‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 300 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

plus grand soing d'appointer avec luy, ot qu'ils soyont tant mieux incitez à demander hastivemcnt pardon; mais cependant en cela mesme il leur certifie plus amplement sa clémence que sa rigueur. Car l'alliance qu'il a une fois faite avec Jésus Christ et ses memjjres demeure, comme il a promis que jamais elle ne pourroit estre cassée. Si ses enftms, dit-il, délaissent ma Loy, et ne cheminent point en ma justice: s'ils transgressent mes commandcrncns, et ne gardent point mes ordonnances, je visiteray leurs inicpiitez avec verges, et leurs péchez avec discipline : neantmoins je ne retirerai point ma miséricorde (Ps. 89, 3i — 34). Et de fait, pour nous rendre plus certains de cela, il dit (pie les verges dont il nous frappera, seront verges d'hommes {"I Sam. 7, 14). Par lequel mot, en signifiant, qu'il nous traitera doucement et en bénignité, il demonstrc que ceux qu'il veut frapper de sa main no peuvent sinon estre du tout confus et esperdus. Ceste douceur qu'il tient envers son peuple, est pareillement demonstrée par le Prophète : Je l'ay, dit-il, purgé par feu: mais non pas comme l'argent; car tu eusses esté du tout consumé (Is. 48, 10): c'est à dire combien que les tribulations qu'il envoyé à son peuple, soyent pour le purger de ses vices, neantmoins qu'il les modère, à ce qu'elles ne le raclent outre mesure. Et cela est bien nécessaire; car selon que chacun craind Dieu, et le révère, et s'addonne à luy obéir en toute saincteté, tant plus est-il tendre et foible k porter son ire. Car combien que les reprouvez souspirent ou grincent les dens sous les coups, toutesfois pource qu'ils ne consi<ierent pas la cause, mais tournent le dos tant à leurs péchez qu'aux jugemens de Dieu, ils ne font (jue s'endurcir: ou bien pource qu'ils se rebecquent et regimbent, voire s'escarmouchent fièrement contre leur Juge, telle impétuosité et furie les rend encore plus stupides, comme gens insensez. Mais les fidèles, si tost qu'ils sont advertis par les verges de Dieu, entrent à reputer leurs pochez: et estans cstonnez de crainte et frayeur, ont leur refuge à supplier pour obtenir pardon. Si Dieu n'adoucissoit telles angoisses dont les po\Tes anies se tourmentent, elles succomberoyent cent fois: mesme quand il ne feroit que donner quelque petit signe de son ire.

33. L'autre distinction est, que quand les meschans sont battuz des fléaux de Dieu en ce inonde, ils commencent desja à endurer la rigueur de son jugement. Et combien qu'il ne leur sera point pardonné, de n'avoir point fait leur profit de tels advertissemens de l'ire de Dieu, toutesfois ils ne sont point punis pour leur amendement, mais seulement afin de leur donner k cognoistre qu'ils ont un juge, qui ne les laissera point eschapper qu'il ne leur rende selon leurs mérites. Au contraire les fidèles sont battus, non point pour satisfaire à l'ire de Dieu, ou payer ce

(pii est deu à son jugement: mais afin de profiter à repentance, et se réduire en bonne voye. Parquoy nous voyons que tels chastimens se rapportent plustost au futur qu'au passé. J'aymc mieux exprimer cela par les parolles de Chrysostonie, que par les miennes: Le Seigneur, dit-il, nous punist de nos fautes : non point pour prendre quelque récompense de noz péchez, mais en nous ad visant pour l'ad venir. '^^ Semblablement sainct Augustin dit. Ce que tu souffres et dont tu gémis, t'est médecine, et non point peine: chastiment, et non pas damnation. Ne rejette lioint la verge, si tu ne veux point estre rejette de l'héritage. Item, Toute la misère du genre humain, sous laquelle le monde gemist, sachez frères, que c'est douleur de médecine, et non pas sentence de punition. J'ay bien voulu alléguer ces passages, afin que ce que je dy ne semblast nouveau. Et à cela regardent les querinionies pleines d'indignation, par lesquelles Dieu accuse souvent l'ingratitude des Juifs, de ce qu'ils avoyent mcsprisé avec contumace les chastimens qu'ils avoyent receu do sa main. Comme en Isaie, Qu'est-ce que je vous battray plus? depuis la plante des pieds jusques au sommet de la teste il n'y a nulle santé (Is. 1, 5. 6). Mais pource que les Prophètes sont remplis de telles sentences, c'est assez d'avoir touché en bref que Dieu ne punit son Eglise k autre intention, que pour la matter et domter afin qu'elle s'amende. Selon ceste différence, quand il despouilloit Saul de son royaume, il le punissoit à vengeance : mais en ostant à David son enfant, il le corrigeoit pour le reduwe. Il faut en ceste sorte prendre ce que dit sainct Paul, que quand le Seigneur nous afflige, il nous corrige, afin de ne nous point condamner avec ce monde (1 Sara, lo, 23; 2 Sam. 12, 18; 1 Cor. 11, 32): c'est à dire que les afflictions qu'il nous envoyé, ne sont point punitions pour nous confondre, mais chastimens pour nous instruire. En quoy sainct Augustin accorde tresbien aussi avec nous, quand il dit qu'il nous faut diversement considérer les chastimens, dont nostre Seigneur visite tant ses esleuz que les reprouvez. Car aux premiers, ditil, ils sont exercices, après avoir obtenu grâce : aux seconds ils sont condamnation sans grâce. Puis après il réfère les exemples de David et des autres, disant que nostre Seigneur en les chastiant n'a eu autre fin que de les exerciter en humilité. ^® Et ne faut point que de ce que dit Isaie, assavoir que l'iniquité a esté remise au peuple Judaiq ue, d'autant qu'il avoit receu de la main du Seigneur pleine correction (Is. 40, 2) : nous inferions que la remission de nos péchez dépend des chastimens que nous en recevons. Mais cela signifie autant que si Dieu eust dit. Je vous ay assez puny et affligé en telle sorte que vostre cœur est du tout oppressé de tristesse et angoisse. Il est donc temps qu'en recevant le message de

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