‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 298 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

a caché les péchez, dit-il, il no les a pas voulu regarder : s'il ne les a pas voulu regarder, il n'y a pas voulu prendre garde : s'il n'y a point voulu prendre garde, il ne les a pas voulu punir : il ne les a pas voulu recognoistre, et a mieux aimé te les pardonner. Pourquoy donc est-il dit (|ue les pochez sont cachez? A ce qu'ils n'apparoissent point. Et (|u'est-ce à. dire, que Dieu ne voit point les pochez, sinon (pi'ilne les punist point? Or oyons d'un autre lieu du Prophète, en (|uellc façon et (]ualité le Seigneur remet les péchez : Si' vos pochez, dit-il, estoyent conuno pourpre, ils seront hlandiis comme neige, s'ils sont rouges comme un ver, ils seront comme laine (Is. 1, 18). Et en Jeremie il est dit comme il s'ensuit, En ce jour-là on cherchera l'iniquité de Jacoh, et elle ne sera point trouvée, (^ar de fait elle sera nulle : d'autant que je prendray à mercy les reliques que je gardoray (Jer. 50, 20). Si nous voulons brièvement savoir quel est le sens de ces paroles, considérons au contraire que signifient ces locutions, quand le Seigneur dit qu'il lie les iniquiloz en un sac, qu'il les plye en un faisceau, et les engrave dedans do î'aymant d'un pinceau de fer (Job 14, 17; Osée 13, 12; .1er. 17, 1). Certes si cela est à dire (jue le Seigneur en fera la punition (dont il n'y a nulle doute) : aussi ne faut-il douter que les premières sentences ne promettent que Dieu ne punira point les fautes qu'il remettra. Il me faut icy adjurer les lecteurs, non pas d'escouter à mes gloses, mais de donner quelque lieuàlaparoUe de Dieu. 30. Ou'est-ce que f'hrist nous auroit apporté, si la peine estoit lousjours requise pour nos pochez ? Car quand nous disons qu'il a porté en son corps tous nos pochez sur le bois (1 Pierre 2, 24) : nous n'entendons autre chose, sinon qu'il a reeeu toute la peine et vengeance qui estoit deue à nos péchez. Ce qu'Isaie a exprimé plus au vif, quaml il a dit, le chastiment ou la correction de nostre paix avoir esté sur luy (Is. 53, 5). Et qu'est-ce, La correction de nostre paix, sinon la punition deue à nos pochez, et laquelle nous devions porter devant ([ue poussions cstre reconciliez à Dieu, si Christ ne s'en fust acquité pour nous ? Nous voyons icy évidemment (pie Christ a souffert les peines des pochez, pour en délivrer les siens. Et quand sainct Paul fait mention de la rédemption par luy faite, il l'appelle communément en Grec, Apolytrosis, qui ne signifie pas simplement rédemption, comme le vulgaire l'entend: mais le prix et satisfaction que nous appelions Rançon en François. Pour laquelle cause il dit en quehiue lieu, que Christ s'est fait rançon pour nous : c'est à dire qu'il s'est constitué pleige en nostre lieu, afm de nous délivrer pleinement de toutes les dettes de nos péchez (Rom. 3, 24 ; 1 Cor. 1, 30; Ephes. 1, 7 ; Col. 1, 14; 1 Tim. 2, 6). Quelle est la propicialion envers Dieu,

dit sainct Augustin, sinon sacrifice ? et quel est le sacrifice, sinon ce qui a esté offert on la mort de Christ? Mais sur tout nous avons un ferme argument en ce qui est ordonné en la Loy Mosaïque de la manière d'expier, c'est à dire purger les pochez. Car le Seigneur n'enseigne pas là plusieurs façons de satisfaire: mais constitue pour toute recompense les sacrifices soulomont. Combien qu'il nombre diligemment par oriiro tous les sacrifices qu'il falloit faire, selon la diversité des pochez. Que veut donc dire cela, (pi'il no conunando point au pécheur de satisfaire par bonnes oeuvres et mérites, afin d'obtenir pardon : mais j)Our toute expiation ro(piiert qu'il sacrifie: sinon qu'en cela faisant, il veut tostificr qu'il n'y a qu'un genre de satisfaction, par leipiel sa justice est appaisée? Car les sacrifices (ju'immoloyent pour lors les Israélites, n'estoyent pas estnncz comme œuvres d'hommes: mais pronoyent leur estime de leur vérité, c'est-à dire du sacrifice unique de Christ. Touchant la reconqiense que reçoit Dieu de nous, le Prophoto Osée l'a élégamment notée en un mot, disant, Seigneur tu aboliras toutes nos iniquitez; voyla la remission des péchez. Et nous te rendrons sacrifices de nos lèvres (Osée 14,3); voyla la satisfaction, qui n'est ^qu'action de grâces. Je say qu'ils ont une autre subtilité pour eschappor, distinguant entre la punition éternelle, et colles qui sont temporeUes. Mais puis qu'ils disent qu'excepté la mort éternelle, tout mal et adversité que nous soulfrons tant en nos corps ([u'en nos âmes est punition temporelle, ils ne profitent guores par ceste oschappatoire. Car les passages que nous avons allégué, monstrent notamment que Dieu nous reçoit à mercy à telle condition, qu'en nous remettant la coulpe, il nous lasche aussi toute la punition que nous avions méritée. Et toutes fois et quantes que David et les Prophètes demandent à Dieu pardon de leurs péchez, ils requièrent aussi que la peine leur soit pardonnée ; et mesme la crainte du jugement de Dieu les pousse à cela. D'autrepart, ([uand ils promettent que Dieu fera miséricorde, notanunent et comme de propos délibéré ils s'arrestent sur cest article, qu'il remettra la punition. Certes quand Dieu promet par Ezochiol do retirer son peuple de la captivité de Babylone, voire pour l'amour de soy, et non pointa cause du peuple (Ezech. 36, 21 et 32), il monstre bien que cela est gratuit. Finalemont, si Christ nous délivre du jugement de Dieu son Pore, à ce que nous ne soyons plus là tonus pour coulpables, il s'ensuit que les peines austiuefies nous estions subjets, cessent quant et (juant.

31. Mais pourtant que de leur part ils s'arment des tesmoignages de l'Escriture, voyons quels sont les argumens qu'ils nous objectent. David, disent-ils, reprins de son adultère et ho-

Page 1