bouche les noms de péché mortel et véniel, ils n'ont encore seu toutesfois discerner l'un de l'autre : sinon que de l'impiété et souilleure du cœur humain (<pii est le plus horrible péché devant Dieu) ils font un péché véniel. Nous aucontrair»', comme l'Escriture (qui est la reigle du bien et du mal) nous enseigne, prononçons que le loyer de péché est mort, et que l'ame qui aura péché est digne de mort. Au reste, que les péchez des fidèles sont véniels : non pas qu'ils ne méritent la mort, mais d'autant que par la miséricorde de Dieu il n'y a nulle condamnation sur ceux qui sont en Jesus-Christ : d'autant que leurs péchez ne leur sont imputez, mais sont effacez par grâce. Je say combien ils calomnient ceste (Jûctrine : disans que c'est le Paradoxe des Stoiques, qui faisoyent tous les péchez pareils. Mais ils seront aisément conveincus par leur bouche mesme. Car je demande, si entre les péchez (juils confessent estre mortels, ils n'en recognoissent pas un plus grand que l'autre. Il ne s'ensuit pas donc que les péchez soient pareils, pourtant s'ils sont pareillement mortels. Or puis que l'Escriture détermine que la mort est le loyer de péché: et comme l'obéissance de la Loy est la voye de vie, aussi que la transgression est mort, ils ne peuvent eschapper ceste sentence. Quelle issue donc trouveront-

ils de satisfaire en telle multitude de péchez ? Si la satisfaction d'un péché se peut faire en un jour, cependant ipi'ils seront à la faire ils en commettront plusieurs, veu qu'il ne se passe jour (pie le juste ne pèche plusieurs fois. Et (piand ils vouilront satisfaire pour plusieurs, ils en cominettroiil encores davantage, jusipies à venir à une abysme sans lin. Je parle encores des plus justes. Voila la liance de satisfaire desja ostée. (Ju'est-ce qu'ils songent ou attendent ? comment osent-ils penser encores de .satisfaire? 29. Ils s'elTorcent de se despestrer, mais ils n'en peuvent venir k bout. Il se forgent une distinction de peine et de coulpe : et confessent que la coulpe se remet par. la miséricorde de Dieu : mais la coulpe remise, ils disent que la peine reste, laqut.'lle la justice de Dieu reipiiert estre payée : et pourtant, que les satisfactions appartiennent à la remission de la peine. Quelle legiereté est cela "! Ils font maintenant la rémission de coulpe gratuite : laquelle ils commandent en autre lieu de mériter par prières, larmes et autres préparations. Mais encores tout ce qui nous est enseigné en l'Escriture combat directement contre ceste distinction : huiuelle chose combien que je pense avoir esté tresbien prouvée cy dessus, toutesfois je produyray encores quelques tesmoignages : lesquels, comme j'espère, estreindront tellement ces serpens, qu'ils ne pourront pas seulement plyer le bout de la (pieue. Ainsi quo dit Jeremie. Ceste est l'alliance nouvelle que Dieu a faite avec nous en son Christ : qu'il ne se souviendra |ilus de nos iniquitez (Jer. 31, 31—34). Nous apprendrons de l'autre Prophète ce qui est entendu par cela : où le Seigneur dit, Si le juste desvoye de sa justice, il ne me souviendra plus de toutes ses justices. Si le pécheur se retire de son iniquité, il ne me souviendra plus de toutes ses fautes (Ezech. IH, 24. 27). En ce qu'il dit qu'il ne se souviendra plus de la justice, il veut donner à cognoislre qu'il n'aura nul esgard aux bonnes œuvres, pour les rémunérer. Aucontraire donc, ne se point souvenir des péchez, c'est n'en prendre point punition. Ce qui est dit en un autre lieu. Les jetter derrière le dos, les effacer comme une nuée, les jetter au profond de la mer, ne les inqiuler point, et les avoir cachez (Is. 38, 17; 44, 22; Midi. 7, 19; Ps. 32, 1). Par telles formes de parler le sainct Esprit nous avoit a.«;.ses clairement expliiiué son sens, si nous nous rendions dociles à l'escouter. Certes si Dieu punist les péchez, il les impute : s'il en fait vengeance, il s'en souvient : s'il les appelle en jugement, il ne les tient point cachez: s'il les examine, il ne les met point derrière le dos: s'il les regarde, il ne les a point effacez comme une nuée : s'il les met en avant, il ne les a point jetiez au fond de la mer. Et en ceste manière l'interprète clairement sainct Augustin: Si Dieu

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